‹ Les petites choses de notre histoireChapitre 66 sur 100 · LE GENERAL BROCK ET L'AUTEUR DES ANCIENS CANADIENS · texte numérisé non relu

LE GENERAL BROCK ET L'AUTEUR DES ANCIENS CANADIENS

Tout le monde connait l'histoire du brave géneral anglais [Isaac Brock tombé glorieusement à la tête de son régiment, le 49e d'infanterie, en chargeant l'armée américaine à Queenston-Heights, le 13 octobre 1812. Le général Brock avait du sang français dans les veines et il en était fier.

Une particularité des Anglais, dans les premières années du dix-neuvième siècle, c'est que, tout en se vantant d'avoir toujours battu les Français, ils refusaient même le courage à leurs ennemis. Cowardly (lâches) était ordinairement l'épithète qu'ils accolaient au nom de Français. Leur façon de parler n'était pas’ habile ni glorieuse. Quelle gloire peut-on remporter à battre des poltrons et des lâches ?

Brock eut un jour une belle occasion de rendre justice aux Canadiens-Français tout &n vantant la bravoure des Français.

C'est M. de Gaspé qui raconte l’anecdote dans ses Mémoires:

“ C'était un peu avant la guerre de 1812: on s'occupait activement des mesures propres à résister à nos puissants voisins, lorsqu'un officier

ans

dit qu’il serait à peu près inutile de confier des armes aux Canadiens ; qu'ils n'auraient pas, probablement, le courage de s'en servir.

“— Pourquoi, fit le général Brock; le sang français ne coule-t-il pas dans leurs veines? Eh bien! messieurs, je me suis trouvé plusieurs fois face à face avec les Français sur les champs de | bataille, et je puis témoigner de leur bravoure à LE toute épreuve: et bon sang ne ment jamais. ”

M. de Gaspé ajoute qu'il offensa bien involontairement un jour le général Brock, mais qu'il ne lui en conserva nulle rancune.

Tous deux soupaient chez madame Baby, tante je de M. de Gaspé. Il y avait nombreuse compagnie. C'était alors la mode de chanter au dessert. M. de Gaspé, lorsque son tour arriva, s’avisa de chanter une chanson à boire, alors en vogue, dont le refrain disait :

Mon père était pot Ma mère était broc, Ma grand’mère était pinte.

“ Je n’eus pas lâché le malencontreux refrain, dit M. de Gaspé, que je devins rouge, comme un

coq-dinde que j'étais; mais ne sachant comment k me tirer de ce mauvais pas, je pris le parti de continuer, en abrégeant la terrible chanson autant

que possible. J'aurais rentré en terre, si je l’eusse pu.

“ Mon ami, l'honorable Butler, alors lieutenant dans le 49e, qui était au souper, me dit le lendemain: “ Quel diable vous a fossédé de choisir une semblable chanson? Savez-vous que le colonel s’est trouvé très ral à l'aise ?

“— Et moi, encore beaucoup plus que lui, répliquai-je ; j'aurais voulu être à cent lieues, je suais sang et eau; je vais de ce pas lui faire mes excuses.

— Non, non, fit Butler; il a fini par rire, en disant: “ De, Gaspé is a very foolish boy (De Gaspé est un enfant sans cervelle). ’

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