‹ Les petits acteurs, ou Les merveilles à la mode, comédie-vaudeville en un acteChapitre 4 sur 18 · SCENE IV, Madame MICHON , MICHON · texte numérisé non relu

SCENE IV, Madame MICHON , MICHON

MICHON , sort de sa boutique un livre à la main.

Jaquot. . Jaquot. . , veux-tu venir ici, petit ostiné , viens que je te fasse répéter , {il aperçoit sa femme. ) Àh ! vlà ma femme, va-t-en.

Mad. MICHON.

JT t'y prends encore à tourmenter c t' enfant , veux-tu le laisser tranquille , Miehon.

MICHON

Ecoutez , Madame , ma bonne femme , mon excellente épouse, vous êtes une bonne ménagère, mêlez -vous de votre pot au feu. . . et laissez-moi décalquer à mon fils les principes de Part . . .

Mad. MICHON.

Tu l'empêches d'aller à l'école. . il savait déjà son a. b. c. tout couramment,

Est-ce qu'on a besoin de savoir lire pour jouer la comédie? pas plus qu'on n'a besoin de savoir écrire pour en faire.

Mad. MICHON-

Qu'est-ce qui t'a dit ça ?

MICHON

C'est quelqu'un, c'est un ami qui n'est pas d'ici ; tu n'es pas obligée de connaître mes relations extérieures.

Mad. MICHON.

Je parierais bien que c'est cet enragé de Varlope , qui te mène dans les comédies , quand tu vas à Paris.

MICHON

Eh! bien, oui , c'est Varlope , c'est lui qui me mène au théâtre de la rue Chanterelle et chez tous ceux de M. Seveste ; il y joue même quequefois. . .plût z'au ciel que j'eusse le talent d'y jouer comme lui. Ah ! qu'il a été beau , que ce coquin-là était beau dans l'arcade du Barbier de Siville . . . il avait une grande collerette à gros plis et une houssine à la main. . . et des moustaches ; il n'a rien dit , il n'a pas dit un traître mot , mais son costume parlait pour lui. . .

Mad. MICHON , les bras croisés.

As-tu bientôt fini !

MICHON

C'est malheureux que l'hasard n'a pas permis que je fusse l'assez heureux pour poursuivre c'te carrière, mais j'espère bien y jeter mes enfans ; oui , mes enfans avant peu seront dans la carrière, ou ils diront pourquoi , et je ne dis pas que

je ne m'y jeterai pas après eux ; je sais bien ce que je peux faire avec ma poitrine et mes moyens pour chanter dans les tabliers.

Mad. MICHON.

Je te conseille de ne jamais le quitter ton tablier.

MICHON

Non , les tabliers , c'est l'emploi de M. Chenard dans l'opéra comique , c'est le Tonnelier , le Maréchal . . je parie que je fais le Diable-à-quatre.

Mad. MICHON,

Tu le fais assez à la maison , t'es menuisier, fais ton état,

MICHON

Laisse-moi donc, {prenant une voix de basse taille. ) AiR : Tu ne vois pas, jeune imprudent.

Envers un vulgaire métier , Est-il possible que tu penches ?

Dis-moi , queq' c'est qu'un menuisier ?

Ce n'est qu'un raboteur de planches.

En moi l'art a son partisan , C'est en vain qu'à l'art tu re'sistes , Je ne suis qu'un mince artisan , Mais mes enfans seront artistes.

Mad. MICHON.

Le vl'à parti . . . Michon , je ne voulons pas de ces singeries-là.

MICHON

Singeries* . . eh bien ! c'est avec ces singeries-là que je veux manigancer notre fortune.

Mad. MICHON.

Est-ce que c'est à des pauvres petits innocens à travailler pour nous , est-ce que j'avons pas des bras?

J'avons , j'avons . « . Dieu qu' ça fait mal d'entendre parler comme ça . . . moi qui a le sentiment du beau .... que je suis malheureux d'avoir épousé une paysanne. . apprends leurs-y à parler. . . ça sera superbe.

mus. m. mmmi s- ■ ■- t'jsœl

Mad. MICHON.

Certainement que je leurs apprendrons. . . Air des Pierrots.

y me moquons de ton inloquence ,

Va , j'en savons autant que toi ;

Pour élever nos enfans, j' pense ?

On peut s'en rapporter z'à moi.

Sur Je stile y s' peut qu'on m' condamne ;

Mais il vaut mieux , je t'en prévien ,

Leur prêcher P bien en paysanne ,

Qu' leur prêcher Y mal en parlant bien.

MICHON, avec douceur .

Ma bonne amie , tu ne veux pas entendre que les petits enfans joussent maintenant de grands rôles. . , lis les journaux.

Mad. MICHON , en frappant du pied.

Je ne sais pas lire.

Eh ! bien ne les lis pas ... ne t'amuse pas à ça : mais ils sont tous d'accord sur le grand mérite des petits enfans ! . . . Vois ce petit bonhomme , ce grand joueur de violon , eh ! bien voilà huit ans que cet enfant de neuf ans fait l'admiration de toutes les Cours de l'Europe ; tiens , veux-tu un contraste plus frappant encore ... le géant qui s'est fait voir à la foire dernière.

Mad. MICHON.

Tu vas peut-être me dire que c'est un enfant ?

MICHON

Non , je ne dirais certainement pas une bêtise pareille ; mais tu conviendras avec moi , si tu es de bonne foi , qu'il a été enfant dans son enfance , et que si on ne l'avait pas encouragé , il ne serait peut-être pas aujourd'hui. . . Mad. MICHON.

Eh bien , voyons , où veux-tu en venir ?

MICHON

À te prouver que notre petit Jaquot, en grandissant, peut devenir . . .

Mad. MICHON.

Un géant peut-être ?. . .

MICHON

Non , mais un grand acteur ; et notre petite Pierrette une grande actrice.

Mad. MICHON.

Eh ! bien moi 7 je te vas dire que. . •

Que quoi ?

Mad. MICHON.

AlR : Vaud. du Savetier.

Que mon petit Jaqùôt , j'espère ,

Aura dans les mains un métier ;

Et qu' ma Pierrette , comm' sa mère ;

N'épousera qu'un ouvrier.

Il faudra qu' tu changes de note ,

Tu n' Fras pas , malgré ton caquet ,

De ma Pierrette une linotte

Et d* mon Jaquot un perroquet.

Je vas au marché. {Elle reprend son panier. )

MICHON

Marche au marché^ ( Elle sort )

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