‹ Les petites choses de notre histoireChapitre 48 sur 100 · LE GOUVERNEUR HALDIMAND ETAIT-IL MARIE · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR HALDIMAND ETAIT-IL MARIE

fous les historiens nous disent que le gouverneur Haldimand était célibataire.

Dans sa biographie de Pierre de Sales Laterrière, M. l'abbé H.-R. Casgrain raconte une assez curieuse histoire au sujet d'une entrevue de son héros avec la fille du gouverneur Haldimand.

Nous résumons l'histoire de M. l'abbé Casgrain.

En 1779, Pierre de Sales Laterrière était arrèté aux Trois-Rivières par les ordres du gouverneur Haldimand et amené à la prison de Québec.

de Riedesel; Journal of the Voyage of the Brunswick Auxiliarieg from Wolfenbuttel to Quebec, by F, V. Melsheimer; Journal du voyage des troupes auxiliaires de Brunswick et de Wolfenbuttel à Québec, par F. V. Melsheimer; The Brunswickers in Canada, dans The Canadian and Numismatie Journal, avril 1892; Journal d’un voyage de Stade à Québec, en Amérique, par un officier; Lettres confidentielles de quelques officiers allemands dans le Canada en 1777 et 1778. Dans les Rapports sur les Archives du Canada, plus particulièrement dans les volumes consacrés à la Collection Haldimand, on trouvera les sommaires des lettres ou communications échangées entre le baron Riedesel, ses principaux officiers, les gouverneurs Carleton et Haldimand et les officiers du Canada de l’époque.

Il était accusé d’avoir fabriqué des boulets aux forges Saint-Maurice pour permettre à Montgomery de faire le siège’de Québec.

Laterrière fut détenu trois ans et demi dans la prison de Québec. Pour se distraire pendant sa captivité, il construisit, sur une petite échelle, un fac-similé des fortifications de Québec sur lesquelles étaient braquées soixante pièces de canon. Au moyen d'un cylindre, dont la rotation faisait mouvoir une armée de petits :oldats automates, porteurs. de mèches allumées, ces petits canons faisaient un feu d'enfer dans toutes les directions. Durant le tintamarre de ce siège en miniature, la citadelle était occupée par deux souris apprivoisées. Dès que le feu cessait, elles apparaissaient, attelées sur un petit carrosse proportionné à leurs forces, et faisaient ainsi, avec une docilité parfaite, le tour des fortifications.

Haldimand, continue M. l'abbé Casgrain, entendit parler de cette petite merveille, et voulut l'acheter. 11 lui envoya son aide de camp, accompagné de mademoiselle Haldimand, qui était curieuse de voir cette forteresse portative.

Le prisonnier dit à mademoiselle Haldimand:

—Dites au général, monsieur votre père, qu'il me fasse faire mon procès et juger par les tribunaux ou qu'il me donne ma liberté. Et vous, mademoiselle, à ce prix et avec ma reconnaissance,

faites emporter le travail d’un innocent persécuté.

Toute cette histoire est parfaitement agencée. Seulement, elle est bâtie sur un appui qui n'est pas solide et quand on le touche elle s'écroule comme un château de cartes. Haldimand n’a jamais été marié et, conséquemment, mademoiselle Haldimand n'a jamais existée que dans l'histoire de M. l'abbé Casgrain.

M. l'abbé Casgrain avait puisé ses renseignements dans les Mémoires alors inédits de Pierre de Sales Laterrière. Nous constatons que dans ses Mémoires Laterrière ne dit pas un mot de la fille de Haldimand. Le bon abbé n'aurait-il pas placé mademoiselle Hadimand dans son histoire tout simplement pour la rendre plus intéressante ou plus pimentée ?

Voici d’ailleurs le passage même des Mémoires de Laterrière où il est question de la forteresse de Québec construite par lui-mème :

“ Vers la fin du premier automne, voyant que tout espoir d'élargissement était évanoui, ne voulant tomber dans aucun des vices de l’inaction, comme j'avais vu travailler tout l'été les ouvriers artificiers, l'idée me vint de construire une machine qui représentât les fortifications et batteries de la ville, ainsi que les forges de Saint- Maurice, en petit, et le tout narchant par le

moyen de roues et de poids, ou d’un chat dans

une grande roue. Pour cela j'avais besoin de bois, de plomb, de cuivre, de fer, d'ivoire, d'outils ct d'un tour ; avec de l'argent je me procurai toutes ces choses des artificiers ; elles me coùtèrent dix louis et quelques shillings. Je mis trois ans à faire ma machine à mon goût, et j'eus la satisfaction de faire partir dans l'espace de dix minutes, 76 pièces de canon, servies par des hommes qui allaient de l’une à l’autre mettre le feu à la lumière, par l'action de roues, d'échelles et de poids. Audessus, était la représentation des Forges, fourneaux, chaufferies et de la martellerie qui frappait sur l’enclume 6o fois par minute: il y avait jusqu'à un moulin à farine et un à scier, marchant très bien. Je ne m'aperçus du mérite de mon ouvrage que quand il fut fini et que tout l: monde l’admira : je ne l'avais fait que pour m'amuser sans grande espérance de réussir. Je puis dire qu'il en fut parlé au Château même. au dur Haldimand, et que celui-ci ordonna au prévost Prentice de lui apporter la machine au premier lever. Un peu de joie, un peu de peine. Je vis partir le fruit de trois ans de travaux, sans savoir si je le reverrais jamais, en effet je ne le revis plus. Ce despote se contenta de me faire demander combien je l: voulais vendre. J'en fus très-chagrin, parce que j'étais attaché à toutes

ces petites choses qui m'avaient distrait et désennuyé; consentir gracieusement ou refuser, je n'avais pas d'autre alternative, et refuser pouvait produire des conséquences qu'un prisonnier de quatre ans n'aime pas à voir renaître. Mon ami Hay et le prévost lui-même me firent entrevoir que je pourrais tirer de là ma liberté; le dernier ajouta que le général, après avoir vu ma machine en mouvement, s'était écrié: — Quel dommage qu'un tel génie soit enfermé! S'il était notre ami, il pourrait être très utile.” — Tout considéré, je lui fis dire que les talents d’un gentilhomme n'étaient pas à vendre; que j'avais travaillé à ma machine pendant quatre ans pour mon plaisir, et que de ma libre volonté, bien que mon corps ne fut pas libre, j'offrais le fruit de mon travail à son excellence. Elle l’accepta et me fit demander si je n'avais quelque désir que je voulusse voir accomplir. Je répondis que je serais charmé que mon procès se fit ou que ma liberté me fût rendue. Son aide de camp Mathis m'apporta une lettre, qui m'accordait ma liberté, en quelque pays que je voulusse aller, jusqu'à la paix, et disait que son excellence ne pouvait pas me faire juger ”. ;

Page 1