‹ Les petites choses de notre histoireChapitre 36 sur 100 · LA PECHE A LA BALEINE SOUS LE REGIME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA PECHE A LA BALEINE SOUS LE REGIME FRANÇAIS

Le Père de Charlevoix écrivait, en 1721, dan: le Journal d'un Voyage fait par ordre du Roi dans l'Amérique Septentrionalc :

“ Nous y avons eu (dans le golfe Saint-Laurent) plus d’une fois le plaisir du combat de ia

baleine contre l’espadon, et rien n’est plus amusant. L'espadon est de la grosseur d’une vache, long de sept à huit pieds, et son corps va toujours en rétrécissant vers la queue. Son nom vient de son arme, espèce d'espadon long de trois pieds et large de quatre doigts. Il est posé sur son nez, et de chaque côté il a une suite de dents de la longueur d'un pouce, rangées dans une distance égale les unes des autres. Jamais la baleine et l'espadon ne se rencontrent, qu'ils ne se battent, et c'est, dit-on, celui-ci, qui est toujours l'agresseur. Quelquefois deux espadons se joignent contre une baleine, et alors la partie n'est pas égale. La baleine n'a pour arme offensive et défensive que sa queue: pour s'en servir contre son ennemi, elle plonge la tête, et si elle peut frapper l'espadon, elle l'assomime d'un coup de sa queue, mais il est fort adroit à l'esquiver, et aussitôt il fond sur” la baleine et lui enfonce son arme dans le dos. Le plus souvent, il ne la perce pas jusqu'au fond du lard, et ne lui fait pas grand mal. Quand elle le peut voir s'élancer pour la frapper, elle plonge, mais l'espadon la poursuit dans l'eau, et l'oblige à se remonter. Alors le combat recommence et dure jusqu'à ce que l'espadon perde de vue la baleine, qui bat toujours €. retraite, et qui nage mieux que lui à fleur d’eau.”

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D'après certains auteurs, bien avant la découverte du Canada par Cartier les Basques venaient faire la pêche à la baleine dans le golfe Saint- Laurent. On connait l'ile aux Basques, située à quelques milles de l'ile Verte. En 1720, on voyait encore, paraît-il, sur cette ile des restes de fourneaux et des côtes de baleines laissés là par les Basques.

Les Basques abandonnèrent, dit-on, la pêche à la baleine pour s'adonner au commerce des pelleteries qui demandait moins de dépenses, moins de fatigues et de dangers et dont les profits étaient plus considérables et plus prompts.

Dans les premières années du dix-huitième s'ècle, des Canadiens entreprenants essayèrent de rétablir la pêche à la baleine tel que la pratiquaient les Basques. Ces hardis marins n'ayant pas les fonds requis pour faire les avances nécessaires à leurs équipages dûrent bientôt abandonner leur entreprise.

En 1733, Hilaire Brideau, navigateur et constructeur de navires, essaya de faire Ja pêche à la baleine dans le golfe Saint-Laurent. II se construisit une chaloupe en forme de biscaïenne qu'il arma d'un canon. Il se muni de harpons, de cables et cordages de toutes sortes et engagea un équipage de huit hommes.

Comme il avait fait des dépenses assez fortes,

afin de ne pas se faire enlever le fruit de son esprit d'initiative et de son travail par des concurrents. il demanda à l'intendant Hocquart de lui accorder un privilège exclusif pour quatre années consécutives.

La Compagnie du Domaine avait alors des droits sur le bas Saint-Laurent. Elle ne s'opposa pas au privilège demandée par Brideau, mais à certaines conditions.

Le 17 mars 1733. l'intendant Focquart accorda à Brideau le privilège de la pêche à la baleine. Dans le brevet qui lui fut accordé, nous trouvons les conditions de la Compagnie du Domaine:

“ Après communication par lui (M. Cugnet, directeur et receveur-général du Domaine) prise de la requeste du d. Brideau. il déclare qu'il n'empêche que le privilège demandé par le d. Brideau luy soit accordé pour quatre années aux offres portées par la d. requeste à la charge qu'il sera fait défense au d. Brideau de faire directement ni indirectement avec les Sauvages du Domaine aucune traite ni commerce de pelleterie et huile de loup marin, à l'effet de quoi le d. Brideau ni personne de son équipage ne pourra descendre à terre dans l'étendue du Domaine que dans les

endroits où il y a des postes établis lorsqu'il aura

besoin de rafraichissement indispensablement nécessaire et dans les endroits où les baleines qu'il

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aura blessées se seront échouées auquel cas il sera tenu d'avertir ou faire avertir le commis du plus prochain poste à l'effet de reconnaitre si les baleines échouées lui appartiendront ce qui se justifiera par la blessure faite par le boulet de canon Où par le dard marqué à la marque du d. Brideau, et d'empêcher le commerce que le d, Brideau pourrait lier avec les Sauvages lorsqu'il sera à terre, pour exploiter les d. baleines échouées : que le d. Brideau ne Pourra se servir de Sauvages pour l'exploitation des d. baleines qu'après avoir averti le commis du poste où il fera sa dl. exploitation, ni payer les d. Sauvages de leurs salaires qu'en huile de baleine sans qu'il puisse les payer en vivres, boissons ni marchandises de quelque nature que ce soit, et que le d. Brideau «ussitôt son arrivée à Québec, et avant de pouroir débarquer aucune chose de son d. bâtiment *ra tenu de faire sa déclaration au bureau du omaine des effets qu'il aura dans son bâtiment. t de laisser faire la visite du d. bâtiment, lits, coffres, malles et futailles qu'il y aura embarquées, et au cas qu'il se trouve des pelleteries ou huile de loup marin le tout sera confisqué au profit du fermier, et le d. Brideau condamné en 500 livres d'amende. ”

Brideau ne fit pas fortune avec son privilège.

Nous croyons même qu’il l’abandonna avant l'expiration de ses quatres années.

En 1747, M. de Lafontaine de Belcour, conseiller au Conseil Supérieur, homme de grande entreprise mais qui manquait d'esprit de suite pour les bien conduire, faisait part au ministre Pontchartrain d’un projet assez curieux. Il s'agissait de faire la pêche ou la chasse à la baleine avec des rets.

Ce projet de pêche à la baleine avec des rets frappa l'esprit curieux de M. de Pontchartrain. Le 1er mai 1749, il écrivait à MM. de la Jonquière et Bigot que si M. de Lafontaine de Belcourt persistait à entreprendre un établissement de pêche à la baleine avec des rets, ils pourraient proposer pour lui les encouragements qu’ils jugeraient convenables. De nouveau, le 19 mai 1750, il s'informait des intentions de M. de Belcour de Lafontaine à ce sujet.

Après bien des démarches et des pourparlers, le 19 octobre 1750, MM. de la Jonquière et Bigot accordaient à M. de Lafontaine de Belcour pour le temps et espace de quinze ans, à compter de l'année 1751, l'étendue de terrain nommé Apetepi ou Micatarain, sur la côte du Labrador, avec quatre lieues de profondeur ainsi que les îles, ilôts et battures qui étaient audevant de la dite étendue.

M. de Lafontaine de Belcour devait jouir de cette concession pour y faire un ou plusieurs établissements de pêche à la baleine à l'exclusion de tout autre, ainsi que la chasse et la pêche avec les bâtiments qui pourraient venir au dit lieu. M. de Lafontaine de Belcour devait payer au Domaine du Roi pour sa concession, chaque année cinq castors ou la somme de dix livres.

Mais cette entreprise de pêche à la baleine.

comme bien d'autres projets de M. de Lafontaine de Belcour, n'eut pas de succès. Il menait tant d'entreprises à la fois qu'il les manqua toutes ct se ruina complètement, Dans les premières années du régime anglais, il était devenu si pauvre que le général Murray fut obligé de donner des pensions à ses filles pour les faire subsister.

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