‹ Les petites choses de notre histoire (volume 2)Chapitre 37 sur 43 · ANDRE GRASSET DE SAINT-SAU- VEUR ET SES DEUX FILS · texte numérisé non relu

ANDRE GRASSET DE SAINT-SAU- VEUR ET SES DEUX FILS

M. de la Jonquière qui vint prendre possession du gouvernement de la Nouvelle- France au mois d'août 1749 avait amené avec

lui son secrétaire, André Grasset de Saint- Sauveur.

M. de la Jonquière n'était pas un lettré. Comme le dit son historien, il aurait pu répondre à ceux qui ne lui trouvaient pas assez de lettres : "Entré dans la marine à douze ans, je n'ai pas appris les sciences, mais j'ai appris à combattre les ennemis ; mes combats et mes blessures, voilà mes titres que j'ai achetés au prix de mon sang."

Grasset de Saint-Sauveur, qui, quoi qu'en dise Montcalm, était un homme instruit et d'une habileté peu ordinaire, rendit de grands services au gouverneur pendant toute son administration.

C'est sans doute pour reconnaître les services rendus par son secrétaire que dans son testament fait le 13 février 1752, un peu plus d'un mois avant sa mort, M. de la Jonquière fit inscrire la clause suivante :

" Veut que M. de Saint-Sauveur, son secrétaire, soit nourri et logé au d. château (Saint-Louis) pendant trois mois, s'il le juge à propos." (1)

Après la mort de M. de la Jonquière, arrivée à Québec le 17 mars 1752, nous ignorons ce que devint M. Grasset de Saint-Sauveur. Peut-être servit-il M. Duquesne, successeur de M. de la Jonquière, en la même qualité ?

(1) Balletin des Recherches Historiques, vol. V, p. 271.

Comme M. de la Jonquière, le dernier gouverneur de Vaudreuil ne se piquait pas d'être un littérateur. Montcalm, qui le détestait, dit dans une de ses lettres :

" Vous serez peut-être surpris que je lui parle (à V^audreuil) du compositeur de ses lettres ; il convient qu'il n'en fait ni n'en dicte aucune." M. de Vaudreuil fut donc heureux, lorsqu'il prit le gouvernement du Canada, de retenir les services d'un secrétaire aussi accompli (?) que Grasset de Saint-Sauveur.

Le 4 octobre 1749, MM. de la Jonquière et Bigot informaient le ministre de ia mort de MM. Taschereau et de Lotbinière, conseillers au Conseil Souverain, et suggéraient pour les remplacer MM. Nouchet et de Saint-Sauveur.

" Il vaque encore, écrivaient-ils, par la mort de Mrs Lotbinière et Taschereau deux places de conseillers laie. Elles ne sauroient estre mieux occupées que par le S. Nouchet qui est assesseur depuis deux ou trois ans et qui s'applique infiniment et par le Sr St Sauveur qui est un garçon de famille bien né et qui ayant fait ses études a esté reçu avocat. Mr de la Jonquière Ta amené avec luy. Nous vous supplions de vouloir bien leur accorder ces deux places." (1)

Le 19 mai 1750, le président du Conseil de marine répondait à M. de la Jonquière qu'il

(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol.

•rO.

approuvait le choix de MM. Nouchet et de Saint-Sauveur pour remplacer MM. Taschereau et Lotbinière.

MM. Nouchet et Saint-Sauveur furent nommés le 1er mai 1750.

M. Nouchet fut installé au Conseil Souverain, le 12 octobre 1750.

Mais il n'appert pas que M. Saint-Sauveur ait jamais présenté ses lettres de provisions au Conseil.

M. de Vaudreuil, le 8 novembre 1759, ilemandait au ministre la place d'inspecteur des magasins pour M. de Saint-Sauveur.

" Je me flate, écrivait-il, que dès l'année prochaine les dépenses de la Colonie diminueront considérablement, je me propose du moins de concourir en tout ce qui pourra dépendre de moi à la plus grande économie et si nous avons la paix comme elle est à désirer ou que mes occupations soient moins grandes et moins urgentes qu'elles ne l'ont été jusqu'à présent : je prendrai les connaissances les plus exactes de l'administration des finances et des magasins du Roi.J'étois préoccupé de ces deux objets également intéressants lorsque j'eus l'honneur de vous demander la place d'inspecteur des magasins pour le Sr Saint-Sauveur, mon secrétaire, je suis très sensible à la bonté avec laquelle vous avés bien voulu agréer cette proposition et à tout ce que vous m'avés fait l'honneur de me marquer à cette occasion par

la lettre que vous m'avés fait celui de m'écrire le 25 janvier. Cette place d'inspecteur n'entrera vraisemblablement pas dans les éclaircissements que M. Bigot pourra vous donner du nombre des sujets de toutes espèces que chaque partie exige. Je conviens que le S. Saint-Sauveur sera le premier sujet à qui Sa Majesté ait accordé un semblable Brevet mais il est aussi vrai qu'il est très en état de s'en acquitter avec distinction et par les sentiments que je lui connois et par les lumières et l'expérience qu'il s'est acquises depuis dix années qu'il a presqu'été entièrement occupé des affaires du Gouvernement il seroit fort à désirer que vous voulussiés régler ses fonctions de façon qu'elles ne puissent être susceptibles d'aucune dificulté ni contrariété quoiqu'il ait beaucoup de mérite et de zèle. Je vous supplie Monseigneur de vouloir bien ne considérer que moi-même dans la demande que j'ai l'honneur de vous faire j'y serai extrêmement sensible j'ajoute que je suis si certain de la probité du dit S. Saint-Sauveur que je vous reponds de la fidélité de son administration. Sa bonne conduite lui a acquis ma confiance et je pourrai m'en rapporter aux comptes qu'il me rendra de toutes choses et aux opérations dont je le chargerai plus que je ne pourrois le faire à toute autre personne, ce sera une grâce que vous m'accorderés et que je me crois fondé à vous demander en considération des anciens services du dt S. Saint-Sau-

veur et de ceux qu'il est en état de rendre, il est fixé dans cette Colonie et tout l'engagera à s'y attacher s'il peut y être placé aussi convenablement que je le désire." (1)

Mais la Nouvelle-France était déjà presque toute au pouvoir des Anglais et le ministre se contenta de répondre à M. de Vaudreuil, le 26 janvier 1760, qu'il se souviendrait à l'occasion des bons témoignages qu'il rendait du sieur de Saint-Sauveur.

On sait qu'après la perte de la Nouvelle- France, les auteurs des " monopoles, abus, vexations et prévarications commis au Canada" furent arrêtés et jetés à la Bastille. Une com'mission présidée par M. de Sartine et composée de vingt-sept juges au Châtelet, fut chargée de juger les cinquante-cinq accusés. L'instruction dura quinze mois.

Le jugement fut rendu le 10 décembre 1763. M. de Saint-Sauveur avait cru plus prudent de ne pas retourner en France. La Cour décréta qu'il serait plus amplement informé contre lui.

En avril 1765, avec cinq autres des contumaces, M. de Saint-Sauveur se constitua prisonnier. Le tribunal, après information, le mit hors de cour. Il avait fait préparer par ses avocats, pour convaincre les juges de son innocence, un factum ou mémoire intitulé :

(1) ATchives du Canada, Correspondance générale, vol.

Mémoire pour le sieur André Grasset de Saint- Sauveur, ci-devant secrétaire-général au gouvernement du Canada, Nouvelle-Fraiice, etc., contre le procureur général de la commission du Canada. Paris-1765.

On verra par le petit détail suivant que M. de Saint-Sauveur s'était amassé une jolie fortune pendant ses quelques années de séjour au Canada. Le 20 septembre 1767, le président du Conseil de marine priait M. Fontanien d'examiner le mémoire de M. de Saint-Sauveur, ci-devant secrétaire de M. de Vaudreuil, qui demandait d'être payé sans réduction des 317,292 livres de papiers du Canada dont il était porteur.

On lit dans un mémoire anonyme intitulé Mémoire du Canada :

" M. de la Jonquière se fia trop, ainsi qu'il s'en est expliqué lui-même, à un secrétaire nommé Saint-Sauveur. Car cet homme, sans honneur et sans sentiment, employait tous les moyens, licites ou non, pour faire fortune. Il demanda à son maître la permission exclusive de faire vendre de l'eau-de-vie aux sauvages,ce qu'il obtint. Dès ce moment il s'attira la haine publique ainsi que son maître, que l'on disait être de moitié dans ce trafic."

^ Dans le même mémoire, lorsqu'il parle des

■^ fonctionnaires qui restèrent au Canada en

H^ 1760, l'auteur anonyme écrit :

^ÊL "Saint-Sauveur.secrétaire du gouverneur,

y resta aussi J'ai eu le plaisir d'ouïr dire

de ce dernier, en mil sept cent-cinquante-neuf, par M. Murray, gouverneur anglais, à Québec, qu'il désirerait que cet homme pût lui tomber en main ; que si la France, ou pour mieux dire le gouvernement français avait été indulgent, il avait toléré le vice en cet homme, il voudrait le corriger ; que c'était un traître à son maître, qu'il avait abusé de la confiance qu'il lui avait donnée, qu'on ne voyait en lui que friponnerie, que commerce illicite ; qu'il était peiné lui-même de l'aveuglement de ce général. On doute fort que cet homme ose jamais passer en France. Il est constant qu'il jouit de plus de douze cent mille livres."

Si nous n'avions que le témoignage de l'auteur du Mémoire du Canada, nous serions porté à pardonner beaucoup à M. de Saint- Sauveur car cet auteur est plutôt porté à exagérer, mais Montcalm, l'honnête Montcalm, accuse aussi le secrétaire de M. de Vaudreuil. Dans son Journal, il écrit :

" L'empirique M. Mercier, l'ignorant et avide Saint-Sauveur, secrétaire du général, gouverneront la machine. Il faut bien envoyer à la Belle-Rivière, puisque Saint-Sauveur et le chevalier de Repentigny ont acheté de moitié pour cent cinquante mille livres de marchandises qui revendues sur les lieux pour le compte du roi, produiront un million."

M. Grasset de Saint-Sauveur mourut en France, nous ignorons à quelle date.

Il avait épousé, à Montréal, le 2 octobre 1752, Marie- Anne Nolan, fille de Charles Nolan de la Marque et de Marie-Anne Le Gardeur de Saint-Pierre. Elle décéda le 18 octobre 1755, sans lui laisser d'enfants. Le 3 juillet 1756, M. de Saint-Sauveur épousa en secondes noces Marie-Josephte Quesnel-Fonblanche, fille de Jacques-François Quesnel- Fonblanche et de Marie-Anne Franquelin. De ce mariage naquirent deux fils qui se distinguèrent mais à des titres différents. L'un fut un des romanciers à la mode du commencement du dix-neuvième siècle, et l'autre, prêtre de Jésus-Christ, fut un des martyrs de la Commune.

Jacques Grasset de Saint-Sauveur, l'aîné des fils de André Grasset de Saint-Sauveur, né à Montréal le 6 avril 1757, étudia au collège de Sainte-Barbe et embrassa la carrière diplomatique. Il fut pendant plusieurs années vice-consul de France en Hongrie et représenta aussi son pays dans le Levant. M. Grasset de Saint-Sauveur mourut en France, le 3 mai

Grasset de Saint-Sauveur se livra avec ardeur à la littérature. Ses livres composés dans l'esprit de la période troublée pendant laquelle il vécut eurent une certaine vogue.

Nous donnons ici la liste des dix-neuf

ouvrages publiés par Grasset de Saint-Sauveur. Isidore Lebrun ne lui donne que onze ouvrages, Bibaud lui en attribue treize et Henry Morgan nous donne les titres de dix-neuf. En cherchant bien on en trouverait peut-être encore quelques-uns.

Voici :

lo Costumes civils actuels de tous les peuples connus. Paris-1784. 4 vols. in-4.

2o Tableaux de la fable représentés par figures, accompagnas d'explications. Paris- 1785. 1 vol. in-4.

3o Tableau cosmographique de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, avec histoire générale et détaillée des peuples sauvages. Paris- 1787. 1 vol. in-4.

4o L'antique Rome, ou description historique et pittoresque de tout ce qui concerne le peuple romain dans les costumes civil s. militaire s et religieux, dans les mœurs publiques et privées, depuis Romulus jusqu'à Augustule. Paris- 1796. 2 vols. in-4.

5o Encyclopédie des voyag^es, contenant l'abrégé historique des mœurs, usages, habitudes domestiques, religions, etc. Paris-1795- 1796. 5 vols. in-4.

6o Les amours du fameux comte de Bonneval, pacha à deux queues, connu sous le nom d'Osman, rédigé d'après quelques mémoires particuliers. Pari s- 1796. 1 vol. in- 18.

7o Le Sérail ou Histoire des intrigues

secrètes et amoureuses du grand seigneur, Paris-1796. 3 vols, in-18.

80 Fastes du peuple français, ou tableaux raisonnes de toutes les actions hcro'iques et civiques du soldat et du citoyen français. Paris- 1796. 1 vol. in-4.

9o Warfjulir et Zelmir, histoire véritable, traduite de l'anglais. Paris-1796. 1 vol. in-12.

lOo Costumes des représentants, des membres des deux Conseils, du Directoire Exécutif, des Ministres, des Tribunaux. Paris- 1796. 1vol. in-8.

llo Les Trois Manuels, ouvrage moral écrit dans le goût d'Epictète : Manuel des infortunés ; Manuel des indigens ; Manuel de l'homme honnête. Paris-1796. 1 vol. in-18.

12o Les Amours d'Alexandre et de Sultane Ama.zillc. Paris-1797. 2 vols, in-18.

13o Description des peuples de l'Europe. Paris-1798. 1 vol. in-4.

14o Description des principaux peuples d'Asie, contenant le détail de leurs mœurs, coutumes, usages, etc. Paris-1798. 1 vol. in-4.

15o Esprit des Ana, ou de tout un peu. Paris-1801. 2 vols, in-12.

I60 Voyages pittoresques dans les quatre parties du monde. Paris-1806. 1 vol. in-4.

17o Les Archives de l'honneur, ou notices historiques sur les généraux, officiers et soldats qui ont fait la guerre de la révolution. Paris- 1806. 4 vols. in-8.

18o Plantes usuelles indigènes et exotiques. Paris- 1807. 2 vols. in-4.

19o Muséum de l a jeunesse, ou tableau historique des sciences et des arts. Paris- 1S)09- 1811, 1 vol. in-4. (Cet ouvrage a été publié en 24 livraisons. Les 6 premières l'ont été par Grasset de Saint-Sauveur ; et les 18 autres par Babié, après la mort de Grasset de Saint- Sauveur).

André Grasset de Saint-Sauveur, le second fils de M. Grasset de Saint-Sauveur, né à Montréal le 3 avril 1758, passa en France avec son père en 1764. Le jeune Grasset de Saint- Sauveur après un brillant cours d'études fut admis à la prêtrise.

Lors de la Révolution, l'abbé de Saint- Sauveur était chanoine de l'église métropolitaine de Sens.

Enfermé au couvent des Carmes, de Paris, qui avait été converti en prison, il fut massacré en haine de la foi pour refus de prêter serment à la Constitution civile du clergé, le 2 septembre

Le nom du chanoine Grasset de Saint- Sauveur figure sur les plaques de la crypte de l'église des Carmes, rue de Vaugirard, à Paris, avec le titre de " Quebecensis ". On ignorait, sans doute, qu'il était originaire de Montréal.

Dans la Semaine Religieuse de Montréal du 8 juillet 1901, sous le titre : Un martyr

montréalais, M. André Grasset de Saint-Sauveur, nous lisons :

" Tous les Canadiens qui ont eu le bonheur de descendre dans la crypte de l'église des Carmes, rue de Vaugirard, à Paris, et d'y prier sur les ossements des martyrs de 1792, se rappelieront, avec ung religieuse émotion le nom que nous venons d'écrire en tête de cet article.

"Ils auront sans doute éprouvé une sorte d'étonnement mêlé de pieuse fierté, en lisant sur les plaques commémoratives du célèbre sanctuaire, parmi tant d'autres noms de prêtres, de religieux et d'évêques massacrés en haine de la foi, celui d'un compatriote : M. André Grasset de Saint-Sauveur.

" Ce sera pour eux, comme pour nous tous d'ailleurs, une grande joie, et même un sujet d'orgueil national, d'apprendre que l'on va bientôt proposer aux honneurs de la canonisation ces centaines d'ecclésiastiques.

" Se rendant aux instances réitérées qui lui étaient adressées depuis plusieurs années, et qui devenaient chaque jour plus nombreuses. Son Eminence le cardinal Richard, archevêque de Paris, par mandement en date du 14 mars dernier, a institué le tribunal chargé d'instruire la cause de ces prêtres. Le prélat formait en même temps une commission spéciale, pour aider à recueillir tous les documents utiles, et

aussi à procurer les ressources que pourront exiger les recherches à faire.

" Avec la permission de Mgr l'archevêque de Montréal, c'est dans la lettre même que lui envoie à ce sujet le vénéré cardinal et dans les pièces qui l'accompagnent, que nous puisons les renseignements donnés ici.

" Nous n'avons pas .à refaire au long l'histoire de la persécution religieuse inaugurée en France par l'Assemblée Constituante en 1791, poursuivie l'année suivante par l'Assemblée Législative, et terminée dans le sang du clergé séculier et régulier, cette même année au mois de septembre, par la Commune. Ce drame cruel et sanglant est trop connu !

La Constituante avait décrété la Constitution civile du clergé français. De par cette loi, la France se trouvait séparée de l'Eglise et du Souverain-Pontife, c'était le schisme.

" Une protestation unanime se fit entendre d'une extrémité à l'autre du pays, partie tout à la fois de la bouche des évêques et des laïques. Le gouvernement tenta d'étouflfer cette généreuse protestation, en portant un nouveau décret, qui obligeait les ecclésiastiques à prêter le serment à la Constitution civile du clergé, ou à perdre leurs bénéfices.

" Henri VIH, a-t-on écrit, n'avait trouvé que quatre évêques pour s'opposer à ses projets, et la prétendue Réforme avait triomphé en Angleterre. En France, sur plus de cent trente

évêques, quatre seulement prêtèrent le serment imposé par les sectaires, et la fidélité courageuse des autres fut imitée par la masse du clergé.

" Mais les ennemis de l'Eglise ne désarmèrent pas. L'héroïsme de la résistance les fit entrer dans une rage barbare. Malgré la protestation du pape Pie VI, l'Assemblée Législative déclara " suspacts " les prêtres insermentés, et les désigna ainsi aux coups d'une populace ivre de colère et de carnage.

" Bientôt, la Commune, la hideuse Commune, entre en scène. Elle traque comme des bêtes fauves tous les prêtres qui refusent de prêter le serment.

" Par une première confession de foi, ils ont perdu leurs bénéfices ; une seconde confession les fait jeter en prison ; une troisième leur méritera la palme du martyre.

" Le dimanche, 2 septembre 1792, raconte Mgr Péchenard, l'éminent recteur de l'Université catholique de Paris, tout était prêt. Au signal convenu, les assassins s'élancent dans le jardin des Carmes, en réclamant à grands cris l'archevêque d'Arles, frappé un des prem.iers, tandis que les autres tombent sous les coups des balles et des piques. Bientôt le massacre se régularise et se poursuit méthodiquement Les prêtres sont repoussés dans

l'église et amenés ensuite devant une espèce de tribunal, qui s'installe à deux pas des bour-

reaux. ... De là, ils sont conduits aussitôt au perron fatal pour y être massacrés et meurent en vrais martyrs."

" Des scènes analogues se passent, en même temps, dirigées toujours par les révolutionnaires, à l'Abbaye et à Saint-Firmin.

"Quelques prêtres, ajoute Mgr Péchenard, providentiellement échappés aux coups des bourreaux, et témoins oculaires des massacres, les ont fait connaître dans des relations pleines d'intérêt. Ils ont dit la sérénité de ces victimes, et l'étonnement de leurs bourreaux en les voyant marcher à la mort, selon l'expression d'un communard, " ayant autant d'allégresse et de gaieté que s'ils étaient allés à la noce."

" N'était-ce point là 1"' Ibant gaudentes " des Actes des Apôtres ?

** Aussi, quand Pie VI fut informé de ce qui s'était passé aux Carmes, à l'Abbaye et à Saint-Firmin, se hâta-t-il de saluer le premier, dans un acte officiel, du beau nom de "martyrs", tous ces héros morts pour la défense de la foi et la liberté de l'Eglise.

" C'est la ratification explicite et solennelle de cette parole pontificale, qu'il s'agit maintenant d'obtenir du Saint-Siège.

" Nous y travaillerons de toutes nos forces, en union avec nos frères de France, en pensant que la canonisation des " Martyrs des Carmes " ou Martyrs de Septembre " portera sur les autels un Canadien de Montréal,

notre compatriote, M. André Grasset de Saint- Sauveur."

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