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LE CONSEILLER FRANÇOIS HAZEUR

Charles Aubert de la Chesnaye fut incontestablement le plus grand marchand et l'homme d'affaires le plus habile de la Nouvelle- France. L'honorable M. Chapais a retracé, il y V. déjà un quart de siècle, la carrière utile de Aubert de la Chesnaye ( i ) .

Aubert de la Chesnaye, toutefois, eut des émules et celui qui se place au premier rang, du moins dans la région de Québec, est François Hazeur.

(1) La PreuMc, de Montréal, 14, 21, 28 octobre 1899, et 11 et 18 novembre 1899. Cette étude remarquable a été reproduite dans Famille Aubert de Qaspé, pp. 5 et suivantes.

— iso- Ces deux marchands qui, à eux seuls, faisaient plus d'affaires que tous les autres négociants de la Nouvelle-France réunis, moururent ruinés. Il ne faut pas en mettre la faute sur leur imprudence ni leur manque d'habileté, mais plutôt sur le malheur des temps. La guerre ruina les entreprises si péniblement élaborées par les marchands de la Nouvelle-France. La famille Hazeur était de très bonne noblesse, originaire de la ville de Verviers, dans le Limbourg belge. La généalogie de cette famille a été dressée par Jean-Giles Lefort, roi d'armes de Sa Majesté Impériale, et il lui donne de fort belles alliances.

François Hazeur père semble être venu dans la Nouvelle-France un peu avant 1688 avec sa femme, Marie Prous (peut-être Provost) et ses cinq enfants François Hazeur, l'objet de ces notes, Léonard, Jeanne-Louise, Madeleine et Marie-Anne.

Jeanne-Louise et Madeleine furent religieuses à l'Hôtel-Dieu de Québec. Marie-Anne devint la femme de Jean Sébille, un important marchand de Québec. Quant à Léonard, il s'établit à Montréal avec son père.

François Hazeur fils s'établit à Québec et ne tarda pas à faire un commerce assez considérable pour l'époque. Sa maison était à la basse-ville, rue Notre-Dame. C'était, au dire de l'intendant Bochart Champigny, la plus belle maison de la basse-ville.

Dès 1672, François Hazeur commençait à faire de grandes acquisitions territoriales. Le 15 octobre 1672, conjointement avec Pierre Soumande Delorme, son beau-frère, il achetait les deux tiers de la seigneurie de la Malbaie. Le 12 octobre 1688, il obtenait l'autre tiers de la même seigneurie par sentence d'adjudication de la Prévôté de Québec. Enfin, le 28 mai 1700, Hazeur devenait propriétaire de toute la seigneurie, ayant désintéressé son beau-frère.

Hazeur acheta la seigneurie de la Malbaie surtout pour y faire l'exploitation du bois. Il construisit à la Malbaie un moulin à scie qui était le plus important de tout le pays. Ses vaisseaux transportaient en France le bois scié à la Malbaie. Cette exploitation de bois devint même si considérable qu'à l'automne de 1692 MM. de Frontenac et Bochart Champigny mirent les vaisseaux du Roi à la disposition de M. Hazeur pour transporter son bois en France.

Le 25 février 1684, François Hazeur formait une société avec Vital Oriol pour faire le commerce à la baie d'Hudson.

Le 6 novembre 1687, MM. de Denonville et Bochart Champigny écrivaient au ministre:

*' Nous avons reçu les sieurs Hazeur et Delorme, marchands d'ici, qui essaieront cette année de faire quelque pêche de marsouins et de baleines; ils demandent la protection de

Monseigneur et quelque recommandation de sa part auprès de M. Arnoult " (i).

Le 6 novembre 1688, M. Bochart Champigny écrivait au ministre:

'' Les sieurs Hazeur et Delorme ont fait un établissement à la Malbaie distante de 22 lieues de Québec, où ils ont fait faire un moulin à scie et continuent d'en faire faire encore un pour l'année prochaine au même endroit; ces deux moulins produiront cinquante milliers de planches par an. Ils font faire encore quantité de bardilles et merraissy à faire des barriques pour les envoyer en France où il y a un bon débit. Messieurs du Séminaire ont à la Baie Saint-Paul un moulin à scie qui rend tous les ans vingt-cinq milliers de planches, et c'est de ces deux endroits et du Saguenay d'où l'on peut tirer tous les mats" (i).

Le 23 mars 1691, MM. de Frontenac et Bochart Champigny, gouverneur et intendant de la Nouvelle-France, concédaient au sieur Hazeur une étendue de terre au lieu appelé la Grande Vallée des Monts de deux lieues de front sur trois lieues de profondeur dans les terres, pour y établir la pêche de la morue et y faire d'autres établissements (2).

(1) Archives de la province de Québec.

(2) Pièces et documents relatifs à la tenue seigneuriale, p. 399.

Cette concession fut ratifiée par le Roi le 1er mars 1693.

M. Hazeur s'occupa de la traite de Tadoussac. Il forma une association avec MM. Aubert de la Chesnaye et Gobin pour exploiter ce poste. Par un acte de Chambalon du 24 juin 1694, nous voyons les trois associés protester, au nom des sous-fermiers de la traite de Tadoussac, contre M. Rouer de Villeray, apfent- ^énéral des fermiers-généraux, pour s'être servi des sieurs Benac, Gourdeau et Amyot de Vincelotte pour aller au naufrage du vaisseau du Roi le Carossol aux Sept-Iles.

Dans Tété de 1697, Denis Riverin découvrait une carrière d'ardoise à l'anse de l'Etang, à six lieues en bas de la concession qu'avait obtenue M. Hazeur dans la vallée des Monts Notre-Dame. C'est dans le but d'exploiter cette carrière qu'il forma une société avec M. Hazeur. Le 20 septembre 1697, MM. de Frontenac et Bochart Champigny accordaient aux deux entreprenants marchands 1'" ance de l'Etang située au bas du fleuve Saint-Laurent, six lieues au-dessous de la vallée des Monts Notre- Dame avec une demie lieue de front de chaque côté de la dite ance sur une lieue de profondeur, pour en jouir par eux, leurs successeurs et ayants cause en propriété à toujours " (i).

(1) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneu' riale, p. 442.

MM. Hazeur et Riverin, à cause de leur exploitation de pêche qui prenait tout leur temps et leurs capitaux, ne purent guère s'occuper de l'ardoisière de l'anse de l'Etang. Cette exploitation devait être reprise une trentaine d'années plus tard par le fameux docteur Sarrazin. Il faut avouer que l'affaire ne fut pas un succès (i).

Le gouverneur de Frontenac avait toujours eu beaucoup d'estime pour M. Hazeur. Il lui en donna une nouvelle preuve sur son lit de mort. Dans son testament reçu par le notaire Genaple, le 22 novembre 1698, il le nommait son exécuteur testamentaire conjointement avec le sieur Charles de Monseignat, son premier secrétaire.

Le 15 mars 1700, François Hazeur achetait de Denis Riverin, conseiller au Conseil Souverain, la "terre, fief et seigneurie de la Rivière de la Madeleine, sise au-dessous des Monts Notre-Dame, du côté du sud, contenant demi lieue au-dessus et demi lieue au-dessous de la dite rivière de large sur deux lieues de profondeur dans les terres" (2).

M. Hazeur paya son acquisition deux cent cinquante livres. Cette seigneurie avait été

(1) Voir Bulletin des Recherches Historiques, vol. XVI, p. 185.

(2) Acte de Chambalon, notaire à Québec, 15 mars

concédée à Denis Riverin le 28 mars 1689, mais celui-ci ne s'en était jamais occupé.

Le 21 février 1701, les sieurs Hazeur, Peire et Denys de Vitré obtenaient de MM. de Callières et Bochart Champigny le privilège exclusif de la pêche aux marsouins dans les lieux de Kamouraska, Rivière-Ouelle, Pointeaux-Alouettes et autres endroits du fleuve Saint-Laurent. En 1705, ce privilège fut prolongé pour quinze ans en faveur de MM. Hazeur et Peire. M. Hazeur fit des dépenses considérables pour cette exploitation de pêche qu'il perfectionna considérablement (i).

Le 1er juin 1703, M. Hazeur était appelé par le roi à faire partie du Conseil Souverain. Il y remplaçait son ami Charles Aubert de la Chesnaye, décédé. M. d'Auteuil, procureur général du Conseil, s'opposa à la nomination de M. Hazeur sous le prétexte qu'il n'avait aucune connaissance du droit et qu'ayant plus de cinquante ans, il était trop âgé pour l'apprendre. Mais, sur la demande de l'intendant Bochart Champigny et de Mgr de Laval, le roi nomma quand même M. Hazeur.

Le 15 novembre 1703, MM. de Vaudreuil et de Beauharnois écrivaient au ministre:

" La conjoncture de la guerre ne nous paraît pas propre pour l'établissement que le sieur

(1) Bulletin deê Recherches Historiques, vol. XXIV, p. 238.

Hazeur propose de faire au nord de Tîle dç Terre-Neuve pour une pêche sédentaire; nous lui en accordons cependant, Monseigneur, la concession afin qu'il prenne ses mesures pour être en état d'y faire son établissement aussitôt après la paix " (i).

Le 17 novembre 1704, MM. de Vaudreuil et de Beauharnois écrivaient au ministre Pontchartrain :

'' Les sieurs de Hazeur et Peire qui continuent avec beaucoup de dépenses la pêche des marsouins, ont l'honneur de vous présenter le placet ci-joint pour obtenir la continuation de leur gratification: 4500 livres pesant de ligne de banc et 2000 livres de cordages d'un pouce et demi et le fret gratis de leurs huiles dans le vaisseau du Roi le fret étant dans ce temps-ci extraordinairement cher rend ks marchandises d'un très grand prix. C'est ce qui a engagé quelques personnes à établir des manufactures " (i).

Le placet de MM. Hazeur et Peire joint à la lettre de MM. de Vaudreuil et de Beauharnois, disait:

'' François Hazeur, conseiller au Conseil Supérieur de Québec, et Pierre Peire, marchand bourgeois de la dite ville, eurent l'honneur de représenter à Votre Grandeur, l'année dernière, que la mort de feu Mr de Vitré ne les

(1) Archives de la province de Québec.

avait pas empêchés de continuer la pêche des marsoins blancs dans le fleuve St-Laurent, ce qu'ils ont fait jusqu'à présent avec des dépenses qui montent à plus de 55 mille livres, dont ils ne sont pas remboursés de la moitié; mais c'est le sort ordinaire de toutes les nouvelles entreprises; comme ils sont les premiers qui l'ont faite, on ne doit pas être surpris si elle n'a pas eu tout le succès que les dits entrepreneurs et avec eux tout ce qu'il y a de personnes bien sensées et même capables de bien ju^er; espèrent qu'elle aura par la suite tant en perfectionnant les machines qu'ils ont inventées pour cela qu'en diminuant les dépenses qu'ils ont été obligés de faire jusqu'à présent. En sorte que si Votre Grandeur veut bien faire quelque attention sur l'assurance que nous osons lui donner que cette entreprise réussira et les grands biens que la colonie en tirera, tant par le commerce des huiles et des peaux qu'elle en fera en France et autres lieux que parce que c'est en même tems un moyen d'y occuper beaucoup de monde qui sans cela demeure dans une fainéantise qui va absolument à sa ruine, nous sommes très assurés qu'elle entrera dans les demandes que les dits entrepreneurs prennent la liberté de lui faire, sans quoi il leur serait impossible de la soutenir par les pertes très considérables qu'ils ont faites, tant par leurs vaisseaux que par ceux des autres dans lesquels ils avaient de gros intérêts.

" Ils supplient donc très humblement Votre Grandeur de vouloir bien ajouter à la gratification de cinq cents livres qu'elle a accoutumé de leur faire, 4500 livres pesant de lignes du banc et 2000 livres de cordage d'un pouce et demi, avec le fret gratis du produit de la pêche dans les vaisseaux du Roi, ces grâces. Monseigneur, auront plus d'un bon effet, car elles ne nous auront pas plus tôt procuré le remboursement des avances que nous aurons faites pour la pêche des marsoins que nous songerons à celles de la baleine dont les avantages qu'on en peut retirer ne souffrent aucune difficulté, puisqu'il y en a une très grande quantité à peu de distance de celle du marsoin.

" Nous continuerons, Monseigneur, nos vœux et prières pour la prospérité et santé de Votre Grandeur" (i).

C'est le 20 avril 1705 que M. Hazeur obtint du marquis de Vaudreuil et de M. de Beauharnois l'importante concession qu'il avait demandée trois ans plus tôt sur l'île de Terre- Neuve afin d'y établir une pêche sédentaire. Cette concession avait trente lieues de front sur dix lieues de profondeur. Cette concession fut ratifiée par le roi le 17 juin 1707 (2).

M. Hazeur décéda à Québec le 2S juin 1708, sans avoir pu mener à bonne fin son en-

(1) Archives de la province de Québec.

(2) Insinuations du Conseil Souverain.

treprise de Terre-Neuve pour laquelle il s'était donné tant de peine. Il suivit dans la tombe, à moins de deux mois d'intervalle, son ami Mgr de Laval.

Le 14 novembre 1708, MM. de Vaudreuil et Raudot écrivaient au ministre:

*' Le sieur Hazeur, conseiller au Conseil Supérieur de cette ville, est mort regretté de tout le monde à cause de son mérite, de sa vertu et de sa droiture. Il a laissé un fils avocat au Parlement de Paris, qui remplira sa place si vous voulez bien avoir la bonté de lui accorder cette grâce. Permettez, Monseigneur, aux sieurs de Vaudreuil et Raudot de vous représenter qu'en cette occasion les services du père doivent vous engager à procurer au fils cette place de la bonté de Sa Majesté. "

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