UN HOMMAGE AUX CANADIENS- FRANÇAIS
Le 4 juin 1838. le major Thomas-Edmund Campbell débarquait à Québec avec son régiment, le 7ème Hussards. Envoyé quelques mois plus tard à Beauharnois, pour réprimer la rebellion, M. Campbell montra, dès lors, les sentiments d'humanité qui devaient le guider dans toute sa carrière. Les z'olontaires de Lachine et de Glengarry avaient mis le feu en plusieurs endroits du village de Beauharnois afin de piller avec plus de facilité. M. Campbell arrêta cette œuvre de destruction. Les solontaires étaient arrivés à Beauharnois en fantassins. La plupart
s'en retournèrent à cheval ou en voitures aux dépens des pauvres habitants. M. Campbell ne se contenta pas d'arrêter le pillage. Il nourrit un bon nombre d'habitants avec les vivres militaires, jusqu'au jour où ils purent suffire à leurs besoins.
En 1839, M. Campbell fut chois comme aide de camp du gouverneur Syde am. Peu après, il devenait secrétaire militaire «: même gouverneur.
En 1841, M. Campbell rejoignit son régiment en Angleterre.
En 1846, il se retirait à demi-paye et venait s'établir au Canada où il avait fait l'acquisition de la seigneurie de Saint-Hilaire.
M. Campbell fut tour à tour député de Rouville, président de la Chambre d'agriculture du Bas-Canada, directeur de la banque de Montréal, directeur du chemin de fer du Grand-Tronc, directeur de la Société d'assurance mutuelle Reliance, etc, etc.
Il mourut d'une attaque d'apoplexie, à Saint- Hilaire de Rouville, le 5 août 1872.
En 1854, Sa Majesté la reine Victoria avait créé M. Campbell compagnon de l'Ordre du Bain.
Nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire ici les belles paroles que M. Campbell prononçait en 1855, à l'adresse des Canadiens-Fran-
çais.
L'hommage était d'autant plus précieux et courageux, qu'il était prononcé en face même du gouverneur Head, à un banquet que lui donnaient les citoyens de Hamilton, le 12 octobre 1855. Sir Edmund-Waïlker Head venait justement de laisser entendre à ses auditeurs que la race canadienne-française était une race inférieure. Les paroles de M. Camg:wll dûcent ai tomber sur la tête comme une douche d'ean froide,
* I y a maintenant neuf ans que j'habite pari les Canadiens-Français, cisait M Ca nobell, et ie crois pouvoir honnêtement pr'iencr avoir appris quelque chose de ce qui ies concerne Li parler d'eux d'une manière désinte: eo. Croyezm'en, Jean-Baptiste, ainsi qu'on appelle souvent le Canadien-Français, est un honnête et bon sujet. Il est laborieux et affable, et je puis dire qu'il est bon. IT peut avoir ses préjugés, mais qui n'en a pas? N'avez-vous pas aussi vos préjugés, comme il a les siens ? Tout ce que je peux dire, c'est que jamais je n'ai vécu parmi un peuple meilleur. Les plus anciens d'entre ceux qui le composent peuvent difficilement (et n'en est-il pas de même aussi par rapport à nous?) changer leurs habitudes et bannir leurs préjugés. Mais avec les habitants jeunes cette difficulté n'existe pas. Les
bienfaits de l'éducation se répandent promptement dans toute la province, et le résultat s’en fait apercevoir ; et, si vous vivez seulement quelques années encore vous trouverez ce résultat manifeste.
“On vous dit, peut-être dans des vues de parti, que les Canadiens-Français ne sont pas indépendants, qu’ils sont les créatures de leurs prêtres. Je dis que, d'après l'expérience que je possède, tel n'est pas le cas. J’avouerai bien qu'ils dépendent de leurs prêtres en toute matière religieuse ; et pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Mais en toute autre affaire, il en est autrement, et vous le diriez également si vous aviez eu comme moi l'occasion d'être présent à leurs assemblées de paroisses. En bien des cas ils tiendront ferme et parleront à leurs prêtres en termes aussi énergiques que pourra le leur permettre leur politesse naturelle. L'on dit encore de ces messieurs, je parle présentement des prêtres canadiens-français, qu'ils sont toujours occupés à faire du prosélytisme ; qu'ils sont des ennemis de l'éducation et de l'agriculture. Je nie ie fait. Dans la paroisse où j'ai demeuré, je n'ai pas connu moins de cinq prêtres et je n'ai jamais cessé d'être avec eux dans les meilleurs rapports d'amitié, bien que je ne partage pas moi-même leur croyance. J'ai tou-
jours été avec eux en de bons termes, et les ai /
trouvés prèts en tout temps à m'aider en tout ce que je pouvais proposer pour le bien général. Pour vous mettre à même de voir combien cela est vrai, je vous en citerai un exemple. Nous avons eu dans la paroisse le même prêtre pendant quatre ans. Il remplit si admirablement ses devoirs, me seconda si bien dans l'intérêt des écoles et en toute chose, qu'à l’époque où il allait quitter la paroisse et qu'une adresse devait lui être présentée, je me suis rendu auprès de lui et lui ai moi-même présenté cette adresse. Je lui ai dit en cette occasion qu'il devait être surpris de me voir au milieu de ses ouailles. puisque je n'étais pas de leur nombre, mais que j'avais remarqué sa conduite et l'avais vu remplir tellement bien ses devoirs, que je croirais que ce serait manquer au mien que de ne pas saisir cette occasion de venir le lui témoigner.
“ Ainsi, quand vous entendez dire ou lisez des choses contraires, vous devriez vous demander à vous-mêmes : qui a dit cela et par quel motif? Si cela procède de motifs politiques ou de l'esprit de parti, dédaignez-le, et dites que vous avez entendu quelqu'un, non un homme politique ni un honume de parti, mais quelqu'un qui a résidé au milieu d'eux et est un observateur juste de l'humanité, vous dire que ces choses ne sont pas vraies. ”
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