SCÈNE III
FRIBOURG, SUZETTE, M-e. TRICOT, CÉCILE, JULIEN.
Air : Du bailleur éternel.
MAD. TRICOT
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah ï Que] malheur, ht las !
Pauvre f. i.i;-.e , Il a rendu L'âme.
Ah! ah, ah! au! ah ! ah ! ah!
Quel malheur, héla !
p ,77 / D'honneur, je n'y survivrai j>..>- .
Ah! ah! ati! ah! ah ! ah !
Quel malheur , helâs !
Pauvre femi.ie , Il a rendu Kame.
Ah! àhi ah! ah ! ahl ah! ah!
Quel m llbeur , hel s !
D honneur nous n'y surviv ions pas.
SUZETTE
N'avoir en ce siècle (frange Qu'un ero;ix ! . . . b'eâl malheureux!
Que d l 'nniies en \ (.miraient deux, Pour en avoir un de r'chaDge.
CHOEUR
Ah! ah' ..h! ah 'ah' ah! ah!
MAD. TRICOT
Assez , mes amis, assez, vos ah I ah ! me déchirent lo cœur.
CECILE
Laissez-nous pleurer, ma tante , ça soulage!
JULIEN
Oui , pleurons ensemble ; c'est plus doux !
mAd. tricot, surprise.
Ah ! . . . ah ! c'est vous , Julien, vous m'avez toute saisie.. . J'ai cru entendre le pauvre défunt.
SUZETTE
Julien, en effet, a son timbre de voix, tout le monde s'v trompait.
MAD. TRICOT , pleurant.
Il avait un si joli timbre mon mari , ah ! ah !
SUZETTE
Ménagez votre poitrine , madame.
MAD. TRICOT
Non, je veux me désoler, ça me fait plaisir.
JULIEN
Madame Tricot a raison.
Air : Vaudeville de partie carrée. Elle n'est pas de ces femmes traitables , Qui, sans éprouver de douleurs, Ont grand soin d'être inconsolables , Pour trouver des consolateurs.
A la ville, de son martyre , Un tendre objet se voit bientôt gnc'ri ; Mais au village , ah ! ce n'est pas pour lire Que l'on ple"ure un mari.
MAD. TRICOT
Songez que je ne suis encore qu au quatrième jour de mon veuvage.
CÉCILE
Au quatrième, mon dieu oui.
MAD. TRICOT
Et cela sans prendre de nourriture.
SUZETTE
Se nourrir d'affliction et de café au lait, c'est bien peu.
MAD. TRICOT
Je ne serai pas vivante dans deux jours. Monsieur et madame. &
( >o ) JULIEN.
Vivez et ne pleurez plus.
MAD. TRICOT
Ali ! je pleurerai encore dans trente ans !
SUZETTE
Mourir bientôt et pleurer Longtemps, voilà ce qui s'appelle une vraie douleur conjugale.
M.YD. TRICOT.
Suzette, je ne sais plus ce que je dis.
SUZETTE
Je le vois bien,, Madame.
fribouug, faisant un gros soupir.
Oh!
MAD. TRICOT
Qnai-je entendu ?
CÉCILE
C'est M. Fribourg.
SUZETTE
L'ami du défunt.
MAD. TRICOT
Il est de retour ?. . . approchez, cher voisin. . . eh ! bien, il est donc mort ?
FR1BOURG
Mort comme on ne l'est pas, j'en donne à vous mon parole.
MAD. TRICOT
Quoi , les secours de l'art ?. . .
ERIEOURG.
iN'ont servi qu'à hâter son trépassement.
Air : Les lis arroses.
Il aurait pu tout seul peut-être , Vite ecii;;ppcr à son douleur} "Miiis la santé soit par la fenêtre, Quand par la porte entre l'docteur...
Pour que leur drogue ou leur raciue , Put nous rendre ! c i ps plus saiu , Il faudrait que le piédecine Arrivât sans la médecin.
Mais comme l'un y être arrivé avec l'autre, ils àvrent trouvé drôle de partir tous les trois.
( II
MAD. TRICOT
Pauvre bichon, ah!... il était syndic de sa corporation.
SUZETTE
Quelle perte pour le respectable corps des bonnetiers !
MAD. TRICOT, à Fribourg.
En mourant, il ne vous a rien dit pour moi , voisin ?
FRIBOURG
Si fait, si fait, il avre dit de recommander à vous la mariage. . ,
MAD. TRICOT
Ah ! jamais je ne me remarierai,
FRIBOURG
Doucement, ce être la mariage de ces petits jeunes gens. , ,
suzette, à part.
Bon!
FRIBOURG
Il me dit comme ça en me serrant la main.
Air : L'asile aux Muses.
Depuis un au j même au-delà.
- Tous deux s'aiment à la folie; Et pour calmer cet amour-là , Clie veux, mon cher, qu'on les marie ; Che touche à mon trépassemeut , Qu'importe, il faut qu'on les rassemhle..,
SUZETTE
Il avait raison.
{Suite de Pair.")
Un mariage, un enterr'ment , Cela va bien souvent ensemble.
MAD. TRICOT
Assez, assez, vous me déchirez lame.
FRIBOURG
H me dit qu'il voulait aussi qu'une bonne dot. . .
MAD. TRICOT
Assez vous dis-je! je ne puis en entendre davantage. , . une dot. . . ali! mes nerfs , mes nerfs!
JULIEN
Voilà une indisposition bien subite.
( 12 ) MAD. TRICOT
Marier ma Cécile ! je l'aime trop pour lui donner un mari , et un mari surtout qui ressemblant au défunt, n'aurait qu'à mourir comme lui, non, dans l'affliction où je suis, la retraite, voilà le seul parti que tu dois prendre 3 mon enfant.
SUZETTE
Mais les volontés du défunt ?. . .
M AD. TRICOT
Ne me parlez plus de ce mariage, je suis trop affligée.
FRIBOUKG.
Mais mon cher dame. . .
MAD. TRICOT
Faites éloigner ce messager de malheur, sa présence me tue. . . j'ai besoin de prendre l'air. . . je vais au jardin, où je veux être seule , entendez- vous. . ,
SUZETTE
Avec votre douleur ?
MAD. TRICOT
IN on , avec Julien. . . venez m'y joindre, mon ami. . . j'ai à vous parler. . . Ah ! ah ! mon pauvre Tricot. . . une dot. . . ah ! je suffoque. (Elle sort par le fond. )