MARIAGES ENTRE FRANÇAIS ET SAUVAGES
De 1608 à 1667, soit une période de soixante ans, il n'y eut que trois mariages à Québec entre Français et Sauvages.
Le 3 novembre 1644, Martin Prévost, fils de Pierre Prévost et de défunte Charlotte Vien, de la paroisse de Montreuil sur le bois de Vincennes, épousait Marie-Olivier, fille de Roch Manithabehich, sauvage. C'est le Père Barthélémi Vimont qui leur donna la bénédiction nuptiale. Il y eut plusieurs enfants de ce mariage mais cinq seulement se marièrent. Marie-Olivier Manithabehich décéda à Québec le 10 septembre 1665.
Le 26 septembre 1662, Jean Durand, fils de Louis Durand et de Madeleine Malvande, de la paroisse de Deuil, évêché de Xaintes en Saintonge, épousa Catherine Annennontak, fille de Nicolas Arendanki et de Jeanne Otrihoandet, du bourg de Sainte-Madeleine, paroisse de la Conception au pays des Hurons (i).
Jean Durand qui était un coureur des bois mourut probablement au cours d'une de ses courses et sa veuve se remaria avec un autre Français, Jacques Couturier.
^ Le 19 septembre 1666, Laurent Duboct, 'fils de Jacques Duboct et d'Elisabeth Pruneau, de Saint-Maclou de Rouen, épousait Marie- Félix, fille de Joachim Arontio et de Cécile Arenhatsi, de la paroisse de la Conception au pays des Hurons.
(1) Le contrat de mariafife de Jean Durand dit Lafontaine et de Catherine Huronne fut reçu par le notaire Audouart le 2.3 Heptembre 1662.
Marie-Félix Arontio décéda à Montréal le 1er novembre 1680. Elle eut, elle aussi, plusieurs enfants, dont une fut religieuse aux Ursulines de Québec sous le nom de Sainte-Marie-Madeleine.
Le Récit des Ursulines fait beaucoup d'éloges de la Mère Sainte-Marie-Madeleine. Il semble ignorer, toutefois, qu'elle avait du sang sauvage dans les veines. ^' La gaieté française, dit-il, coulait de source chez elle, et sous un extérieur aussi agréable que modeste et composé, elle avait trouvé le secret de s'élever à une haute perfection religieuse, et de rendre la vertu aimable à toutes les personnes qui se trouvaient en rapport avec elle. Elle était studieuse et mettait à profit l'esprit et les talents qu'elle avait reçus du ciel. Dans ses dernières années, elle employait les récréations à enseigner aux jeunes à broder sur soie, or, écorce, et égayait toujours rheiire qui passe par mille traits d'innocente allégresse que la religion autorise et sanctifie. "
Il n'est peut-être pas hors de propos de noter que le célèbre Pierre Boucher de Grosbois avait épousé en premières noces une sauvagesse, Marie Chrétienne. Leur contrat de mariage fut reçu aux Trois-Rivières, le 17 janvier 1649, P^î* Guillaume Audouart, commis au greflPe de la cité trifluvienne. Nous le donnons ici d'après une copie en la possession de M. Montarville de La Bruère:
** Par devant nous Guillaume Audouart, commis au Greffe des Trois-Rivières, soussigné, et en la présence des témoins ci-après nommés :
" Furent présents en leurs personnes Pierre Boucher, natif de Mortagne au Perche, bourgeois et habitant de Trois-Rivières, y demeurant, et Marie Crestien, aussi demeurante au dit lieu des Trois-Rivières, lesquelles parties en la présence de Gaspard Boucher et de Nicolle LeMère, père et mère du dit Pierre Boucher, Nicolas Boucher, Etienne de Lafont, Urbain Baudry, Jacques Leneuf, écuier, sieur de la Poterie, et demoiselle Marguerite Le- Gardeur sa femme, Jehan Godefroy, Monsieur Hertel, Thomas Godefroy, sieur de Normanville, tous parens et amis et demeurant aux dîtes Trois-Rivières, tous parens et amis communs des dites parties, ont reconnu et confessent avoir fait et accordé entr'elles les traités et j)romesses de mariage qui en suivent, c'est à savoir, que le dit Pierre Boucher a promis et promet prendre la dite Marie Crestien pour sa femme et légitime épouse, comme elle pareillement promet prendre le dit Pierre Boucher pour son légitime époux, icelui mariage faire et solemniser en la face de notre mère Sainte- Eglise, plus tôt que faire se pourra et qu'il sera avisé et délibéré entr'eux et leurs amis si Dieu et notre dite mère Ste Eglise si consentent et accordent aux droits et biens des dits futurs
époux, dont les Révérends Pères ont promis de donner la somme de deux cents livres pour le dit mariage de la dite Marie Crestien et de plus ont déclaré que les Révérendes Mères Ursulines de Québec sont saisies de la somme de trois cents livres pour la dite Marie Crestien donnée par Madame de Breté, lesquels trois cents livres les Révérends Pères promettent au dit Pierre Boucher lui faire toucher, le mariage accompli, lesquelles sommes ci-dessus mentionnées seront délivrées au dit Pierre Boucher, mari de la dite Crestien, toutes fois et quantes après le mariage accompli avec les biens meubles qui lui peuvent appartenir, qui seront mis en la communauté d'iceux, en conséquence de quoi elle acquérera sur les biens du dit Pierre Boucher et en cas qu'elle survive le dit Pierre Boucher, tous les droits de la Coutume de la ville, prévôté et vicomte de Paris et en cas que le dit Boucher survive la dite Marie Crestien sans avoir enfans procédant du dit mariage, elle lui a donné et lui donne par ces présentes, tout ce qu'il lui pourra appartenir sans qu'il soit obligé à en restituer aucune chose. Fait et passé en la maison de Gaspard Boucher, père du dit Pierre Boucher, le dimanche dix-septième de janvier après midi mil six cent quarante neuf, les témoins ci-dessus dénommés présens et ont signé avec moi commis susdit, et la minute demeurée par devers moi, pour en bailler copie aux parties ain-
si que la nécessité le requérera, laquelle sera collationnée et envoyée pareille copie au greffe de Québec et a le dit Lafond et sa femme déclaré ne savoir signer et ont fait leur marque.
Pierre Boucher Boucher
Marie Chrestienne
NicoUe LeMère
Urbain Baudry
Marque du dit Lafont
Marque de Magdelaine M. Boucher, femme du dit Urbain Baudry
Marque de Marie Boucher, femme de Etienne Lafont
Normanville J. Q. Leneuf
Hertel
Godefroy
M. LeGardeur Audouart
Commis. " Au bas de Tacte, on lit :
*'J'ai soussigné Pierre Boucher confesse avoir eu et reçu du Révérend Père Buteux la somme de deux cent livres tournois contenue au contrat ci-dessus de laquelle somme je tiens le dit Père Buteux et tous autres, . . . fait ce premier juin mil six cent quarante neuf. *'
Pierre Boucher "