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LES FRERES KIRKE ETAIENT-ILS DES RENEGATS

Quelle était la véritable nationalité des frères David, Louis et Thomas Kirke ou Kerth qui, en 1629, vinrent s'emparer de Québec et détruire l'œuvre que Champlain avait eu tant de peine à mettre sur pied ?

Rétablissons d'abord l'orthographe vraie du nom de Kirke. Champlain écrit indifféremment Quer, Guer, Kerth. Les documents du temps écrivent Ker, Kerth, Kirke, Kirth; Kyrch, Quer, Querch, Quercq. Nos historiens Garneau, Ferland, Faillon, Laverdière disent

Kerth. Les frères Kirke signaient tous Kirke. (1)

Nous lisons dans la Relation des Jésuites de 1632-1633 :

Le lendemain on envoya sommer

le capitaine Thomas Ker, Français de nation, né à Dieppe qui s'est retiré en Angleterre, et qui avec David et Louis Ker, ses frères, et un nommé Jacques Michel, aussi dieppois, tous huguenots, s'étaient venus jeter sur ce pauvre pays " (2)

Le Père de Charlevoix écrit :

"L'année suivante (1628), David Kirth, français, natif de Dieppe, mais calviniste et réfugié en Angleterre, sollicité, dit-on, par Guillaume de Caën qui voulait se venger de la perte de son privilège exclusif, s'avança jusqu'à Tadoussac." (3)

Garneau dit :

" Sir William Alexander, devenu comte de Stirling, encouragé par la cour, saisit ce moment pour chasser les Français de Port- Royal, en profitant de l'aide de David Kerth, calviniste français de Dieppe, qui devait opérer une diversion en Canada." (4)

(1) Feu M. Philéas Gagnon possédait un autographe de Louis Kirke. Il est signé très lisiblement Kirke.

(2) The Jesuit Relations and Allied Documents, vol. V, p. 40.

(3) Histoire de la Nouvelle-France, vol. 1er, p. 172.

(4) Histoire du Canada, tome 1, p. 78.

L'abbé Ferland écrit :

" Des français huguenots se chargèrent de détruire les étabHssements français du Canada. David Kerth, né à Dieppe, était passé, avec ses frères Louis et Thomas, au service des Anglais, comme le firent aussi dans ce temps beaucoup d'autres calvinistes, qui préféraient l'Angleterre à leur propre patrie " (1)

Les frères Kirke, la preuve en est parfaitement établie aujourd'hui, n'étaient pas Français ni Huguenots. Ils étaient originaires du Derbyshire, en Angleterre, et appartenaient probablement à l'église établie de la Grande- Bretagne.

La pièce suivante qui provient des archives du Collège of Arms d'Angleterre ne peut laisser aucun doute sur la nationalité des frères Kirke :

" M. Jervays Kirke, gentilhomme, et marchand de Londres, fils de Thurston Kirke, de Greenhill, dans le comté de Derby, a laissé cette vie mortelle à sa demeure, Basin Lane, Londres, le 17e jour de décembre 1629 et a été inhumé dans l'église paroissiale de Alhallow, Bread street, le 22e jour suivant. Il avait épousé Elisabeth, fille de Jean Gowding, de Dieppe, en France, où il vécut pendant près de

(1) Cours d'histoire du Canada, vol. 1er, p. 227. Il n'est que juste de noter que l'abbé Ferland ajoutait en note : " Les Kertk étaient, dit-on, nés d'un père écossais et d'une mère française."

quarante ans et de laquelle il eut cinq fils et deux filles. David Kirke, l'aîné, âgé d'environ trentedeux ans, capitaine et commandant en chef de la flotte de neuf voiles, à la prise du Canada, terre ferme d'Amérique, et Louis Kirke, second fils, âgé d'environ trente ans, maintenant capitaine et gouverneur du fort pour Sa Majesté en Canada, Thomas Kirke, troisième fils, âgé de vingt-six ans, capitaine et vice-amiral de la dite flotte " (1)

Les frères Kirke n'étaient donc pas des traîtres à leur patrie en s'emparant de Québec puisqu'ils n'étaient pas Français. Leur mère, il est vrai, était née et avait vécu longtemps en France mais elle était d'origine anglaise.

Le Père de Charlevoix et quelques autres auteurs semblent aussi insinuer que les frères Kirke étaient des pirates et qu'ils n'étaient venus ici qu'à la sollicitation de Guillaume de Caën qui voulait se venger des Français,

L'expédition des frères Kirke était autorisée par le roi d'Angleterre alors en guerre avec le roi de France. Tout cela est surabondamment prouvé par des pièces nombreuses publiées dans un ouvrage de M. Henry Kirke qui a paru à Londres en 1871 et qui est intitulé: The first Bnglish conquest of Cunada with some account of the earliest seulement in Nova Scotia and Newfoundland.

(1) Henry Kirke, The first English conqnest of Canada.

Sans doute, l'expédition des frères Kirke dirigée contre Québec fut très dommageable à l'œuvre de Champlain et aux travaux apostoliques des Pères Récoliets déjà établis dans la Nouvelle-France. Mais les frères Kirke accomplissaient un acte légitime de belligérant en s'emparant de Québec et il n'y a pas à les en blâmer.

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