‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 22 sur 56 · M. DE VAUDREUIL ET LE MARIAGE DE FIGARO · texte numérisé non relu

M. DE VAUDREUIL ET LE MARIAGE DE FIGARO

La comédie de Beaumarchais le Mariage de Figaro était écrite déjà depuis quelques années lorsqu'elle arriva à la scène. Louis XVI, qui avait pris la peine de se faire lire cette pièce risquée et qui en comprenait toute la portée, s'était opposé longtemps à la laisser jouer. On prétend même qu'après en avoir pris connaissance il aurait dit : "Si l'on jouait cette pièce, il faudrait démolir la Bastille."

Mais le comte de Vaudreuil faisait alors la pluie et le beau temps à la cour du faible Louis XVI. Vaudreuil était le grand ami de la duchesse de Polignac et celle-ci avait un empire presque absolu sur la reine Marie-Antoinette.

En juin 1783, Louis XVI se laissa gagner et permit que le Mariage de Figaro iût joué au théâtre des Menus, dans une fête donnée à un de ses frères. Mais, au dernier moment, le roi se ressaisit et la pièce ne fut pas jouée.

Le comte de Vaudreuil se reprit trois mois plus tard.

Il avait invité le comte d'Artois à la chasse à Gennevilliers. Madame de Polignac et sa suite s'y rendirent. L'occasion était belle pour clore une fête par une comédie dont la censure ne voulait pas. Il obtint enfin l'agrément du roi.

et, à la fin de septembre 1783, le Mariage de Figaro avait les honneurs de la représentation sur le petit théâtre de Gennevilliers.

L'auteur, Beaumarchais, assistait au triomphe de sa pièce. On raconte que pendant la soirée il enfonça avec sa canne les carreaux d"une fenêtre pour donner de l'air aux spectateurs, ce qui fait dire à M. Léonce Pingaud que ce soir-là il cassa doublement les vitres.

" Dès lors, dit encore M. Pingaud, Beaumarchais avait gagné la partie. Les hôtes de Gennevilliers eurent beau déclarer sur tous les tons la pièce immorale et indigne du répertoire : le public entendait partager le privilège dont ils avaient joui une soirée, et M. de Vaudreuil eut bientôt à se vanter ou à se repentir d'avoir ouvert au redoutable chef-d'œuvre de Beaumarchais les portes de la Comédie Française. Cinq ans après, selon la prédiction du roi, la Bastille tombait, et le courtisan qui lui avait involontairement porté le premier coup partait, frappé aussi le premier de tous par sa chute, pour l'exil." (1)

On a dit que le comte de Vaudreuil qui, sous Louis XVI, eut une si grande influence et qui par ses légèretés et ses imprudences hâta certainement la Révolution, était Canadien et fils de notre premier gouverneur de Vaudreuil.

Ceci n'est pas exact.

(1) Correspondance intime du comte de Vaudreuil et du comte d'Artois, p. XXII.

Le comte Jpseph-Hyacinthe-François de Paule de Vaudreuil était le fils unique du comte Joseph-Hyacinthe de Vaudreuil, gouverneur de Saint-Domingue, et, conséquemment, le petit-fils de notre premier gouverneur de Vaudreuil. Il était né à Saint-Domingue le 2 mars

Le comte de Vaudreuil fut un des favoris de la cour de Louis XVL Montgaillard, dans son Histoire de France^ affirme qu'en huit années il toucha, par suite de gratifications annuelles ou d'ordonnances de comptant, la somme de 2,885,000 livres, indépendamment des appointements qui lui étaient donnés comme grand fauconnier.

Le comte de Vaudreuil décéda à Paris le 17 janvier 1817. Le poète Brifaut lui consacra une élégie dont le dernier vers résume toute sa vie de courtisan :

" Vaudreuil se fit aimer ; ce fut là sa science."

Le comte de Vaudreuil était le grandpère de cette comtesse de Clermont-Tonnerre qui a traduit en français partie des œuvres de Parkman et a travaillé beaucoup pour faire connaître le Canada en France.

La comtesse de Clermont-Tonnerre est décédée au château de Brugny, en France, le 17 septembre 1900.

— ISO- UN ANCIEN ELEVE D'UN CURE DE UANGE-GARDIEX

Sa\-iez-vous que sir Henr>- Hardinge, commandant en chef des forces britanniques de 1852 à 1856, avait reçu une partie de son instruction à' l'Ange-Gardien, modeste paroisse de la côte de Beaupré ? Tel est le cas, pourtant.

Hardinge était fils du révérend Henry Hardinge, recteur de Stanhope, comté de Durham, en Angleterre. Il était né le 30 mars

A peine âgé de six ans, il entrait comme enseigne dans l'armée anglaise.

II suivit bientôt son régiment à Québec. Ici, on le confia à M. Raimbault, curé de l'Ange- Gardien, afin de lui donner une éducation française.

Son éducateur ne tarda pas à distinguer les éminentes qualités dont il était doué et il déclara à plusieurs reprises : ce jeune homme fera un g^and chemin.

Repassé dans son pays, Hardinge continua à servir dans l'armée et, durant la guerre de la Péninsule, son mérite se fit connaître dar plusieurs engagements, entre autres à Budajoz et à Busaco. II contribua à la victoire des Anglais à Albuera, et nous le retrouvons couvert de gloire à Salamanque, à Vittoria, à

Nivelle, à Nive et à Orthes. Il fut blessé à Vittoria, et perdit une main à Ligny, sous Blucher.

Durant la paix qui sui\nt, Hardinge remplit plusieurs positions importantes. Il fut successivement greffier d'ordonnance en 1823 ; secrétaire de la guerre en 1828 ; secrétaire en chef d'Irlande avec un siège dans le cabinet en 1830 et en 1834 ; encore secrétaire de la guerre en 1841 ; gouverneur général de l'Inde en 1844; maître général de l'Ordonnance en 1852, et enfin commandant en chef des forces britanniques à la fin de la même année. Trois années plus tard, il atteignait le haut grade de feldmaréchal. Hardinge se retira de la vie publique en 1856 et mourut le 24 septembre de la même année, à South Park, à l'âge de 71 ans.

Sir Henry n'oublia pas M. Raimbault.

Toutefois il ne fit jamais plus que de lui envoyer, un jour, ses compliments par l'intermédiaire d'un citoyen de Québec qui l'avait rencontré en Angleterre.

— Dites à ]M. Raimbault, ajouta-t-il, que c'est grâce à l'instruction qu'il m'a donnée que je dois en grande partie ma promotion et d'avoir pu figin-er dans l'état-major du général Blucher pour diriger l'opération ou, du moins, aider la décision de la bataille de Waterloo.

Deux fois M. Raimbault lui avait écrit : la première fois, pour le féliciter de son entrée dans le ministère, en lui recommandant le

gendre du seigneur de Nicolet, M. Kenelm Chandler, lequel, étant passé à Londres, désirait une charge publique en Canada pour le mari de sa fille ; la seconde, ce fut au départ de sir J. Kempt, administrateur, qui s'était offert de remettre lui-même la note de son ami M. Raimbault. Les deux missives restèrent sans réponse.

— Ces grands personnages, disait en riant le bon M. Raimbault, craignent de se compromettre.

M. Painchaud, fondateur du collège de Sainte-Anne de la Pocatière, avait été le compagnon d'études et de jeux du jeune Hardinge. M. N.-E. Dionne, biographe de M. Painchaud, auquel nous empruntons la plupart des renseignements qui précèdent, rapporte qu'il avait toujours conservé une grande estime pour son illustre ami.

*' — Si jamais il m'était donné de passer en Europe, disait-il un jour, j'irais sans hésiter un instant frapper à la porte de Harry (c'est ainsi que l'appelaient M. Raimbault et ses élèves) et lui demander l'hospitalité, je sais que je n^aurais pas besoin d'intermédiaire pour arriver à lui, et je sais qu'il se souvient de nous comme en 1798, bien qu'il y ait quarante ans que nous ne nous soyons pas vus et peut-être plus de vingt qu'il ne m'ait pas écrit. Je connais son cœur, ni le temps ni les distances ne peuvent le refroidir."

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