‹ Les petits appartemensChapitre 131 sur 356 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

JULIEN seul, ensuite DUFOURAGE en robe de chambre blanche , pantalon , gros Jabot, mouchoir blanc à la main , tabatière a"or.

JULIEN

De quel air ils parlent de lui!... ah! dame on dit qu'il est devenu si fier, si hautain. . depuis qu'il est dans les honneurs; il me semble que si je devenais plus heureux, je ne changerais pas ainsi... que j'aimerais toujours mes anciens amis , ma mère... et ma Louise surtout... mais n'y pensons plus... jamais il ne voudra que je l'épouse. ( il regarde la maison. ) Comment va-til me recevoir?... n'importe, il le faut.

( II s'approcha. ) DUFOURAGE, dans la coulisse.

Oui, le couvert à midi juste, et snrtout qu'on 6erve chaud... et ne raisonnez pas drôle !

JULIEN C'est lui. . je reconnais sa voix.

DUFOURAGE, entrant.

11 est inconcevable que des domestiques se permettent de raisonner!... j'entends être servi comme un prince! et mieux même, si c'est j ossible.

JULIEN, le saluant.

Bonjour, M. Duf.....

DUFOIKAGK.

Que voulez-vous, mon cher?

JULIEN

Vous ne me reconnaissez pas, M. Du murage?

DUFOURAttE.

Ali! ah ! c'est toi , Julien? que diable viens-tu chercher ici, mon cher ?

JULIEN

Vous connaissez la situation de ma mère... il dépend de vous de l'adoucir .. Par suite des malheurs que mon père éprouva... i lie fut réduite à vivre dans la petite ferme qui lui restait... le procès que vous lui avez fait, pour lui contester celte propriété, vous l'avez gagné...

DUFOURAGE.

Ah! ah! bonne nouvelle... je t'en remercie... Mon homme d'affaires l'a gagné? il est adroit, ce gaillard-là... très-adroit... je sais bien que c'était juste.

JULIEN

Eli ! bieu, je viens vous supplier de ne pas user de vos droits contre ma mère .. laissrz-lui le dernier asile qui lui reste... DUFOURAGE , pensif.

Diable! .. diable!...

JULIEN

Ce n'est pas pour long- temps que je vous demande cette gràc< bientôt peut-être elle n'en aura plus besoin !... mais jusques-là, je travaillerai, peut-être pourrai-je parvenir à me placer... je vous laisserai ce que je gagnerai.

DUFOURAGE.

Cependant... la justice doit passer avant tout.

L'humanité doit quelquefois passer avant la justice. Tenez., votre sœur , cette bonne Louise m'avait remis une lettre pour vous... Lisez.

DUFOURAGE.

Oui, oui, je sais que tu l'aimais... que tu voulais être son mari... Diable, diable, mon cher.

JULIEN

Nous avons clé élevés ensemble, nous sommes du même village

DUFOURAGE.

Raisons de petites gens , toul cela... vouloir s'épouser parce que l'on s'aime! c'est bon pour le peuple... Je l'ai signifié, jamais Louise ne sera ta femme ; elle peut prétendre à un millionnaire... La sœur d'un fournisseur !

(9) JULIEN

Lisez sa lettre , et accordez- moi ce que je suis venu solliciter.

DOFOURAGE.

Je lirai ça plus tard...

JULIEN

Songez que votre réponse doit décider...

DUFOURAGE.

Quel parti veux-tu donc prendre? te faire soldai?

JULIEN

Non, si je mourais, et ma mère?

DUFOURAGE.

Te mettre <3ans le commerce?...

JULIEN, hochant la tête.

Hum ! je suis parti du village avec trente francs... j'étais venu à pied.-, j'avais fait des économies... mais hier, à la nuit tombante... j'ai trouvé un pauvre soldat couché par terre, accablé de fatigue, de faim, et le peu d'argent que j'avais lui a peutêtre sauvé la vie.

DUFOURAGE.

Ainsi, ta caisse est à sec?

JULIEN

Oui, mais tout pauvre que je suis , j'ai fait un peu de bien... et le pauvre soldat m'a dit avec de grosses larmes dans les yeux... que le ciel me le rendrait!...

DUFOURAGE.

Cela se peut bien... mais le remboursement peut se faire attendre... Ecoute , tu es un bon garçon...

JULIEN

Je n'ai jamais pensé à faire du mal , et si tout le monde me ressemblait...

DUFOURAGE.

J'ai renvoyé mon secrétaire avant-hier... ça me gène de n'en point avoir... à cause d'un tas de petites bêtises... les lettres... î'ortographe... je ne m'occupe pas de ces babioles-là... ce n'est pas un zéro de plus ou de moins par-ci par-là qui m'embarrasse mais toi, tu es un savant... Pour t'obliger, je puis t'employer nvec moi.

JULIEN

Vraiment? j'y consens de grand cœur.

DUFOURAGE.

Tu es ferré sur ton barème... tu entends les additions, les soustractions?... tu es mon homme.

Le Soldat. o

jrnr..\.

Ah I je vousrii remercie...

Entie là dedans, et va t'instalier.

JULIEN

La première lellre que je vous ferai signer sera pour ma mère.

( // eut re dans la maison. ) DUFOURAGE.

N(UJ verrons, nous verrons.

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