AUGUSTE, FRÉDÉRIC, GUSTAVE
AUGUSTE, à part.
Encore un déjeûner qui passera sur leur compte. ( Haut.) Allons , mes amis , vive la gaîté !
FRÉDÉRIC
Oui, vive la gaîté! Quand je dis vive la gaîté, vous voyez en moi un homme au désespoir.
Ah! mon dieu! quel grand malheur te menace donc ?
FRÉDÉRIC
Vous savez que je vous ai souvent parié de mon oncle , le général. . . Eh bien! une lettre de lui m'apprend qu'il quitte la Bourgogne, pour venir avec sa fille, habiter Paris.
AUGUSTE
Je ne vois rien là de bien effrayant.
FRÉDÉRIC
Certainement, j'aurai le plus grand plaisir à voir mon oncle. . . et surtout ma cousine. . . qu'on dit être fort jolie.
Mais vous savez . . . les pareus, c'est gênant; avec cela que mon oncle est d'une sévérité. . . Un général, voyez-vous; il voudra me mettre sur un pied de discipline . se mêler de mes affaires . . .
AIR: Vaudeville de l'Héritière.
Tous les ans , clans la capitale,
J'en recois, très-exactement,
De beaux préceptes de morale,
t'.t mille écus, argent comptant. . .
Il me croit riche et sage à l'avenant ;
Or voilà d'où vient ma tristesse :
S'il éprouve un désir subit
D'examiner mes vertus et ma caisse ,
Je tremble pour le déficit!
Dans mes vertus et dans ma caisse
Il existe un grand déficit.
AUGUSTE
Sois tranquille. . . je te soutiendrai , moi; et je me charge ■le te faire des mémoires à partie double, et si bien embrouillés, qu'il sera trop heureux de s'en débarrasser, en acquittant bien vite le total.
GUSTAVE
Quanta moi, je vous apprendrai une excellente nouvelle : Vous savez. , que dans le voyage que je fis chez mon père , j'ai remarqué une jeune personne charmante.
FRÉDÉRIC
Dont tu n'as jamais voulu me dire le nom.
GUSTAVE
Vous êtes par trop mauvais sujets pour recevoir , sans rire , une pareille coufidence.
FRÉDÉRIC
Pauvre Gustave!
GUSTAVE
Ne pouvant bannir de mon cœur son doux souvenir. . .
FRÉDÉRIC
Comme c'est ça.
GUSTAVE
\ lux-tu que j'achève 7 Je me suis décidé à la faire demander en mariage, et je sais que la jeune personne arrive, au premier jour, avec son père.
FRÉDÉRIC
îïravissimo ! . . . c'est touchant , attendrissant. . . Allons nous mettre à table, nous boirons à ton bonheur futur.
AUGUSTE
Et nous rédigerons les me'moires à partie-double.
FRÉDÉRIC
Avant tout , Messieurs , vous n'avez pas oublie' , sans doute, que nous devons de l'argent à ce bon , à cet excellent Jolicœur , et que nous avons promis de le payer au premier repas?
GUSTAVE
J'y ai songé.
Et moi aussi.
A la bonne heure.
AUGUSTE
FRÉDÉRIC
AUGUSTE
Mais depuis huit jours, je suis d'un malheur à l'écarté! je ne sais plus retourner les rois , et je suis volé à tous les coups. . . Mais nous avons Gustave.
GUSTAVE
Quelle mauvaise plaisanterie ! Compter sur un surnuméraire en herbe. . . Cela regarde Frédéric.
FRÉDÉRIC
Très-volontiers... . Quand mon oncle sera là pour acquitter mes comptes embrouillés.
Allons, il paraît, Messieurs, que nous sommes tous à peu près aussi bien dans nos affaires.
AUGUSTE
Je ne pense pas que ce désagrément doive en amener un plus grand , celui de nous en retourner sans déjeuner.
FRÉDÉRIC
C'est aussi mon avis. . . Mais cependant cet aimable Jolicœur, il faut au moins tâcher de payer ce déjeûner.
GUSTAVE
Puisque nous n'avons pas d'argent.
AUGUSTE
Parleu! si nous en avions, où serait la difficulté?... Cherchons un moyen de payer sans argent... Attendez .. je suis en verve. . Oui , félici.tez-mo i, le déjeûner est payé.
Z> Tir. 5
( i8) GUSTAVE et FRÉDÉRIC.
Comment?
AUGUSTE
Ecoutez : Entrons dans le petit salon , au rez-de-chaussée , dont voici les fenêtres; la première bonne tête qui paraît , l'un de nous sort, entame la conversation7lui cherche querelle, se prétend insulté, demande réparation... les autres arrivent; habiles négociateurs, ils proposent d'arranger l'affaire, le premier crie plus fort, on fait sentir à notre homme la nécessité d'un petit déjeûner. . . il offre , et ma foi! . . . Qu'en dites-vous?
Le moyen est un peu fort.
AUGUSTE
Comment des scrupules pour une étourderie?
FRÉDÉRIC
Et qui se chargera d'être le provocateur?
AUGUSTE
La mission est délicate , je l'avoue , mais le sort en décidera En trois balles , le plus maladroit sera le diplomate chargé de négocier cette importante affaire; entrons au tir , et ensuite , plaçons-nous à l'affût.
Air de Fernand Cortez.
Entrons dans la maison . . .
D'un sot espérons la rencontre , Le premier qui se montre Est notre Amphytrion.
FRÉDÉRIC
Des sots
Toujours dispos ,
En ce monde
L'espèce abonde , S'il n'en vient pas, d'honneur, Nous aurons du malheur.
TOUS
Entrons, etc.