SCÈNE IL
Les Mêmes , Madame MICHON , sortant en colère, un panier à la main.
Mad. MICHON.
Que le diable emporte tous les hommes.
AUGUSTE 7 gaiment.
En vous remerciant, madame Michon. Qu'est-ce que les hommes vous ont donc fait ?
Mad. MICHON.
Ils m'ont fait . . ils m'ont fait enrager.
ADÈLE
Contre qui en avez -vous donc ?
Mad MICHON , allant à la porte de la boutique. J' verrons si t'es le maître et si j'sommes la maîtresse.
AUGUSTE
Ah ! c'est contre votre mari que vous grondez ?
Mad. MICHON , posant son panier.
Et contre qui donc. . . les maris ne sont-ils pas la plus pire espèce qu'il y ait sur terre?
AUGUSTE
Toutes les femmes ne disent pas ça , et mon épouse ....
Mad. MICHON.
Ah! ben, si elle ne le dit pas , elle le pense peut-être.
ADÈLE
Ah! ça, mais , madame Michon , vous êtes toujours après ce brave homme , ce n'est pas bien. . . vous le dégoûterez de son ménage.
AlR : de Mademoiselle Lecomie*
Songez que nous ne sommes Rien avec la rigueur,
Qu'on doit , avec les hommes ,
Suivre un peu leur humeur ,
L'un veut paraître tendre ,
L'autre se courroucer ,
II faut savoir en prendre
Et savoir en laisser.
AUGUSTE
Même air.
C'est comme avec les dames , Leur esprit est malin , Qui connaît bien les femmes N'a jamais de chagrin ; L'une veut nous entendre , L'autre nous repousser, Il faut savoir en prendre Et savoir en laisser.
Mad. MICHON.
Vous parlez bien comme des jeunes gens ; maïs si vous aviez des enfans et qu'on ne voulît pas vous les laisser élever à votre guîse. . .
AUGUSTE
Qui peut vous en empêcher ?
Mad. MICHON.
C'est que je ne sommes pas d'accord , mon homme et moi.
ADÈLE
Il a tort.
AUGUSTE
Sans doute.
Mad. MICHON.
Il a été à Paris, il y a deux mois : là , un menuisier de ses amis Pa mené voir une maison de comédie où ce qu'il y a des enfans qui joussent, et pis il a vu aussi un petit enfant qui jousse du violon .... et pis un autre qui jousse. . . .
AUGUSTE
Qui jousse. . . . n'écorchez donc pas votre langue comme cela.
Mad. MICHON.
N'ayez pas peur , elle est bonne : tant il y a qu'on l'y a dit que ces petits-enfans là , c'étaient des prodiges et des merveilles, et qu'il s'est mis dans la tête de faire un prodige de not'petit Jaquot., et une merveille de not'pelite Pierrette.
ADÈLE
Eh ! bien , s'il y réussit , il fera sa fortune.
Mad MICHON.
Oui , c'est ce que mon homme me rabâche aux oreilles du matin au soir , il me dit comme ça.
AiR : Vaud. de Fanchon.
C'est la nouvelP méthode ,
L's enfans sont à la mode,
On leur fait de'biter d' grands mots ;
Paris et la province
Veulent pour acteurs des marmots ,
Et plus l'enfant est mince
Plus il rapporte gros.
ADÈLE
Dame , si vos enfans ont des dispositions ?. . . Mad. MICHON.
Oui , mais il tire les bras de mon petit Jaquot que c'est une pitié , il remue ma petite Pierrette que ca me fait de la peine, il leux y fait réciter des grands mots de tarjeudie que les enfans n'y comprenont rien ni moi non plus; et pis son état de menuisier ne va pas , nos chambres garnies ne se remplissent pas , je n'voyons pus que des visages qui nous payent en belles paroles , enfin j' n'avons plus le sou à la maison ; ça me fait penser que votre quinzaine est finie depuis huit jours.
AUGUSTE
J'en parlais à mon épouse. Dans huit jours ça fera un mois*
Mad. MICHON.
Voyez s'il ira chez M. de Blinville ; il y a de l'argent à gagner, cependant, pour finir de monter le théâtre.
ADÈLE
Heîn f qu'es-ce que parlez-vous de théâtre ?
Mad. MICHON.
Ah! c'est que c'est aujourd'hui la fête à M. Blinville , le propriétaire de c'te jolie maison qui est en face , et tous les ans , sa femme lui fait une pièce et lui jousse une comédie. auguste , à sa femme.
Dis donc , Adèle , si nous allions par là , il y aura peutêtre un cachet à gagner. . Madame Michon, vous nous ferez diner à deux heures, à la campagne on a de l'appétit. . . . comme l'air de Pantin est vif !
Mad. MICHON.
C'est à cause du canal.
ADÈLE
Nous mangeons beaucoup depuis que nous y sommes.
Mad, MICHON.
Oui , ça va bien*
AUGUSTE
AlR : Un homme dont l'âme est commune.
A l'appétit tout nous provoque , Voyez comme Adèle a bon teint , Tous les ans , à pareille époque , Vous nous reverrez à Pantin.
Mad. michon , à part Ils sont comme en pays d' Cocagne , Ils mang't et boiv't sans payer rien , ( Haut. ) Vous devriez changer d7 campagne , On dit qu' ça fait beaucoup de bien.
AUGUSTE , ADELE.
A l'appétit tout nous provoque,
Voyez comme A|!?.us a bon teint,
Tous les ans , à pareille époque , Vous nous reverrez à Pantin.
{Ils sortent.