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L'EMANCIPATION POLITIQUE DES JUIFS AU CANADA

Depuis l'immolation du fils de Dieu sur le Golgotha, les Israélites ont été considérés par presque tous les peuples comme des parias, indignes Je toute considération.

Dans la plupart des pays de l'Europe, notamment en Angleterre, les Juifs n’ont obtenu 3 droits -politiques des autres citoyens qu'après des années et des années d'efforts et de démarches.

En 1807, M. Ezéchiel Hart, marchand et :itoyen très respectable mais juif de naissance, fut élu député des Trois-Rivières à la Chambre d’A:semblée du Canada. |

Le 30 janvier 1808, le lendemain de l’ouverture des Chambres, M. Hart prit son siège de député, après avoir prêté le serment à la façon juive, c’est-à-dire sur la Bible et la tète couverte.

Le même jour, on s'inquiéta de savoir si M.

Hart avait bien le droit de siéger. Après plusieurs jours de discussion, le 20 février, la Chambre adopta par 21 voix contre 5 la résolution suivante :

“Que c’est l'opinion de ce comité (de cette Chämbre) que Ezéchiel Hart, Ecr, professant la

religion judaïque, ne peut prendre place, siéger, ni voter dans cette chambre. ”

M. Hart dût donc boucler ses malles et retourner aux Trois-Rivières.

De nouvelles élections eurent lieu aux Trois- Rivières en mai 1808. Ezéchiel Hart fut élu avec Joseph Badeaux contre Pierre Vézina et L. C. Foucher.

Le Parlement s’ouvrit le 10 avril 1809. M. Hart prit. son siège. Mais on ne le laissa pas longtemps jouir en paix de sa victoire.

Le 19 avril, M. Mondelet, député de Montréal- Est, attira l'attention de la Chambre sur la présence de M. Hart. Puis, pendant plusieurs séances, on s'occupa du juif Hart. Finalement, le 5 mai, M. Bédard proposa la motion suivante. appuyé par M. Papineau:

“ Résolu qu'Ezéchiel Hart, professant la religion judaique, ne peut siéger ni voter dans cette Chambre. ”

Cette résolution fut votée par un vote de 18 voix contre 8.

L'expulsion de M. Hart était donc décrétée pour la seconde fois.

Le gouverneur Craig, qui était l'ami de Hart. le vengea en prorogeant brusquement le Parlement.

Au mois d'octobre 1809, de nouvelles élections

eurent lieu par toute la province. Aux Trois-Rivières trois candidats furent mis sur les rangs: MM. Bell, Badeaux et Hart. Mais les deux premiers ayant pris la majorité dès le premier jour de la votation, M. Hart se retira de la lutte.

Ce fut le coup de grâce des ambitions politiques du juif Hart.

La Chambre d'Assemblée fut ensuite plusieurs années sans être ennuyée par la question des Juifs.

Le 31 janvier 1831, les Juifs adressaient à la Chambre d'Assemblée, par l'entremise de M.

Neilson, une pétition dans laquelle ils réclamaient le droit de recevoir et de posséder des offices où places de confiance soit civiles ou militaires Eat cette-province.

Une semaine plus tard, le 7 février, M. Samuel- Bécancourt Hart, né sujet britannique, $e plaignait à la Chambre d'Assemblée qu’on lui avait refusé une commission de juge de paix parce que” professant la religion judaïque, il ne pouvait prêter le serment de qualification.

Les préjugés étaient tombés à l'égard des Juifs, et dès le 16 mars 1831, un bill fut présenté par M. Neiïlson pour leur donner le bénéfice de tous les droits et privilèges des autres sujets de Sa Majesté dans la province du Bas-Canada. Il fut adopté par les deux Chambres presque sans sus-

citer de discussion. Réservé pour le plaisir de Sa Majesté, cet acte obtint la sanction royale le 5 juin 1832. C'est le 1, Guillaume IV, chapitre 57.

“ Vu qu'il s'est élevé des doutes, si par la loi, les personnes qui professent je judaïsme ont le droit à plusieurs des privilèges dont jouissent les autres sujets de Sa Majesté en cette province : qu'il soit donc déclaré et statué, que toutes personnes professant le judaïsme, et qui sont nées sujets britanniques, et qui habitent et résident en cette province, ont droit, et seront censées, considérées et regardées comme ayant droit à tous les droits et privilèges des autres sujets de Sa Maijesté, ses héritiers et successeurs, à toutes intentions, interprétations et fins quelconques, et sont habiles à pouvoir posséder, avoir ou jouir de tout office ou charge de confiance quelconque en cette Province. ”

Depuis 1832, les Juifs jouissent donc en Canada de tous les privilèges des sujets britanniques.

On nous a souvent traités d'arriérés. En Angleterre on.a discuté bien longtemps la question de savoir si on devait donner les droits politiques aux Juifs. Ce n’est qu'en 1858 qu’on leur a ouvert les portes du Parlement. Nous avons donc devancé dans ce cas la vieille Angleterre de plus d’un quart de siècle. En cherchant un peu, peut-

être trouverions-nous d'autres circonstances où nous avons fait la leçon à la mère-patrie.

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