AMBROISE, BRULARD, OLIVIER, BLANCHE, YOLANDE
BRULARD
Permettez , noble dame , que votre chevalier. . .
( // met un genou en terre , et lui baise la main . )
AMBROISE
Que mon élève est beau comme ça !
OLIVIER , à part.
Que va-t-il lui dire ?
BRULARD
Olivier» remonte , mon ami, remonte , et tiens-toi là. . . Maintenant, ma belle cousine , à nous deux ; quand je dis à
nous deux, (Montrant Atnbroise. ) c'est-à-dire à nous trois; ( Montrant Yolande. ) à moins que ce ne soit à nous quatre.
BLANCHE
Comme vous voudrez. Vous de'sirez me parler, j'ignore la raison. . .
Elle est fort simple ! c'est que j'ai quelque chose à vous dire. Ecoutez-moi, Blanche, ma pupille; vous voilà jeune et jolie
BLANCHE
Ah! de grâce. . .
BRULARD
Si fait , si fait, vous êtes jolie.
AMBROISE
Oh oui ! très-jolie.
BRULARD
Je veux vous donner un mari.
BLANCHE
Avec plaisir, mon beau cousin.
BRULARD
C'est le moment où vous devez en choisir un.
BLANCHE
J'y pensais.
BRULARD
Ah ! vous y pensiez. {A part.) Pauvre innocente, va!. .. ( Haut.') Eh bien! mon aimable pupille , demain vous aurez un mari. D'après le testament de votre père, mon beau cousin; car dans la famille , nous sommes tous beaux , vous pouvez vous marier à seize ans, et vous avez seize ans.
AMBROISE
C'est un bien bel âge!
Mais, vous le savez aussi, le testament porte qu'on me conduira dans le château de Cressy , afin que je désigne librement mon époux ; ainsi, mon beau cousin , rendez-moi la liberté'.
AMBROISE
La liberté'! quelle bouffonnerie !
BRULARD , le poussant.
Tais-toi donc!
BLANCHE
Pienvoyez-moi dans mon château, et c'est lu, que je ferai savoir ma volonté.
olivier , à part.
C'est bien, courage !
BRULARD
Certainement, c'est comme cela que je l'entends. ( Bas à Ambroise.) Je fais de la politique. [Haut.) Ce soir vous choisirez un époux. . . parmi vos chevaliers • mais n'oubliez pas que j'en suis un, que je vous aime; et. . . votre cœur est libre? à moins que je n'aie un rival. olivier, à part.
Je tremble.
BRULARD , observant Blanche.
J'ai peut-être un rival! . . . Songez - y bien , si j'avais un rival; je ne snis pas méchant, je suis doux comme un agneau 5 mais il serait haché menu, menu, comme chair à pâté.
olivier, se sauvant.
Ah!
Hein ! qui est* ce qui a dit : Ah ? on a dit ah?
AMBROISE
C'est le page Olivier , qui a pris la fuite.
BRULARD
Le page Olivier! Est-ce que, par basard, ma pupille...
BLANCHE
Non, non; mon beau cousin.
BRULARD
Si c'était lui , il ferait l'essai des oubliettes.
YOLANDE et BLANCHE.
Les oubliettes!
AMBROISE , bas.
Frenez donc garde ; vous parlez des oubliettes. . . Et le secret?
BRULARD
C'est juste, j'ai dit une bêtise; je n'en fais jamais d'autres. Blauche, je veux bien croire qu'il n'y a rien eu. (Bas à Ambroise. ) Je fais encore de la politique. ( Haut.) Ainsi , je lui pardonne. ( Bas. ) Qu'on l'arrête, et qu'on l'amène pieds et points liés. ( Haut. ) Vous serez reconduite au-
I '7 ) jourd'hui même dans votre^châtean. ( Bas. ) Mais j'en serai le maître. ( Haut. ) Je vais ordonner qu'on vous y présente un coffre rempli des plus belles étoffes , des étoffes superbes! c'est mon présent de noces.
AIR de Figaro.
Mais adieu , je m'en vais , je vous laisse ; Songez bien que , grâce à ma tendresse , En tous lieux vous serez la maitresse , ( A part. ) Sous ma loi . , .
Car le maître c'est moi.
( Montrant le portrait. )
Mais admirez cette figure. . .
C'est la mienne. . . elle n'est pas mal . . .
Acceptez-en la portraiture ,
En attendant l'original.
BLANCHE
Merci, mon beau cousin.
BRULARD , à part.
Ton beau cousin... Ah! traîtresse de beauté! ( A Jmbroise. ) Songe à Olivier.