‹ Les petites choses de notre histoire (volume 2)Chapitre 43 sur 43 · OU FUT INHUME LE BRIGADIER DE SENEZERGUES · texte numérisé non relu

OU FUT INHUME LE BRIGADIER DE SENEZERGUES

Le lieutenant-colonel Louis- Etienne-Guillaume de Senezergues de la Rode vint ici en qualité de commandant du bataillon de la Sarre, qui débarqua à Québec sur la fin de mai 1756.

Il se distingua en plusieurs circonstances, notamment à la prise du fort George et à la bataille de Carillon.

Montcalm et Lévis l'avaient en très haute estime. C'est sur leur recommandation expresse qu'il obtint le grade de brigadier.

A la bataille des Plaines d'Abraham, M. de Senezergues commandait le centre de l'armée françai,se. De plus, par sa séniorité, il était le second en commandement. C'est donc sur lui que retombait la direction de l'armée française à la disparition de son chef. Malheureusement, il fut blessé à mort presque en même temps que l'héroïque marquis de Montcalm.

Le général Tovvnshend, dans un rapport adressé au secrétaire d'Etat de Sa Majesté, nous apprend que le brigadier de Senezergues mourut à bord d'un vaisseau anglais :

" Au front des bataillons ennemis tomba aussi M. de Montcalm. Son second en commandement est depuis mort de ses blessures sur un de nos vaisseaux."

Où fut inhumé M. de Senezergues ?

Il ne fut certainement pas inhumé à Québec. Les registres de Notre-Dame de Québec mentionnent les sépultures de plusieurs soldats tués pendant le siège. Montcalm, inhumé le lendemain même de la bataille des Plaines d'Abraham, dans la chapelle des Ursulines, a son acte de sépulture dans les registres. Un bon nombre des combattants du 13 septembre 1759 furent inhumés dans le cimetière de l'Hôpital- Général. Leurs noms furent enregistrés avec soin par l'aumônier de l'institution, le chanoine des Bergères de Rigauville. Il est impossible de croire que l'inhumation d'un personnage de l'importance de M. de Senezergues aurait passé inaperçue.

Voici notre humble opinion à ce sujet.

Après la bataille des Plaines d'Abraham, les Anglais transportèrent sur la rive opposée un bon nombre des blessés trouvés sur le champ de bataille. Ils les déposèrent dans l'église de Saint -Joseph de la Point e-Lévy transformée en hôpital.

M. de Senezergues blessé à mort fut ramassé sur le champ de bataille et déposé sur un bateau afin de le transporter dans l'hôpital improvisé de la Pointe-Lévy. Il mourut pendant le trajet. Les Anglais commirent-ils la barbarie de jeter son cadavre dans le fleuve ? Nous ne le croyons pas. Il fut donc inhumé dans le

cimetière de Saint-Joseph de la Pointe-Lévy alors adossé à l'église paroissiale.

Comment se fait-il que les registres de Saint-Joseph de la Pointe-Lévy ne fassent aucune allusion à la sépulture de M. de Senezergues ? Pour une raison bien sirr»ple. Au mois de septembre 1759, le curé de cette paroisse était dans les bois avec ses paroissiens.

M. E.-Z. Massicotte a retrouvé dans les archives judiciaires de Montréal un testament olographe du brigadier de Senezergues daté du 26 avril 1759, un peu plus de quatre mois avant sa mort. Il est écrit à l'Assomption, où M. de Senezergues avait passé l'hiver. Après avoir disposé de ses biens en faveur de sa famille (ses frères et sœurs), le brave soldat exhorte les siens à vivTe selon les règles de la religion " afin d'avoir le bonheur de nous rejoindre un jour tous dans le ciel."

La famille de Senezergues était originaire de l'Auvergne, et le tombeau familial se trouvait dans la chapelle des Cordeliers d'Aurillac.

Page 1