SCENE XVII
LE PRINCE, seul) montrant la lettre qu'il tient à la main.
Voilà qui me confond ! comment diable Saint-Aïban a-t-il pu faire? je l'emprisonne en quelque sorte dans mes appartenons, je l'isole de tout le monde... Eh bien! il pénètre mes projets.., il les déjoue, il correspond avec celle qu'il aime... obtient une réponse des plus tendres, où l'on se justifie et où l'on me sacrifie sans pitié... le tour serait plaisant s'il ne me touchait pas... quel parti prendre? me fâcher? non... on court risque d'être ridicule; l'exiler réellement? mauvais moyen pour me faire aimer... Mademoiselle d'AIberti ne me le pardonnerait jamais... il est clair que pour le moment elle chérit Saint- Al ban... qu'elle en est folle... provisoirement... c'est un mal sans remède... à moins qu'elle ne l'épouse. Au fait, je n'y avais pas pensé d'abord... si je favorisais leur mariage?.. Oui... c'est ça... cachons notre dépit... sauvons les apparences... il est toujours beau d'être généreux... même quand on ne peut pas faire autrement... je connais Saint-Alban... c'est un mauvais sujet, il rendra sa femme malheureuse... pauvre petite femme!... J'en suis fâché... mais elle me regrettera... c'est toujours une consolation.
Air -.
Ah! loin de nous toute plainte indiscrète,
Renfermons mon courroux, mou dépit dans mon cœur; Je suis vaincu, joué par la coquette : Mais en ce jour sachons avec honneur Supporter ma défaite.
Mais quel soin m'inquiète, S'il devient son époux : pour punir la coquette Sur d'Albari je peuv compter:
Qu'ai- je de mieux à souhaiter ?
Sur lui je peux compter.
D'humeur vive, inconstante,
Il ne peut, en honneur,
D'une lemme charmante
Assurer le bonheur :
Celle qui me rejette
L'aura bientôt jugé.
Ah ! qu'elle me regrette ,
Je me croirai vengé ;
C'est le sort ordinaire.
Le mari préféré ,
Ne cherchant plus à plaire ,
Cesse d'être adoré.
La constance, on le sait, est un vieux préjugé :
L'épouse se console ,
L'illusion s'envole , Et l'amour tôt ou tard par l'hymen est vengé.