‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 4 sur 56 · LE BARON DE LA HONTAN, PORTEUR DE BONNES NOUVELLES · texte numérisé non relu

LE BARON DE LA HONTAN, PORTEUR DE BONNES NOUVELLES

Toutes les relations canadiennes ou françaises de l'attaque de Phipps contre Québec à l'automne de 1690 nous disent qu'aussitôt après la levée du siège le gouverneur de Frontenac envoya un vaisseau en France pour annoncer au roi la grande victoire qu'il venait de remporter sur les Anglais.

Quel fut le messager de ces bonnes nouvelles ?

Le gouverneur de Frontenac avait un faible pour ce gascon de baron de La.Hontan qui faisait pourtant plus de tapage avec sa plume qu'avec son épée et c'est lui qu'il choisit pour cette mission agréable au détriment de plusieurs ofificiers canadiens qui s'étaient distingués pendant le siège.

Il faut lire dans ses lettres si caustiques et si pleines d'esprit avec quel contentement La Hontan apprit qu'il avait été choisi entre tous pour se rendre en France.

Il nous fait savoir d'abord, qu'à peine les Anglais étaient-ils partis de la rade de Québec, qu'un froid excessif se déclara et que la glace endommagea à tel point les navires qui étaient restés dans le port, qu'on fut obligé de les. échouer dans le Cul-de-Sac, afin de ne pas les. perdre.

Puis il continue :

" Cette gelée était un grand contretemps pour M. de Frontenac ; tout rempli de son glorieux succès il était dans l'impatience d'en informer le Roi et il ne doutait pas que cette aiîaire ne lui fit beaucoup d'honneur à la Cour. Au lieu donc qu'il aurait souhaité de dépêcher un Courier ailé, si la chose était possible, et s'il y avait un Mercure autre part que dans le Pays des Fables, il se voyait reculé jusqu'au printemps prochain pour mander à Versailles

réchauffourée des Anglais, grande mortification pour un homme en place et pour un bon courtisan. De mon côté, sans vouloir faire comparaison avec notre gouverneur, je n'étais pas moins chagrin que lui, et me croyant obligé de me morfondre encore cet hiver en Canada, je donnais des bénédictions à rebours au dieu Borée et à sa bise précoce. Nous en fûmes quittes pour la peur néanmoins ; ime pluie imprévue et qui produisit un dégel nous mit hors d'intrigue ; Monsieur de Frontenac prenant avidement l'occasion fit aussitôt gréer et appareiller une frégate désagréée et ses ordres furent exécutés avec tant de diligence qu'en moins de deux ou trois heures le lest, les voiles, les cordages, les mâtures, enfin tout le vaisseau fut en état. Je lorgnais ce préparatif et j'avais un ressentiment (pressentiment ?) que je n'y aurais pas la moindre part. J'étais même bien résolu de presser fortement mon congé si l'on ne me l'offrait pas dès que la frégate serait équipée. Mais Monsieur le gouverneur-général me prévint. Il me dit qu'il avait jeté les yeux sur moi pour porter à la Cour la nouvelle de l'entreprise des Anglais ; que c'était une bonne occasion pour me faire connaître, pour rétablir mes affaires domestiques et pour avancer ma fortune ; mais qu'il fallait tâcher de faire un voyage qui fut court et bon, que le plus tôt que je pourrais arriver en France ce serait le meilleur et surtout que je devais m'armer de

courage et prendre la résolution de périr plutôt que de me rendre à quelque vaisseau des ennemis, ou de relâcher en quelque port que ce fût."

C'est à bord de la frégate la Fleur de May, capitaine Jean Gancleau, que La Hontan se rendit en France. Elle partit de Québec le 27 novembre 1690.

Un voyage en France à une saison si avancée était une entreprise risquée. Le capitaine Gancleau ne voulut pas l'entreprendre sans garantie, mais Frontenac avait une hâte si fébrile d'informer le roi de son succès qu'il consentit aux conditions du prudent marin.

Nous trouvons les conditions du voyage de la Fleur de May en France dans un acte du notaire Rageot en date du 25 novembre 1690. Les actes des notaires de l'ancien régime que de jouissances ils procurent à ceux qui veulent pénétrer jusqu'au tréfonds des choses de notre histoire !

Nous citons ici cet acte du notaire Rageot. C'est un document pour l'histoire :

" Pardevant Gilles Rageot notaire gardenotes du Roy en sa prévosté de Québecq en la Nouvelle-France furent présents Messire Louis Buade, comte de Frontenac, gouverneur et lieutenant-général pour le Roy en toutte la France septentrionale, Mre Jean Bochart, chevalier seigneur de Champigny, Noroy,Verneuil et autres lieux, conseiller du Roy en ses Con-

seils, son intendant de justice, police et finances en ce pays, et le capitaine Jean Gancleau, commandant et bourgeois en partye de la frégate nommée La Fleur de May du port de quatre vingt dix tonneaux ou environ, lesquels volontairement ont reconnu et confessé avoir fait le marché et convention qui suivent c'est à sçavoir que le d. capitaine Gancleau pour se rendre prest en rade de cette ville et partir incessamment pour faire voyage de cette rade à LaRochelle, y porter touttes les ordres et dépesches et passagers qui leur seront donnés par mes dits seigneurs le gouverneur et intendant pour le service de Sa Majesté, et ce pour et moyennant le prix et somme de quatre mil livres prix de France en une lettre de change sur Mons. Noël, trésorier de la Marine à Rochefort, le d. bastiment arrivant à bon port, et qu'au contraire sy le d. vaisseau n'y arrivait pas ou qu'il soit pris par les ennemis ou perdu par les glaces ou mauvais temps mon d. seigneur intendant au d. nom promet luy fe. payer par le d. sieur trésorier neuf mil cinq cents livres aussi prix de France dans le mois et d. an prochain et en cas là les quatre mil livres susd. ne luy seront pas payées et mon d. seigneur intendant au d. nom en sera pour lors quitte et deschargé. Car ainsy etc quittant, etc obligeant etc renonçant. Fait et passé au fort de cette ville le vingt cinquième jour de novembre g b y c quatre vingt dix en présence des sieurs François

Vienney Pachot, marchand, et André Bernon, marchand, tesmoins demeurants au d. Québec qui ont avec les partyes et nore signé. (1)

Comme on le voit, Gancleau avait pris ses précautions. Son voyage lui fut profitable car il se fit assez facilement. En efifet, la Fleur de May arriva à Larochelle avant le 12 janvier

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