— 126 — UN BAL DE LORD DORCHESTER
Voulez-vous, sans même sortir de votre homme, assister à un bal d'état d'il y a un siècle et quart ? L'invitation devrait d'autant plus vous sourire que le bal était donné par un de nos amis les plus sympathiques, lord Dorchester. l
C'est Nicolas-Gaspard Boisseau, un parfait notaire de l'ile d'Orléans, qui va ainsi nous permettre de jeter un coup d'œil sur la société canadienne et anglaise de Québec à la fin du dix-huitième siècle.
Le 18 janvier 1787, donc, malgré un froid de 25 degrés et des chemins remplis de deux pieds de neige, le notaire Boïisseau se décida à sortir de son ile, pour assister au bal de la reine donné par lord Dorchester, au château Saint-Louis de Québec.
De nos jours, les bals commencent à neuf et dix heures. Au bon vieux temps, ils s’ouvraient entre 6.30 heures et 7.00 heures. Lorsque Boisseau pénétra dans la salle de bal, elle était déjà remplie d'officiers majors et subalternes et des connétables de la ville. Les dames, très nombreuses, étaient assises sur des bancs placés en amphithéâtre autour de la salle.
On commença la danse par des menuets, au son d'une très belle musique, Lord Dorchester était au haut de la salle. C'est à lui qu'on adressait le premier salut du menuet, le second était pour le couple qui dansait. L
On dansa ainsi cinq menuets.
Vinrent ensuite les contre-danses anglaises.
Chaque contre-danse était composée de vingtcinq couples, la durée des contre-danses était d'une heure. Boisseau avoue ingénument que ces danses étaient si ennuyantes que si ce n’eut été de la musique qui le tenait éveillé, il se serait certainement endormi.
D'heure en heure, les domestiques offraient des rafraichissements. aux invités. C'était du vin de Madère avec de l'eau chaude et du sucre. On passait en même temps des bonbons.
Lord Dorchester se tint debout toute la suirée.
À 11.30 heures, on vint annoncer que le souper ou 1éveillon était dressé. Chaque cavalier conduisit alors sa partenaire dans la salle où les tables étaient. disposées.
Les tables étaient richement et artistiquement arrangées. Des pyramides de fruits et de mets, tous plus succulents les uns que les autres, s'y étalaient.
Lord Dorchester se plaça à la table principale avec, à ses côtés, les premières dames et les off-
ciers généraux. Les messieurs se tenaient debout derrière leurs partenaires.
A la fin du souper, qui avait duré une heure et demie, les belles voix des principales dames se firent entendre.
Lord Dorch” :r se leva ensuite de table et se retira. Le bal se continua tout de même jusqu'à cinq heures du matin.
Puis le notaire Boisseau fit comme tous les autres... il alla se crucher.