‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 52 sur 56 · LE GENERAL MOREAU ET LA GUERRE DE · texte numérisé non relu

LE GENERAL MOREAU ET LA GUERRE DE

Victor Moreau a été un des plus grands généraux de la Révolution. Sa retraite du Rhin, en 1796, et sa victoire de Hohenlinden, en

1800, suffiraient à illustrer son nom quand même il n'aurait que ces deux faits militaires à son actif , mais il en eut des douzaines d'autres.

En 1804, Moreau fut arrêté par ordre de Napoléon. Il était accusé d'avoir eu des relations avec Pichegru et peut-être avec Cadoudal.

Le 1er juin 1804, Moreau était condamné à deux ans de prison. Au sortir de l'audience où il venait de recevoir sa condamnation. Moreau écrivait à sa femme :

" On vient, ma chère amie, de me condamner à deux ans de prison. C'est le comble de l'horreur et de l'infamie. Si je suis un conspirateur, je dois périr. Certes, il ne peut pas y avoir des circonstances atténuantes, comme le jugement le porte. C'est évidemment, un jugement dicté pour justifier le rapport du Grand Juge. L'indignation m'empêche de t'en dire davantage. Je ne veux aucune grâce."

Moreau se pourvut en cassation. Napoléon, qui voulait s'en débarrasser, lui fit dire que s'il se désistait de son pourvoi, remise lui serait faite de sa peine, à condition qu'il partirait pour l'Amérique.

Moreau accepta, et le 25 juin 1804, le jour même de l'exécution de son prétendu complice Cadoudal, il était conduit à la frontière d'Espagne.

C'est le 4 juillet 1805 seulement que Moreau s'embarqua sur le Nezv-York, qui faisait

voile pour Philadelphie, avec sa femme et sa fille, âgée de quelques mois.

Le général Moreau s'établit à Morisville, état de Pensvivanie. Il devait y vivre jusqu'en

Malgré les efforts que faisait Moreau pour vivre retiré, il ne put pendant son séjour aux Etats-Unis éviter la curiosité et l'enthousiasme de la foule. Chaque fois qu'il voyageait, des centaines de curieux se réunissaient devant l'hôtel oii il descendait et ils ne consentaient à se retirer qu'après l'avoir vu. La foule américaine est friande d'hommes célèbres. Les deux présidents qui, pendant le séjour de Moreau en Amérique, se succédèrent à la tête de l'état, Jefferson et Madison, eurent beaucoup d'égards pour le proscrit. Ils l'invitèrent souvent à les rencontrer et lui rendirent même ses visites.

Lorsque les Etats-Unis préparaient leur invasion manquée du Canada en 1812, il fut beaucoup question de confier le commandement de l'armée d'invasion au général français. Les bruits en furent assez persistants et assez publics pour se répandre même au Canada. Nous en avons la preuve dans un mémoire préparé vers 1811 par M. Joseph Bouchette, arpenteurgénéral du Canada, où il est fait allusion au général Moreau.

Dans ce mémoire, M. Bouche.tte attirait l'attention du sous-secrétaire des colonies sur le projet en préparation (?) aux Etats-Unis

d'envoyer, s'il y avait guerre entre l'Angleterre et les Etats-Unis, le général Moreau à la tête de six mille hommes pour faire la conquête du Canada.

M. Bouchette disait que personne mieux que Moreau n'était capable de conduire une pareille expédition, mais il ajoutait :

" Je suis d'avis qu'il n'aurait qu'une bien faible chance de réussir et qu'il faudrait aux Américains une armée beaucoup plus considérable. Je craindrais davantage, si l'on parlait de quinze ou vingt mille hommes répartis comme il suit, savoir : six ou sept mille hommes sous le général Moreau dirigés sur Montréal, un pareil nombre remontant la rivière Kennébec pour descendre la rivière de la Chaudière et venir se camper devant Québec et élever des batteries en face de la ville à la Pointe-Lévy, tandis que trois ou quatre mille descendraient la rivière Saint-François avec l'intention de se réunir à l'armée de Moreau aux Trois-Rivières s'il réussissait à prendre Montréal." (1)

On a dit que le général Moreau refusa de prendre le commandement de l'armée américaine. Ceci est une inexactitude : ce commandement ne lui fut jamais offert. Du moins,c'est ce qu'affirme M. Ernest Daudet, dans son livre Ucxil et la mort du général Moreau. Et M. Daudet était bien informé puisqu'il a eu entre

(1) Rapport sur les Archives du Canada pour 1892, p. LVI.

les mains tous les papiers et les lettres du grand soldat.

On aimera peut-être à connaître le sort de Moreau après son départ des Etats-Unis.

Pendant ses huit années de séjour à Morisville, le général Moreau avait reçu plusieurs communications des souverains alliés qui réclamaient ses services pour les aider à détrôner Napoléon. Moreau, malgré ses griefs contre Napoléon qui avait été si injuste pour lui, avait toujours hésité à passer en Europe. Il désirait ardemment la chute de celui qu'il appelait le tyran mais il ne voulait pas commander une armée contre la France.

Enfin, en 1813, l'empereur de Russie, Alexandre, lui envoya un émissaire qui eut raison de ses scrupules. Il s'embarqua le 25 juin 1813 sur VHannibal.

Moreau rencontra l'empereur de Russie à Prague le 17 aoiit 1713. Le souverain russe et le général français s'entendirent très bien. C'est même Moreau qui revisa et corrigea les plans des généraux alliés pour la campagne dans laquelle ils venaient d'entrer contre Napoléon.

Dix jours plus tard, le 27 août 1813, à la bataille de Dresde, Moreau eut les deux jambes fracassées pendant qu'il visitait le front de l'armée russe en compagnie de l'empereur Alexandre.

Moreau mourut cinq jours plus tard, le 2 septembre 1613.

Moreau avait fini sa carrière jusque là si glorieuse en combattant contre sa patrie. L'histoire, tout en le blâmant de cette erreur, n'a pas été trop dure pour lui. Napoléon avait été si injuste à son égard qu'elle invoque presque des circonstances atténuantes en sa faveur.

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