SCÈNE V
LES MÊMES, l'embaumeur
l'embaumeur. — C'est bien ici qu'on a réclamé mes soins pour un sujet à perpétuer? [A Fraichot.) Monsieur est le parent ?
M. FRAICHOT. — Oui, docteuf ; Je voudrais savoir ce que...
l'embaumeur, l'interrompant. — Monsieur, nous avons d'abord l'embaumement historique pour souverains. Il est accompagné de procès-verbaux sur parchemin et de monnaies au millésime qui suivent le corps. Il se fait avec solennité, en présence de nom breux et notables témoins. Les instruments injecteurs sont en argent. — Son prix est de vingt mille francs. Ce n'es! pas là, sans vous offenser, votre aff"aire.
Nous di\onsQV\s,\i\itV embaumement d'étagère, pour souverains de petits duchés et riches particuliers ; il est très demandé par les étrangers.
Le sujet, préparé avec soin, est placé sous un châssis en verre, et peut rester ainsi exposé dans la galerie des ancêtres de son château, en ayant soin toutefois de lui éviter le soleil et les variations trop subites de température. Ce travail est du prix de trois mille francs. Ces deux manières de procéder forment le genre grandiose.
M. FRAiCHOT. — Moi, je voudrais an petitdiose.
l'embaumeur. — Nous avons alors le travail fait en vue de l'inhumation. Il peut conserver trois siècles et plus. Moi je garantis la conservation et j'engage ma signature. C'est Vembaumement de confiance, du prix de mille francs. — Trois cents ans, songez-y ! — Ce genre vous plaît-il ?
M. FRAicHOT. — Oui, et si vous en donnez au détail, je vous en demanderai pour dix francs, attendu qu'il me faut un tout petit embaumement provisoire de trois jours.
l'embaumeur, avec roideur. — Je n'opère pas pour moins d'un an, et alors je prends cent francs.
M. fraichot. — Je m'adresserai à un autre.
l'embaumeur, avec ironie. — Je n'avais qu'un collègue, et je l'ai embaumé ce matin. — Vous décidezvous pour cent francs ?
M. FRAICHOT. — C'est trop cher pour nos moyens.
madame FRAICHOT, bas à son mari. — Vois-tu, Hec-
Les petites Comédies du Vice loi
tor, à vouloir trop gagner, tu nous feras tout perdre.
M. FRAicHOT, bas. — Méle-toi de ce qui te regarde. {Haut.) Docteur^ est-ce votre dernier prix ?
l'embaumeur, qui se dirige vers la porte — Oui, cent francs. A un prix plus bas j'y perds, surtout si vous tenez à avoir de l'acétate d'alumine.
M. FRAiCHOT. — Mais je n'y tiens pas le moins du monde.
l'embaumeur, revenant. — Alors, si vous voulez bien vous contenter de simples injections d'eau, d'alun, de sel et de nitre, je puis vous passer le tout à soixantedix francs.
M. FRAiCHOT. — Teuez, docteur, moi, je suis rond en affaires; topez là pour cinquante francs, et c'est marché conclu.
l'embaumeur. — Partageons la poire à soixante francs.
M. FRAiCHOT. — NoH, cinquante francs, je n'ai qu'une parole.
l'embaumeur. — Alors, adieu, je ne travaille pas à perte.
madame fraichot;^^5 à son mari. — Ajoute les dix francs, ou nous allons perdre la recette.
M. FRAicHOT, entêté. — Je te répète de te mêler de ce qui te regarde.
MADAME FRAicHOT, — Ecoute, Hcctor, depuis fiuit ans tu promets toujours de me faire voir le Courrier de Lyon; donne les dix francs à monsieur et je te tiens quitte du Courrier.
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M. KRAicuoT. — Tu t'y engages devant madame Cambournac?
MADAME FRAICHOT. — Je le jurC.
M. FRAICHOT. — AlIoHs, ']Q fais cc que tu veux. {A Vapprenti.) Conduis monsieur là-haut, et ne touche pas au sucrier.