‹ Les petites visitesChapitre 9 sur 15 · LA BARONNE. — NOU · texte numérisé non relu

LA BARONNE. — NOU

LE BARON. — Maman.

LA BARONNE. — Ta mère?

LE BARON. — Elle, oui ! C'est tout de môme un petit peu fort qu'on ne puisse pas être libre chez soi I Voilà le télégramme que je reçois à la minute : « J'arrive. Ta mère. » Elle arrive I C'est bien simple. C'est pas plus malin que ça I

LA BARONNE. — Calme-toi.

LE BARON. — Ah ! c'est qu'elle n'en fait jamais d'autres, aussi I Je lui ai pourtant dit cent fois : « Ne te dérange pas, reste chez toi. C'est moi qui irai te voir. » Mais non. C'est à se demander si elle n'y met pas de la malice.

LA BARONNE. — Georgcs !

LE BARON. — Je vais trop loin... Mais, dame, avoue que c'est bien ennuyeux ? Juste au moment où il ne fallait pas ! Nous attendons les Fontafie à quatre heures et l'évêque à six... et c'est le jour qu'elle vient choisir... Qu'en distu, toi ? (Un silence.) Tu ne dis rien. Naturellement. C'est bien plus commode. Et puis, tu t'en fiches? Eh bien ! tu as tort, très tort.

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LA BARONNE. — Oh ! ne m'attrape pas, mon ami.

LE BARON. — Je ne t'attrape pas... Mais j'aimerais bien que tu eusses l'air, au moins par politesse, de prendre un peu plus de part à mes embêtements.

LA BARONNE. — Je cherche.

LE BARON. — Quoi?

LA BARONNE . — Un moyen d'arranger tout ça.

LE BARON, — Il n*y en a pas. Moi, je n'en vois pas. Est-ce qu'il est possible de la faire se rencontrer avec les Fontafie et l'évêque ? Je te fais juge?

LA BARONNE. — Oh! mou dicu I après tout...

LE BARON. — Non, uou. N'cssaic pas de vouloir me prouver....

LA BARONNE. — C'cst ta mère, en somme.

On peut toujours montrer sa mère, et à tout le monde.

LE BARON. — Tra la la. Ça dépend de la mère, et ça dépend du monde. J'adore maman, tu le sais bien... mais enfin, la pauvre femme... il y a des choses... des petites nuances... qu'elle devrait sentir la première... Il me semble que

si j'étais à sa place, moi, j'aurais plus de tact... de discrétion... je me dirais : « Je suis une paysanne, une vieille paysanne en bonnet... »

LA BARONNE. — Il n'y a pas de déshonneuri

LE BARON. — Qui ost-co qui te parle de ça?

Est-ce que j'en rougis? Je me dirais donc :

« Je suis une simple paysanne... c'est très bien... Mais, n'oublions pas que je suis la mère de Georges, qui s'est élevé, qui s'est fait tout seul... qui s'est créé une situation... qui est député... Ne le gênons pas... Il a des relations dans de hauts milieux, où il m'est difficile de pénétrer, où il est reçu, lui, grâce à son intelligence et à son talent... Respectons tout ça... » Eh bien, non, pas du tout. « Pan, j'arrive. » Et puis, débrouillez-vous. Ah! nom d'un chien!

LA BARONNE. — Enfin, il faut aviser. Est-il trop tard pour la prévenir ?

LE BARON. — Comment donc! Mais elle roule! A trois heures cinquante elle va nous débarquer à la station. Il n'y a plus moyen d'empêcher ça...

LA BARONNE. — Voyons, voyons... Sérieusement, quel inconvénient si gros vois-tu à ce qu'elle dîne, ce soir, avec nous?

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LB BARON. — Impossible, mon chou... Tu m'entends... jamais! J'aimerais mieux... j'aimerais mieux ne pas reœvoir les Fontafie et l'évêque... Tout, plutôt que ça...

LA BARONNE. — Je ne te comprends pas.

C'est parce qu'elle est en bonnet ?

LE BARON. — Non... oui... si... Laisse-moi...

LA BARONNE. — Elle se tient très bicu.

LE BARON. — Je t'en conjure.

LA BARONNE. — Quoi ? Parle! Donne-moi une bonne raison, parce que plus j y réfléchis, vraiment, moins je partage, tes scrupules et tes terreurs. ••

LE BARON. — Oh! je sais bien!... Tu ne partages jamais mes idées...

LA BARONNE. — Pas toutes. C'cst si drôle d'entendre un fils...

LE BARON. — Là! là!... ça y est. Voilà ce que j'attendais. Dis tout de suite que je suis dénaturé, que je n'aime pas maman ? Je l'adore, tu entends? Je l'adore. Plus que tu n'as aimé la tienne, je le parierais ?

LA BARONNE. — Ne parie pas, tu perdrais.

LE BARON. — Oh ! oh! Cette prétention ! Elle t'est facile en tout cas, à toi ; tu as perdu ta mère

ilO LES PBTITES VISITES

quand tu étais toute enfant, tu ne Tas eue que quelques années, il n'y a pas grand mérite... Mais si tu avais comme moi sur les bras depuis vingt ans une mère que tu fais vivre, complètement à ta charge, à laquelle tu ne refuses rien du nécessaire et même du superflu...

alors tu pourrais parler, oui, tu saurais ce que c'est que l'affection et le dévouement d'un fils. Et c'est justement parce que je l'aime, et que je la respecte, entends-tu, que je ne tiens pas à la montrer à mes amis intimes, à des gens qui pourraient se moquer d'elle en arrière... mal la juger...

LA BARONNE. — Tout de bou, tu crois que l'évêque?... Oh! ça m'étonnerait bien de lui.

LE ÉARON. — L'évêque, non. Mais les Fontafie? Ils sont rosses comme pas un.

LA BARONNE. — Pourquoi les invites-tu? Je m'en passerais.

LE BARON. — Ce sont des gens très chic; ils connaissent les Rothschild. Et puis, tu oublies une chose : c'est que j'ai toujours dit, jusqu'à présent, que ma mère habitait un petit château, toute seule et retirée. On la croit baronne aussi, comme moi... Quand on m'en

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parle on me dit : « Comment va la baronne douairière?... » Et aujourd'hui tu veux que je leur montre celte pauvre bonne femme, qui est excellente, mais enfin, qui ne peut pas dire deux mots.,, qui a horreur de tout ce qui n'est pas sa ferme et ses poules, et que je n'ai jamais pu faire aller une seule fois au théâtre, même à Tours? Ah çà! où as-tu la tête?

LA BARONNE. — Là OÙ tu as le cœur, probablement.

LE BARON. — Pas de grands mots. Je suis assez à plaindre !

LA BARONNE. — Vcux-tu que je te dise toute ma pensée? Je la prendrais, ta pauvre maman, puisqu'elle arrive, je la mettrais tranquillement, elle et son bonnet, au beau milieu de la table, à présider le dîner, en disant : « Ma mère ». Et puis, voilà. C'est comme ça, si vous n'êtes pas contents, dites-le. Et ce serait très chic! Les Fontafie ne broncheraient pas, ils seraient très aimables et ils auraient une excellente opinion de toi.

LE BARON. — Tu cs archi-folle I

LA BARONNE. — Saus Compter que ça ne leur apprendrait rien, ni à eux ni à l'évêque.

Ah çàl est-ce que tu t'imagines par hasard qu'on est dupe de tes blagues, et de la baronnie de ta mère ? Mais tout se découvre, mon petit. On ne cache rien au monde, et il y a belle heure que tous nos amis savent que tes parents étaient fermiers, de simples fermiers.

LE BARON, — J'en suis fier 1

LA BARONNE. — Il y paraît. Alors, c'est entendu ? Laisse-moi faire. Je te garantis que ça ira très bien, et qu'on ne rira pas d'elle ni de nous, j'en réponds?

LE BARON. — Non. Demaudc-moi tout, excepté ça.

LA BARONNE. — Mais pourquoi ? pourquoi?

LE BARON. — Je te l'ai dit. Pour cent mille raisons. Je n'ai pas de chambre à donner à maman pendant ces trois jours que les Fontafie et l'évêque doivent passer chez nous.

LA BARONNE. — Je lui donnerai la mienne.

LE BARON. — Je ne veux pas.

LA BARONNE. — Elle n'cst guère difficile, elle se contenterait même de la petite chambre de l'ancienne gouvernante.

LE BARON. — Je ne veux pas non plus. Je sais les égards que je dois à maman. Donc,

« j'arrive » 113

pas de chambre disponible. Et puis, comment aller la chercher à la gare ? Avec quoi ?

LA BARONNE. — La victoria?

LE BARON. — Elle est pour les Fontafie.

LA BARONNE. — Alors, le coupé?

LE BARON. — Il est pour Févêque.

LA BARONNE. — Le petit omnibus?

LE BARON. — Qui cst-cc qui le traînera?

Toi? Nous n'avons que quatre chevaux, ma bonne, tu perds la mémoire. Deux à la Victoria, deux au coupé... compte ce qui reste.

LA BARONNE. — On OU prendra un pour Tomnibus, quoi donc !

LE BARON. — Ahl non. La victoria et le coupé sont bien plus chic attelés à deux, et puis les bêtes sont bien appareillées... Non... Et puis, je n'ai pas trois cochers I Et puis...

LA BARONNE. — Enfin, quoi? Il faut pourtant aboutir. Tu ne peux pas laisser ta mère en souffrance, à la station, comme un colis à la consigne? Quand elle va descendre du train, cette femme... dans quoi est-ce qu'elle montera? As-tu l'intention, à ses soixante et onze ans, de lui faire faire à pied les sept kilomètres?...

LE BARON. — Ne dis pas de bêtises. J'ai l'intention qu'elle ne vienne pas. Voilà.

LA BARONNE. — AloFS ?... Tu vas la renvoyer?

LE BARON. — Oui et uou. C'est-à-dire que je vais la prier d'aller à Tours. Il y a des trains presque toutes les heures, et le trajet ne dure pas vingt minutes. C'est charmant.

Elle descendra au Faisan, elle y sera très bien, elle se promènera, elle ira dans les églises, elle adore ça... et, dans deux jours, dès que les Fontafie et l'évêque auront déguerpi, je lui ferai psst ! et elle pourra venir, elle restera tant qu'elle voudra. Elle aura la chambre des Fontafie, nous lui donnerons des fraises à emporter, elle sera dans la joie. Qu'en dis-tu? Est-ce que ce n'est pas bien trouvé?

LA BARONNE. — Si. Je mcts mon chapeau, et j'y vais.

LE BARON. — Tu veux bien aller au-devant d'elle et te charger?...

LA BARONNE. — Mais OUi

LE BARON. — Oh! que tu es gentille!

LA BARONNE, — Ne me remercie pas.

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LE BARON. — Si. Tu as bien compris.

LA BARONNE, — Mais oui. Et même... je vais faire mieux, tiens, pour le rendre tout à fait content, je vais prendre mon sac-nécessaire, avec une toute petite valise, et aller à Tours avec ta mère passer ces deux jours.

LE BARON, effaré. — Hein? quoi?

LA BARONNE. — Oui. Nous reviendrons ensemble, quand tes invités seront partis.

LE BARON. — C'est séricux? C^ n'est pas une plaisanterie...

LA BARONNE. — Pas le moius du monde.

Tu as besoin d'une leçon de convenances, mon pauvre Georges! Et puis, je me plairai beaucoup plus avec ta mère qu'avec les Fontafie.

LE BARON. — Oui... Oh I je sais! Tu as toujours été avec elle contre moi ! Ça n'est pas malin ce que tu fais là, tu sais, ni gentil, de me craquer dans la main, au moment d'une réception... Enfin, va, file à ton aise... Mais qu'est-ce que je leur dirai aux Fontafie... et à l'évoque... pour expliquer ton absence?

LA BARONNE. — Tout cc quc tu voudras.

Ou la vérité, c'est beaucoup plus simple : « Ma

femme est allée à Tours, tenir compagnie à ma mère, que je n'ose pas montrer. Je ne la reçois qu'à huis clos, parce qu'elle est en bonnet ». (Elle sort.)

A LA MAISON DUCLOS

A LA MAISON DUCLOS

LE DOCTEUR DUGLOS, Soixante ans.

MADAME BRESSANGE, trente-quatre ans, M. BRESSANGE, quarante-six ans.

Chez le docteur DucloSy à la Celle-Saint-Cloud. Une vaste habitation au milieu d^un parc planté de grands arbres. Les murailles sont couvertes de vieux lierre ; les grilles de la propriété sont toujours fermées ; on entend des cloches sonner fréquemment comme dans un pensionnat.

MADAME BRESSANGE, très émue. — Puis-je savoir, docteur, ce que signifie...

iW LES PETITES VISITES

LE DOCTEUR. — Mou télégramme? Je vais vous le dire.

MADAME BRESSANGE. — MoD mari est plus mal?

LE DOCTEUR . — Rassurez-vous. Au contraire.

MADAME BRESSANGE. — NoUS aurioUS du

mieux? Non ! Ce n'est pas possible I...

LE DOCTEUR. — Si.

MADAME BRESSANGE. — Ah I

LE DOCTEUR. — Et même, je crois notre malade en pleine voie de guérison.

MADAME BRESSANGE. — TaisCZ-VOUS ! Lui I

mon maril Ah! docteur, ne me donnez pas de fausse joie...

LE DOCTEUR. — Hier, de deux à ciuq hcures, il a eu sa pleine connaissance, il a été parfaitement lucide. C'est à n'y rien comprendre, mais c'est un fait indéniable.

MADAME BRESSANGE. — Que me ditcs-vous?

LE DOCTEUR. — La vérité.

MADAME BRESSANGE. — Il VOUS a parlé?

Raisonnablement .

LE DOCTEUR. — Comme nous le faisons à cette minute.

MADAME BRESSANGE. — QuB VOUS a-t-il dit?

A LA MAISON DUCLOS i21

LE DOCTEUR. — Mille choses.

MADAME BRESSANGE. — Vous a-t-il parlé de moi?

LE DOCTEUR. — Dès les premiers mots.

MADAME BRESSANGE. — Ah I le cher... le pauvre homme!

LE DOCTEUR. — Et très tendrement. Puis, de son fils...

MADAME BRESSANGE. — De Georges?

LE DOCTEUR. — De tout le monde, de lui, de moi. Il semblait simplement sortir d'une longue torpeur.

<» MADAME BRESSANGE. — Une torpeur de

cinq ans I Car voilà cinq ans qu'il est ici entre vos mains. Ah ! docteur ! mon cher ami, merci I C'est vous qui l'avez sauvé !

LE DOCTEUR. — Oh I UOU I

MADAME BRESSANGE. — Qui doUC, si CC

n'est VOUS?

LE DOCTEUR. — Je u'cu sais rien. Mais ce n'est pas moi. Mettons que c'est le hasard, ou un dieu, ou n'importe qui, n'importe quoi...

MADAME BRESSANGE. — Cesoutmcs prières, en ce cas.

i22 LES PETITES VISITES

LE DOCTEUR. — Je 116 dis pas non. Tout est possible.

MADAME BRESSANGE. — Aiosi, mou mari n'est plus fou? Fou I La folie I Ce mot terrible qui est toute ma vie depuis cinq ans, on va donc ne plus le prononcer qu'avec joie? On va donc presque pouvoir en rire ?

LE DOCTEUR. — Je l'espèrc !

MADAME BRESSANGE. — Ahl c'cst trop beau !

J'aurai toujours peur. Même si ce mieux continue et persévère, je ne serai plus jamais tranquille.

LE DOCTEUR. — Si.

MADAME BRESSANGE. — Mais je VCUX le

voir. Menez-moi... .

LE DOCTEUR. — Pas tout de suite.

MADAME BRESSANGE. — PourqUOi? VoUS

pensez si j'ai hâte de l'embrasser, de lui parler. Car, pendant ces cinq ans, je l'ai pris des centaines de fois dans mes bras ; mais ce n'était pas l'embrasser, je ne tenais entre mes mains qu'une tête indiflférente ou hébétée. Je lui posais bien mille questions, mais ce n'était pas parler, il ne répondait pas, ou alors c'étaient des divagations plus douloureuses que

A LA MAISON DUGLOS 123

le silence. Aujourd'hui, ce cauchemar est donc fini?

LE DOCTEUR. — Oui. Daus un instant vous allez le voir.

MADAME BRESSANGE. — Sait-il quB je SU is ici?

LE DOCTEUR. — Il le Sait, Hier, à cinq heures, en le quittant, je lui ai dit que je vous télégraphiais et qu'il vous verrait par conséquent aujourd'hui. Il en a manifesté une grande joie.

MADAME BRESSANGE. — Et, dcpuis hier, comment se trouve-t-il ?

LE DOCTEUR. — Je uc l'ai pas revu. Mais je n'ai aucun doute et toutes mes précautions sont bien prises. Je lui ai fait administrer, à son repas, un léger narcotique, et, pendant son sommeil, on l'a transporté dans une autre chambre que celle qu'il occupait jusqu'à ce jour, de telle façon qu'à son réveil rien du passé ne subsistât à ses yeux.

MADAME BRESSANGE, impatiente. — Est-elle loin, cette chambre?

LE DOCTEUR. — C'CSt là.

MADAME BRESSANGE. — Derrière ccttc porte?

LE DOCTEUR. — Oui,

MADAME BRESSANGE. — Oh! entrons.

LE DOCTEUR. — Attendez. J'ai donné des ordres. (On frappe.)

MADAME BRESSANGE. — Ah mon Dieu !

LE DOCTEUR. — Ce n'est pas lui qui frappe.

C'est un de mes infirmiers. (Haut.) Entrez.

(L'infirmier entre.) Eh bien, Charles?

l'infirmier. — Docteur, le numéro six s'éveille à la minute.

LE DOCTEUR, à VinfirmieT. — C'est bon. J'y vais (L'infirmier sort. A madame Bressange.) Il était en observation, par un petit jour pratiqué, dans la porte. Ça va bien.

MADAME BRESSANGE. — Je tremble...

LE DOCTEUR. — Maisuou. Pensez que, dans un instant, vous allez être très heureuse, et que, d'ici huit jours, vous emmènerez, pour tout à fait, M. Bressange, rétabli, bon et brave homme comme avant. Pour commencer, je vous conseille l'Italie.

MADAME BRESSANGE. — Assez... aSSCZ...

Entrons.

LE DOCTEUR. — Un dernier mot. Ne faites point ce visage-là. Regardez-vous dans la glace, vous avez l'air d'une morte.

À LÀ MAISON DUCLOS 125

MADAME BRESSANGE. — Ah I G'est que je meurs, en effet, d'épouvante, d'espoir, de...

LE DOCTEUR. — Du caloie, allons, madame, du calme. (Il fait quelques pas vers la porte.) Je vais entrer le premier.

MADAME RRESSANGE. — Oui.

LE DOCTEUR. — Vous me suivrez. Vous ne parlerez pas avant moi?

MADAME BRESSANGE. — Non.

LE DOCTEUR. — Je vais lui dire en m'approchant de son lit : « G'est votre femme, mon cher ami, qui vient vous faire une petite visite. » Alors, vous vous montrerez.

MADAME BRESSANGE. — Oui. Mais je pourrai l'embrasser, lui sauter au cou?

LE DOCTEUR. — NOU. Ohl UOU !

MADAME BRESSANGE. — Lui parler?

LE DOCTEUR. — Nou plus. Vous attendrez qu'il vous dise quelque chose le premier. Après, seulement après, les effusions. Pas avant. C'est bien compris?

MADAME BRESSANGE. — Oui.

LE DOCTEUR. — Là, j'entre. (Il va vers la porte. Madame Bressange fait un signe de croix. L^un derrière Vautre, ils pénètrent doucement dans

la pièce voisine. M. Bressange est couché, le visage tranquille et l'œil doux. H les regarde en souriant. On ne sait pas s'il reconnaît du premier coup sa femme, parce que cellerci, qui n'en peut plus, tient à deux mains son mouchoir appuyé contre sa bouche, comme pour s'empêcher de parler avant la minute convenue.)

LE DOCTEUR. — C'cst votre femme, mon cher ami, qui vient vous faire une petite visite.

LE MALADE, sc lèvc sur SOU séaut, regarde sa femme. — Toil C'est toi !...

MADAME BRESSANGE. — Il m'a Fcconnue 1 (Elle tombe dans ses bras I)

LE MALADE. — Mais oui, t'cs le pape. Comment vas-tu? T'as coupé tes moustaches?... T'as eu tort . , . Dzing balaboum . Deux œufs bien frais. . .

MADAME BRESSANGE. — Ah! quelle horreur I... (Elle pousse des cris déchirants. Deux gardes accourent.)

LE MALADE, à sa femme. — Mais veux-tu bien ne pas gueuler comme çal C'est de la folie! (Madame Bressange est emportée sans connaissance.)

MADAME DORÉ9 quarante-huit ans.

ON MONSIEUR, cin quant e-sept ans.

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