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UNE DOMESTIQUE

A BloiSj au mois de juin. Un salon, dans un vieux petit hôtel du siècle dernier^ sur les quais. On domine la Loire.

MADAME DORÉ, à la domestique. — Et comment s'appelle-t-il, ce monsieur, qui désire me voir ?

L\ DOMESTIQUE. — MonsieuF Leroy.

MADAME DORÉ. — Je uo connais pas.

LA DOMESTIQUE. — II dit qu'il Connaît madame, qu'il ne fait que passer par Blois, qu'il tient beaucoup à vous causer.

MADAME DORÉ. — Jeuue?... Vicux?...

LA DOMESTIQUE. — Plutôt avaucé. Dans les environs de monsieur.

MADAME DORÉ. — Faites-le entrer. (La domestique sort.) Leroy?... Ça ne me dit rien du tout. (La domestique introduit M. Leroy qui est en tenue de voyage,)

LE MONSIEUR, qui solue. — Madame... veuillez m'excuser si je me suis permis... (Dès que la domestique a dis'paru.) Claire 1...

MADAME DORÉ, sursautant. — Monsieur...

LE MONSIEUR. — C'est moi... André. André Muret.

MADAME DORÉ, saisie. — T... vous?

LE MONSIEUR. — Mais oui. Et quel jour sommes-nous aujourd'hui ?

MADAME DORÉ. — Le 12 juiu.

LE MONSIEUR. — Eh bicu ?

MADAME DORÉ. — Ah ! mou Dieu I c'est vrai.

Le 12 juin 1

LE MONSIEUR. — Il me semble que c'était hier.

MADAME DORÉ. — Et il y a dix-sept ans 1 Vous n'avez pas beaucoup changé...

LE MONSIEUR. — Vous trouvez?

MADAME DORÉ. — Oui. Maintenant, je vous remets petit à petit.

LE MONSIEUR. — Moi aussi.

MADAME DORÉ. — Oh I moi, c'ost bien différent... Il s'est passé tant de choses... depuis...

LE MONSIEUR. — Ah I Hiais, pardon... Je vous vois en noir... Est-ce que ce pauvre...

MADAME DORÉ. — Mou mari?

LE MONSIEUR. — Oui.

MADAME DORÉ. — Il va bien, il va très bien...

LE MONSIEUR. — Ah! tant mieux ! Ça m'aurait tout de même fait une certaine peine.

MADAME DORÉ. — Il cst absent pour la journée... chez un de ses fermiers. Non... je suis toujours en noir depuis quelque temps, parce que c'est l'âge... et puis en province... enfin j'ai renoncé à bien des petites coquetteries. Je suis une autre femme, à présenta

LE MONSIEUR. — Oui. Je vois.

MADAME DORÉ. — J'ai uue seconde fille.

LE MONSIEUR. — Ah ! Et l'aîuée?

MADAME DORÉ. — Mariée.

i32 LES PETITES VISITES

LE MONSIEUR. — Bah I

MADAME DORÉ. — Elle m'a faite grand'mère le mois dernier.

LE MONSIEUR, triste. — Bravo... Allons I je vois que vous êtes heureuse ?

MADAME DORÉ. — Calme.

LE MONSIEUR. — Oui... (Avec un léger soun rire.) Vous ne l'avez pas... (Se reprenant.) Nous ne l'avons pas toujours été.

MADAME DORÉ. — Chut 1 pas un mot.

LE MONSIEUR. — Cependant...

MADAME DORÉ. — Pas uu mot du passé.

LE MONSIEUR. — Mais...

MADAME DORÉ. — Jo le veux Ou je me relire.

LE MONSIEUR. — J'obéirai... Mais vous êtes bien cruelle I

MADAME DORÉ, avec un petit rire de vieille femme moqueuse. — Oh I oh I jeune homme !

(Changeant de ton.) Parlons de l'assassinat du duc de Guise... Vous avez visité le château?

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