TOUS LES GENS DU CHATEAU
Vive le sir de Brnlard !
brulard , se tournant de Vautre cote'.
Et vous, mes serfs , car vous êtes mes serfs , ce sont mes serfs, souvenez-vous que je ne vaux pas le diable quand je m'y mets. . . et comptez toujours sur les bonnes grâces de votre seigneur et maître.
les vilains , se relevant.
Vive le sir de Brulard !
UNE JEUNE FILLE, seule.
Vive le sir de Brulard !
BRULARD , la prenant par la main.
Eh! cette petite, elle nest pas mal, la vilaine. Jeune fille , en attendant que je te marie , ce qui sera fort agréable ponr moi , tu vas me servir à boire. . . Mon grand verre , et verse plein.
( Elle prend une outre et une coupe sur la table à gauche. — Brulard s'assied. — Elle lui sert à boire. )
Monseigneur , veut-il rendre la justice?
BRULARD
Approche, père Ambroisc , approche, mon sage précepteur. Hein ! quelle tête! quelle barbe! ce n'est qu'à Pontoise qu'on en trouve comme ça ! Parle, mon vieux , parle. . . je veux rendre la justice, je suis en bonne dispostion pour ça. A boire!
(La jeune fille verse à boire. )
air : Sous vof bon plaisir , monseigneur.
Des soins de ma châtellenie , Je veux bien m'occuper un peu ; Condamnons donc puisqu'on m'en prie , Pour moi la justice est un jeu.
Devant mon tribunal auguste Je permets à tous d'avoir peur. . • Tremblez , car je vais être juste ; Oui je serai juste, tout juste. . .
Sous mon bon plaisir de seigneur !
( A Ambroise. ) Parle.
AMBROISE
Les serfs de Pierre-Fite refusent le service de la glèbe.
BRTJLARD.
Ces bonnes gens ! On leur enverra cinquante de mes hommes d'armes pour les mettre à la raison comme des Albigeois.
AMBROISE
Le moine et le chevalier, que vous avez de'trousse's, de votre auguste main , sur la grand' route , demandent qu'on leur rende ce qui leur a e'té pris.
BRTJLARD.
Qu'est-ce qu'on leur a pris ?
AMBROISE
La liberté et la bourse.
BRTJLARD.
Ah! il» demandent. . . C'est juste , qu'on leur rende la liberté', et qu'on garde la bourse. A boire!
( On verse. )
AMBROISE
Le mari de cette grosse brune que vous retenez de force dans le château . . .
BRTJLARD.
Comment, cette grosse brune?. . . elle est rousse.
AMBROISE
Elit est brune.
BRU LARD
Elle est rousse !
AMBUOISE.
Elle est... Au fait, vous devez le savoir mieux que moi. Eh bien! son mari ose la réclamer.
BRULARD
Comment, il a l'insolence ! . . . Pauvre cher homme ! . . . qu'on lui donne cinquante coups de bâtons sous la plante des pieds ... ou plutôt, non . . . quelque chose de mieux . . . qu'on lui rende sa femme. A boire !
( On verse. ) a:.:broise.
Les moines de...
BRULARD
Au diable ! c'est assez pour aujourd'hui... je n'ai plus soif. ( On apporte un grand portrait. — Olivier précède ceux qui le porient. ) Qu'est-ce que c'est que ça? quelle est cette ligure bête que j'aperçois ?
olivier , le genou en terre.
C'est votre portrait, mon gracieux maître, que ce célèbre peintre ve'nitien a terminé.
BRULARD
Ah! je ne m'étonne plus si j'effraie tout le monde ! air du Vaudeville du CAarlatauinm
moi , je me reconnais, Un chevalier des p. us ingambes; Voilà mes yenx, voilà mes traits.
AMBROISB.
Et surtout voilà bien vos jambes.
BRULARD
Là, tout est grand comme chez moi.
AMBROISE
Oui , c'est une grandeur farouche !
Et sans compliment , je n'v voi Que les oreilles , sur ma foi , Qui soient plus grandes que la bouche.
( On place le portrait à droite. ) Et à quoi cela vous servira-t il?
( i3 ) BRULARD.
Ça ne me servira à rien. C'est une petite surprise cpe je veux faire à ma femme.
OLIVIER
Grand dieu !
BRULARD
Mon page Olivier, va trouver, de ma part, ma pupille , Blanche de Cressy , c'est-à-dire la dame Yolande sa gouvernante, et dis leur que je les attends dans la salle d'honneur.
OLIVIER
Oui , Monseigneur. ( A part ) Ah! je vais la voir!
( II sort. )
brulard , à Ambroise, le tirant par la barbe. Et toi, père Ambroise, as-tu pensé au testament du sir de Cressy ?
AMBROISE
Certainement ; mais je n'ai pas trouvé de moyen pour l'éluder.
BRULARD
Et moi , j'en ai trouvé un. . . une bonne perfidie, je suis unique pour ça... Blanche restera en mou pouvoir.
AMBROISE
Vous l'aimez donc ?
Oh ! oh! c'est-à-dire depuis cinq ans, c'est moi qui tieus sa fortune , et je ne voudrais pas la lui rendre, c'est bien naturel.
air du Vaudeville de Haine aux hommes.
Ses domaines touchent au mien, J'en respectai peu les barrières, Et sur son cœur si je ne gagnai rien , Je gagnais beaucoup sur ses terres.
Tu comprends que je ne peux pas Reculer jusqu'à ma frontière; Un homme de mon caractère IV e revient jamais sur ses pas.
( On entend du bruit sous terre. )
TOUS , reculant.
Quel bruit!
AMBROISE
Ah ! mon dieu !
BRULARD
Chut! ( Bas à Ambroise. ) C'est le maçon qui travaille à\ mes oubliettes... Que personne ne sache... Plus tard nous en causerons.
OLIVIER , rentrant.
Monseigneur , voici la comtesse et sa gouvernante.
BRULARD
Ah ! mon père Ambroise, reste h mes côtes ; et vous, mes hommes d'armes, mes varlets et mes vilains, sortez tous, et allez voir dans la cour du château si j'y suis encore. Allez.
tous , en sortant.
Vive le sir de Brulard !
BRULARD
C'est agréable d'être le maître, on est dispensé de faire des politesses. Vous m'ennuyez , à la porte ,• vous re'sistez ? pendu; je ne connais que ça.