‹ Les petites choses de notre histoireChapitre 59 sur 100 · UNE VICTIME DE LA REVOLUTION MARIE-EUSTACHE JUCHEREAU · texte numérisé non relu

UNE VICTIME DE LA REVOLUTION MARIE-EUSTACHE JUCHEREAU

La Révolution qui sacrifia tant de nobles français fit aussi quelques victimes canadiennes. Signalons parmi ces dernières un brave Canadien de Beauport, fils d'une de nos meilleures familles, qui eut la tête tranchée par la vile populace de Charleville, en 1792, sans même avoir l'avantage de subir un procès.

Marie-Eustache fJuchereau était né à leauport, le 24 octobre 1741, du mariage d'Antoine Juchereau Duchesnay, seigneur de Beauport. ct de Marie-Françoise Chartier de Lotbinière.

Le jeune Juchereau servit d'abord dans les troupes du détachement de la marine. Malgré son jeune âge, il se battit vaillamment pendant la campagne de 1750.

Après la chute de Québec, il passa en France où il entra dans le corps royal d'artillerie.

Promu au grade de capitaine, Juchereau coopéra, en 1700, à la conquête de l'ile de Corse.

Lorsque la révolution française se déchaina sur toute l'Europe, Juchereau était licutenantcolonel d'artillerie, et chargé provisoirement des fonctions de directeur de l'importante manuïacture d'armes de Charleville.

Le 4 septembre i7Q2, quatre voitures sortaient de la manufacture d'armes de Charleville, en destination d'Huningue. Les volontaires de la Nièvre, de garde à une des portes de la ville, arrêtent le convoi sous le prétexte qu’il ne se dirige pas vers Huningue. Juchereau arrive bientôt et explique que le mauvais état des routes de Charleville à Mézières l’a contraint de faire contourner la ville, par les voitures. Deux officiers municipaux conduisent à la mairie le lieutenant-colonel Juchereau et les conducteurs des voitures. La foule les suit en proférant les plus effroyables menaces.

A l'hôtel de ville, Juchereau est reçu par les cris: “ Juchereau est un traître; à la lanterne le complice de Brunswick ”. Le maire obtient quelques instants de silence et Juchereau remet à un officier municipal, qui en donne lecture, des pièces qui établissent que le convoi se dirigeait bien sur Huningue et que Juchereau n'avait agi que d'après les ordres de ses supérieurs.

Juchereau essaie de donner des explications.

On l’interrompt par les cris: “ À la lanterne le traître. ”

Puis, la foule, au paroxisme de la fureur, bouscule les officiers municipaux, qui semblent donner raison au malheureux officier. Juchereau est foulé aux pieds, frappé à coups de crosse de fusil.

On l'entraine hors de l'hôtel de ville. A la porte même de l'édifice municipal, on lui porte plusieurs coups de baïonnette, puis on lui tranche la tête. -Les plus enragés mettent la tête du lieutenantcolonel Juchereau au bout d'une pique et la promènent dans les rues de Charleville et de Mczières, Une fois leur rage un peu calmée, ils jcttent cette tète sanglante dans la Meuse.

De son mariage avec Marie-Thérèse Pasqualini, le lieutenant-colonel Juchereau avait eu deux fils. L'ainé, Antoine-P'erre Juchereau de Saint- Denys, devint baron et général dans l'armée française. Le cadet, Louis Juchereau de Saint-Denys, s'établit ex Corse et devint conseiller à la Cour . Royale de Bastia. Sa descendance existe encore dans l'ile de Corse.

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