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LES HURONS AUPRES DE GEORGE IV

À tort ou à raison, les Hurons de Lorette prétendent que la seigneurie de Sillery, dont la réserve actuelle de Lorette n’est qu’une très faible partie, avait été à l’origine concédée à leurs ancètres, et que les Jésuites s'étaient indûment emparé de cette seigneurije.

Dès 1791, les Hurons s'adressaient à lord Dorchester pour se faire remettre la seigneurie de Sillery. En 1793, ils faisaient la même demande au gouverneur Prescott. Puis, les gouver-

neurs Milnes, Craig, Prevost, Sherbrooke, Richmond, Dalhousie reçurent pareilles demandes.

En 1824, fatigués de ne recevoir que des réponses évasives, les Hurons décidèrent d'envoyer des délégués auprès du roi,

Le 15 novembre 1824, Nicolas Vincent (Tsawouenhouhi}), grand chef des Hurons de Lorette, André Romain(Tsouhahissen)et Stanislas Kootska (Arathaka), chefs du Conseil, et Michel Tsioui (Téachéaandalé), chef des guerriers de la même nation, prenaient passage dans le brick l'Indian, capitaine Mathias, pour l'Angleterre.

L'Indian arriva à Liverpool le 16 dé-embre, après une heureuse traversée.

Les chefs hurons, en débarquant, s'empressèrent d'aller saluer le maire de Liverpool puis, le lendemain, prenaient la diligence pour Londres.

A Londres, M. Butterworth, membre du Parlement, s'occupa d'eux. C’est lui qui les présenta à lord Bathurst, ministre des colonies.

Ce dernier sans s'engager à rien, reçut néanmoins les envoyés hurons avec beaucoup de considération. Il leur assigna pour logement un hôtel garni trés convenable et il fit payer toutes les dépenses par le gouvernement. Le 8 avril 1825, les chefs hurons, accompagnés de sir John Chapman et de M Brock (frère de sir Isaac Bsock), se rendirent, sur l'invitation qu’ils en avaient re-

Çue, au château de Windsor. Ils furent présentés au roi dans les jardins de ce beau château. Les médaillons de George III, qu'ils avaient reçus de la main de sir Isaac Brock, ayant attiré l’attention de George IV, il leur dit que comme ils avaient le portrait de son père, ils n'auraient peutêtre pas d'objection à porter aussi le sien. Il suspendit ensuite au cou de chacun d’eux un beau médaillon d'or, qu'ils baisèrent avec la plus grande ardeur.

Le grand chef Tsawouenhouhi s’adress: ensuite au roi en français dans les termes suivants :

“ Sire, on m'avait dit de ne point parler en la présence royale, à moins que ce ne fût pour répondre aux questions de Votre Majesté, mais je ne puis résister aux sentiments que j'éprouve; mon cœur est gonflé; je suis surpris de tant de grâce et de condescendance, et je ne puis douter que Votre Majesté ne me pardonne l'expression de notre gratitude. Le soleil verse ses rayons vivifiants sur :.os têtes. Il me rappelle le grand créateur de j’univers; celui qui peut faire vivre et faire mourir. Ah! puisse cet Etre bienfaisant, qui promet d’exaucer les prières de son peuple, verser abondamment ses bénédictions sur Votre Majesté; puisse-t-il vous accorder la santé du corps, et, pour l'amour de vos heureux sujets, prolonger votre vie précieuse! Ce ne seront pas

seulement les quatre individus que Votre Majesté voit devant elle, qui conserveront jusqu’à la fin de leur vie le souvenir de cette touchante réception: la nation entière dont nous sommes les représentants, aimera toujours avec dévouement son grand et bon père. ”

George IV répondit très gracieusement et en français. Il dit en substance qu’il avait écouté avec un vif intérêt cette harangue affective et loyale: qu’il avait toujours respecté le peuple excellent dont se formaient les différentes tribus dans ses possessions de l’Amérique septentrionale, et qu’il profiterait de toutes les occasions pour augmenter leur bien-être, assurer leur bonheur, et se montrer vraiment leur père.

Le roi conversa ensuite avec eux en français, et de la manière la plus affable, pendant plus d’un quart d’heure. |

On leur montra l'intérieur du château de Windsor, les écuries, les animaux, les oiseaux, etc. Puis, sir Andrew Barbard les conduisit à Cumberland Lodge, où une table chargée de rafraîichissements les attendait.

Les chefs hurons laissèrent Windsor pour Londres, pleins de reconnaissance d'avoir vu leur bon père le roi George, et de la manière dont ils avaient été reçus.

Outre les médaillons que George IV avait sus-

pendus à leur cou, il avait fait présent à chacun d'une gravure d’après son portrait grandeur naturelle fait par Lawrence.

Les quatre chefs hurons revinrent au pays aux frais du gouvernement anglais. Ils s'embarquèrent sur le Caledonia, et arrivèrent à Québec le 27 septembre 1825.

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