CHATEAUBRIAND EST-IL VENU AU CANADA
Lors de son voyage en Amérique dans l'été et l'automne de 1791 Chateaubriand est-il venu au Canada ?
Le récit du voyage de Chateaubriand en Amérique fut publié dans la Presse, de Paris, en 1848, ct mis plus tard en volume sous le titre: F’oyage en Amérique.
Nulle part dans son récit le grand écrivain n'écrit ni ne laisse même entendre qu'il visita les villes du Haut ou du Bas-Canada. Il écrit
bien : “ Je jetai avant de partir un coup d'œil sur les lacs du Canada.” Il décrit même de façon assez exacte les lacs Érié, Ontario, Huron, Supérieur, etc. Mais il est facile de constater qu'il a emprunté tous ses renseignements sur ces lacs à
ministres anglais et les administrateurs du Canada au sujet de l'établissement des loyalistes dans notre pays. On trouvera pareillement la liste de la plupart des loyalistes qui obtinrent des terres de la Couronne. Dans le Précis de la Collection Haldimand, vol. TIIT, pp. 69 et seq., on trouvera des centaines et des centaines de pétitions de loyalistes demandant des indemnités ou des terres. Le Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXII, p. 210, a donné une liste des ouvrages qui ont été publiés sur les Loyalistes.
l'Histoire de là Nouxelle-Fran, : du Père Charlevoix.
Parti de Saint-Malo le 8 avril 1791, à bord du brick Saint-Pierre, Chateaubriand s'arrêta aux Açores, à Saint-l’ierre, et débarqua finalement le 10 juillet, à Baltimore. Il reprit la mer le 10 dccembre à Philadelphie, pour retourner en France. Il avait donc passé cinq mois en Amérique.
Si l'on s'en tient à ce que Chateaubriand «lit formellement avoir visité, on doit conclure qu'il a vu Baltimore, Philadelphie, New-York, Boston, Albany, les chutes de Niagara, Pittsburg, l'Ohio, le haut du Mississipi, et une partie des Florides sans descendre au-dessous, ou en descendant peu au-dessous du 35e degré de latitude. Chateaubriand décrit beaucoup d’autres villes ou parties de pays, maïs il le fait d'après les livres d'autrui.
On a élevé des doutes sur la véracité du voyageur. Dans la Revue d'histoire littéraire de lu France du 15 octobre 1899 et du 15 janvier 1000, M. Bédier cherche à prouver qu'il était matéricllement impossible à Chateaubriand de parcourir l'itinéraire qu'il a décrit. M. Bédier termine son étude en déclarant que Chateaubriand a été le jouet de son imagination. “ La poétique légende du voyage en Amérique, dit-il, offre un exemple achevé d'auto-suggestion. C'est un beau cas. ”
Dans le Correspondant du 10 juillet 1900, \.
l'abbé Bértrin prend la défense de Chateaubriand. I! attaque les arguments sur lesquels M. Bédier a fondé sa thèse.
LE PREMIER DEPUTE DE NORTHUM- BERLAND
En 1791, l'Angleterre nous accordait une nouvelle constitution. La Province du Bas-Canada fut divisée en 21 comtés. Toute Ja région nord du Saint-Laurent, en bas de Québec, à part l'ile d'Orléans, fut comprise dans le comté de Northumberland. On y ajoutait l'ile aux Coudres “ et
toutes les autres îles dans le dit fleuve les plus voisines du dit comté et lui faisant face en tout
ou en partie...” Le premier député de Northumberland fut Joseph Dufour, un brave cultivateur de l'ile aux Coudres.
Dufour était plus habile à manier les manchons de la charrue que la plume. Lorsqu il fut appelé à signer le serment d'office qu'il venait de prêter
43, On trouvera dans la Revue Canadienne, année 1903, vol, 1, pp. 40 et 176, un hon résumé des études de M. Bédier et dé l’abbé Bertrin dû à M. Edmond-J.-P. Buron.
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comme député, tous ses efforts pour y apposer sa griffe, ne réussirent qu'à griffonner un * Joseph Drew”. Aussi les commissaires nommés pour recevoir les serments, gens forts méticuleux, informèrent la Chambre “ qu'une signature, qu'ils pensaient é’re celle de M, Dufour, n'était pas lisible, vu'il y manquait des lettres ”, et ils proposérent :‘e le député qui avait ainsi signé, ravat lui-même son nom et le signât plus lisiblement. 11 faut croire que Dufour eut plus de succès dan: son second essai, puisqu'il siégea jusqu'à la fin du Parlement.
Joseph Dufour était un géant. Il mesurait six’ pieds et sept pouces, mesure française, À l'ile aux Coudres, il était plutôt connu sous le nom de Grand Bona.
Pendant que Joseph Dufour siégeait à Quéler. il y avait en garnison dans la capitale, un régiment écossais dont les officiers étaient remarquablement grands. Il s'éleva à ce sujet un débat entre les députés d'origine anglaise et le: député: canadiens-français. Ceux-ci prétendaient qu'aucun des officiers écossais ne l'emportait sous le rapport de la taille sur le géant de l'ile aux Coudres. On était à la veille d'en venir aux argument. frappants, lorsqu'un député plus pacifique proposa un expédient pour terminer la discussion.
Les plus grands d'entre les officiers écossais
furent invités à se rendre au Parlement. On fit appuyer contre le mur de la Chambre d'Asse:.. blée le plus grand des officiers et on prit sa mesure. Dufour subit l'épreuve à son tour, et, à la grande satisfaction des Canadiens-Français, on constata qu'il le surpassait de plusieurs lignes. L'historien de l'ile aux Coudres, le grand-vicaire Xlaillux, à qui nos empruntons ces détails, dit que le coiunel Duiour — il était colonel de milic: était un honume d'une grande foi, d'une parfaite honnéicié, d'une douceur et d'une bonté de cœur nicon,parabies, Ami constant de ses cures, 11 leur :endit tous les services en son pouvoir, Honnae vrusient pacifique, il travailla tout le temp: li: -: longue vie à maintenir la paix et l'union entre ses co-paroissiens. Qui dira com-
bien de différends il a arrangés, combien de divisions il a apaisées, combien d'aigreurs il a adoucies, combien d'exemples de douceur, de charité, de patience, de foi et de crainte de Dieu il a léguées à la paroisse de l'ile aux Coudres!
Le colonel Dufour décéda à l’âge de plus de quatre-vingts ans, béni et regretté de tous.