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LA CONVERSION DE SIR ALLAN MACNAB

Sir Allan MacNab, qui fut le chef de l'adiministration MacNab-Morin de 1854 à 1856, décéda à Hamilton, province d'Ontario, le 10 août .1862. I1 fut inhumé le 12 août avec les cérémonies de l’église catholique.

Les sacrements de baptême, de confirmation et d'extrême-onction avaient été administrés au vieux baronnet sur son lit de mort par Mgr John Farroll, évêque de Hamilton.

Les circonstances extraordinaires qui accompagnèrent la mort de sir Allan MacNab créèrent une excitation considérable dans le temps. Sir Allan avait été toute sa vie membre de l'église d'Angleterre. À plusieurs, reprises même, il avait prouvé que s'il n'aimait pas les Canadiens-Français, leur religion autant que leur langue en était la cause, Mais lady MacNab et ses deux seuls enfants, madame Daly et la comtesse d'Albermale, étaient catholiques. La femme de son frère David était également une fervente catholique. On prétend que c'est celle-ci qui instruisit sir Allan des mystères de notre religion. Cet entourage catholique contribua à faire disparaitre les préventions

de l'homme d'état et contre les Canadiens-Français et contre les catholiques. Et quand il mourut, il y avait déjà plusieurs mois qu'il sungeait à embrasser le catholicisme.

Dans le Canadien du 15 août 1862, nous trouvons les renseignements suivants sur les derniers moments de sir Allan MacNab:

“ Les obsèques de sir Allan MacNab ont été l'occasion d'une scène fort regrettable à Hamilton. Il parait que l’illustre défunt, voulant rentrer dans le giron de l'Eglise catholique, en avait fait sa déciaration formelle à Mgr Farrell quelques jours avant sa mort, et que cela était conforme du reste à la manifestation plusieurs fois répétée du mêmê désir longtemps entretenu par sir Allan. Dans les dernières heures de sa maladie, une parente attachée à l'administration de sa maison ayant envoyé quérir Mgr Farrell, l'évêque vint recevoir l'abjuration en règle de sir Allan qui voulut consigner dans l'acte de ses dernières volontés sa détermination d’être inhumé suivant le rite de l'Eglise romaine. Il reçut alors des mains du prélat les dernier: sacrements de l'Eglise et tous les secours de la religion. De son côté, le Révérend M. Geddes, pasteur de l’'Egl.< dont sir Allan avait été le fidèle toute sa vie, l'ayant visité dans ses derniers moments, le réclamait toujours pour une de ses ouailles, et quand il fut mort il

voulut se mettre en frais de l'enterrer en terre protestante. Tout était prêt pour la cérémonie funèbre et un nombre d'invités venus par chemin de fer, parmi lesquels on comptait l'honorable juge en chef McLean, l'honorable juge en chef Draper, l'honorable chancelier Vankoughnet, le major-général Napier, l'honorable C. W. Allan, l'honorable J. H. Cameron, Thomas Galt, Écr, le colonel Jarvis, F. H. Heward, Ecr, le lieutenantcolonel MacDougall, Christopher Robinson, Ecr, l'honorable W. Robinson, E. Jones, Ecr, et John Crawford, M. P. P., se préparaient à l'accompagner à sa dernière demeure quand il fut déclaré que le défunt était mort catholique et serait enterré comme tel. La-dessus, grand brouhaha. M. Geddes fulmina dans la chaire, la plus grande partie des officiels se retirèrent:; mais les dernières volontés de sir Allan furent respectées et Mgr Farrell finit par l'enterrer.

Le Times, de Hamilton, dit à ce sujet que c'est en pleine possession de ses facultés intellectuelles que sir Allan MacNab est entré librement dans le sein de l'Eglise catholique et qu'on ne peut blämer en rien la conduite de Mgr Farrell ni celle de madame MacNab. ”

Le 16 août 1862, le Times publiait une lettre de Mgr Farrell qui donnait toutes les explications sur la conversion de sir Allan MacNab.

“J1 y a plusieurs mois, disait-il, pendant que M. Daly, qui devint bientôt après le gendre de sir Allan, était au château, j'y fus invité à diner avec mon vicaire-général, l'abbé FE. Gordon. Dans le cours de l’après-midi, pendant que nous nous promenions dans le jardin, sir Allan me dit en présence de M. Gordon, que son intention était de mourir catholique. Personne ne sera surpris qu'après une telle déclaration, j'ai pris un intérêt particulier aux derniers moments de sir Allan.

“ Le dimanche qui a précédé sa mort, j'allai au château pour faire visite à sa belle-sœur, madame MacNab; j'eus là la première nouvelle de la maladie de sir Allan. Lundi ou mardi, j'allai m'informer de sa santé; en apprenant que j'étais au château, il me fit appeler. J'allai dans sa chambre, et voyant qu'il souffrait beaucoup, je lui adressai quelques paroles dec onsolation, l'exhortant simplement à prier durant ses souffrances. Après une courte vi$ite, je me levais pour partir, lorsqu'il me prit le bras et me dit qu'il n'avait pas oublié la promesse qu’il m'avait faite précédemment. Je compris qu'il faisait allusion à la conversation dont j'ai parlé plus haut, et je lui dis qu'il ne devrait pas perdre de temps et faire tout de suite ce que lui dictait sa conscience.

“ En partant, je dis à madame MacNab ce qui

s'était passé. J'envoyai prendre des nouvelles de sir Allan une fois après cela.

“ Jeudi matin, je reçus une lettre qui m'informait du désir de sir Allan de me voir pour affaires religieuses. J'y allai à dix heures du matin, et je fus introduit dans une des chambres d'en. bas où je causai quelque temps avec madame MacNab. Peu après, M. Andrew Stuart, beaufrère de sir Allan, et anglican avec qui je n'avais pas causé précédemment sur le sujet qui m'amenait, et dont j'ignorais les sentiments par rapport aux projets de conversion de sir Allan, vint me dire que celui-ci désirait me voir. Je demandai alors par précaution à M. Stuart, si sir Allan était en pleine possession de ses facultés mentales. Il me répondit que oui. J'allai tout de suite dans la chambre de sir Allan, et je le trouvai en pleine possession de lui-même. Il me reconnut et me dit qu'il voulait définitivement entrer dans l'Eglise catholique. Après une courte conversation avec lui sur les doctrines de l'Eglise, il fit sa confession dans la manière ordinaire. Puis, en présence de M. Stuart et de madame MacNab, il fit d'une voix claire et forte sa profession de foi catholique complète, selon la formule usitée lorsque des protestants se font catholiques. Après cela je l'admis formellement dans le sein de

l'Eglise catholique. Je restai dans la maison de 10 à 2 heures.

” De bonne heure vendredi, je fus de nouveau appelé d'après l'ordre de sir Allan. En me voyant entrer, il, me reconnut; nous priämes ensemble, et il me demanda de rester auprès de lui. Presque immédiatement je m'aperçus qu’il perdait connaissance et quelque désireux que je fus de lui administrer la sainte communion, je le considérai trop troublé pour cela. Je partis vers 7 heures pour aller dire la messe à son intention.

“ Je retournai à midi, et je fus informé que le Révérend M. Geddes, ministre anglican, s'était installé dans la chambre du mourant, malgré les remontrances de ceux qui entouraient le malade.

Je fus de plus informé par madame MacNab et madame Boulton, en présence du docteur Hamilton, qui parut acquiescer à cela, que sir Allan était sans connaissance. Madame Boulton et d'autres déclarent ne pas avoir entendu les réponses que M. Geddes prétend avoir été faites par sir Allan à ses questions. ”

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