SCENE XVI
les mêmes, GUSTAVE et FREDERIC, en scène. Gustave et Frédéric , accourant.
Quel est ce bruit ?
D'où vieut ce tapage étrange
Qui nous dérange Et trouble notre appétit ?
LEDOUX
Pour un autre, Monsieur me prend.
GUSTAVE et FRÉDÉRIC.
Vous avez tort assurément.
AUGUSTE
Monsieur est un impertinent.
gustave et Frédéric, à Ledoux.
Vous avez tort ; c'est différent.
Mais plus de bruit, Cessez ce tapage étrauge ,
Qui nous dérange Et trouble notre appétit.
LEDOUX
Parbleu ! Messieurs, vous arrivez fort à propos; vous allez être juges.
Oui, Messieurs, enten<lez-nous, et prononcez; voici te fait :
Air du Verre.
J'étais dimanche à Tivoli , Je suis vit' et j'ai la main leste ; Monsieur , par un mot impoli .
Me contraignit à certain geste :
Mais il doit venger son honneur, Et quand à moi , je vous l'avoue , J'ai ce soufflet là sur le cœur. . .
LEDOUX
C'est bien moi qui l'aï sur la joue.
AUGUSTE
Eli bien! croiriez-vous que Monsieur refuse de me rendre raison?
LEDOUX
C'est qu'il n'en démordra pas Mais puisque c'est
moi qui l'ai reçu, le soufflet. .. Il me semble que je crie assez fort.
AUGUSTE
Mais , Messieurs, c'est son proce'dé qni m'a forcé d'agir ainsij c'est son procédé qui m'a fait sortir de mon caractère; c'est son procédé qni m'a fait outrager , dans s=» personne , le citoyen le plus paisible . l'époux le plus tendre , le jx're de famille !e plus précieux. . .
LEDOUX
Monsieur, je n'^i pas d'enfans.
AUGUSTE
C'est égal, vous pouviez en avoir. . . Voyez , Messieurs, les suites qui pouvaient résulter de la conduite de Monsieur : Il pouvait se prétendre insulté par le soufflet qu'il a reçu , il pouvait m'uppeler en duel... Alors , quel tableau ! Von czvous deux boinmes faits pour s'estimer, prêts à en venir aux mains. . . D'un t ôté , la mort, 1 impitoyable mort, menace de borner, à vingt - cinq ans , la carrière d'un jeuue bomme intéressant ; de l'autre côté, vovez-là promener sa faulx sur la tête d'un époux , d'un père, et supposez qu'elle le frappe; voyez l'épouse infortunée , plongée dans le plus affreux désespoir; voyez des enfans.. . je suppose toujours
que Monsieur est père; voyez des enfans qui... des enfans que. . . Ah !
LEDOUX
En ve'rite', il m'attendrit.
GUSTAVE
Ah! Monsieur, quels torts sont les vôtres. . .
LEDOUX
Oui, Messieurs, je les reconnais... Mais je vous le répète , je ne suis point un tapageur. . t Arrangeons celte affaire à l'amiable.
GUSTAVE
Ma foi , Monsieur , il n'y a , je crois , qu'un déjeûner qui puisse amener une réconciliation entre vous et Monsieur.
LEDOUX
( A part. ) Un déjeuner !.. . ô Providence ! . . . ( Haut. ) Messieurs , j'accepte la proposition. ( A Auguste.) Que pensez-vous du déjeûuer?
AUGUSTE
Puisque vous le voulez. . .
Justement nous sommes près d'un restaurateur. . . Hola ! garçon!. . .
SCEi\E XVII.
les mêmes, L'ESSOUFFLÉ.
l'essoufflé.
Voilà ! voilà ! voilà ! . . . Qu'y a-t-il pour le service de ces Messieurs ?
Gustave , à Ledoux.
Allons, Monsieur, commandez.
LEDOUX
Comment vous voulez encore que ce soit moi. . . O généreux jeunes gens! (A l'Essoufflé.) Donnez -nous un petit déjeûner soigné. . . Entendez-vous , un joli petit déjeûner, bien soigné.
l'essoufflé.
Vous serez contens. ( Rentrant. ) Volaille nu suprême! vol-an-vent à la fmancière ! . . .
(•M ) SCENE XVSIÏ.
les mêmes, hors L'ESSOUFFLÉ.
LEDOUX, à part.
Il me fait venir l'eau à la bouche.
AUGUSTE
J'ai bien trouve' notre homme ; c'est un gaillard qui fera bien les choses.
Ma foi, Messienr, maintenant que nous allons déjeûner ensemble , il ne doit plus y avoir de mystère entre nous : Jugez comme c'est heureux pour moi , d'avoir insulté Monsieur aussi grossièrement, en le forçant à me donner un soufflet. . .
AUGUSTE
Ah! c'est excessivement heureux!
LEDOUX
Sans doute; sans cela, j'étais réduit à un ordinaire plus que modeste , tandis que , grâce à votre honnêteté...
GUSTAVE
Où diable veut-il en venir?
LEDOUX
Oui, grâce à votre honnêteté, je vais me permettre un extra... Mais soyez sans inquiétude, je saurai faire honneur au repas que vous voulez bien m'offrir.
AUGUSTE
Qu'est-ce que vous dites donc? Mais c'est vous qui nous avez invités.
LEDOUX
Moi!
GUSTAVE
Sans doute ; vous deviez une réparation à Monsieur , vous la lui refusez. . . il est trop juste alors.. .
LEDOUX
Eh bien ! en voilà encore une bonne.
air ; T'audeiùlle de la Famille de V Apothicaire.
Ma foi , je n'y comprends plus rien , ht celte idée est sans pareille;
Je suis insulté , c'est fort bien , El souffleté. . . c'est à merveille. . . Nous déjeunons , c'est convenu; Mais, Messieurs, je vous le demande, Quand c'est moi qui suis le battu, Est-ce à moi de payer l'amende ?
Jugez, Messieurs, si j'ai pu risquer une invitation semblable; voilà ma bourse , vingt huit sous!
AUGUSTE
Ah! mon dieu, quelle maladresse ! Comment, Monsieur, avec vingt-huit sous , vous vous permettez,. . C'est affreux , retirez-vous, Monsieur.
l'essoufflé , paraissant.
Le déjeuner de ces Messieurs est servi.
LEDOUX
Vous l'entendez , le déjeuner est servi. . . et c'est maintenant que vous prétendez m'éloiguer? Non, Messieurs, une telle barbarie n'a pu entrer dans des cœurs de votre âge. . . J'en appelle à vos sen'imens, trop aimables jeunes gens.
AUGUSTE
Eh! Monsieur, que nous importe le déjeuner? puisque, comme vous, nous sommes dans l'impossibilité de le paver.
LEDOUX
Il se pourrait ! Eh bien ! raison de plus je ne vous
abandonnerai pas dans une circonstance aussi critique. . . ( // entre dans le salon , au rez-de-chaussée. — A la fenêtre. ) Je ne sors d'ici. ... je reste fidèle an malheur, ( A part. ) surtout au malheur qui déjeûne.
( // boit un verre de vin.)
FRÉDÉRIC
Il paraît que c'est un amateur; nous ne sommes pas plus avancés maintenant, et vous conviendrez qu'il est fort désagréable d'avoir fait ci inutiles frais d'imagination... AUGUSTE.
Il me vient une nouvelle idée Puisqu'il tient tant à
déjeuner, il faut qu'il nous trouve un Amphytrion; c'est
lui que ce soin doit regarder désormais Dites donc ,
monsieur l'Affamé! . . .
LEDOUX, à sa fenêtre.
Je m'appelle Ledoux.
AUGUSTE
Ledoux, soit! Nous avons deux mots à vous dire. Le Tir. 4