‹ Les petits appartemensChapitre 236 sur 356 · UN HOMMES D'ARME · texte numérisé non relu

UN HOMMES D'ARME

Monseigneur. . .

BRU LARD

Eli bien ! quoi?. . . qu'est-ce?- . que me voulez-vous encore?

l'homme d'armes.

C'est un frère quêteur, qui rôdait autour du château, et cherchait à y pe'nétrer ; on l'amène devant vous , selon vos ordres.

BRULARD

Qu'on le pende !

OLIVIER , £ élançant vers lui.

Me pendre! Ah! miséricorde!

BRULARD

Qu'on l'entraîne, je suis en colère; il paiera pour tout le monde.

OLIVIER

Ah ! Monseigneur , je vous en supplie , laissez-moi continuer ma route.

BLANCHE , à part.

Cette voix. . .

BRULARD

Tu voulais entrer dans le château, me désobéir; tu seras pendu.

OLIVIER

Seigneur traître et félon, tu n'es pas le maître ici; c'est à Blanche de Cressy que j'en appelle.

brulard , le prenant par la barbe.

Je crois que tu m'insultes. . . Je t'arracherai la barbe.

OLIVIER

Laissez-moi.

BRULARD

Non, je veux. . . {La barbe lui reste à la main. ) Que vois-je !

OLIVIER

Je suis perdu.

BLANCHE

Olivier î

Mon page! Et d'où viens-tu?

OLIVIER

Monseigneur, je reviens de Pontoise.

BRULARD

Male'diction ! je suis trahi; mais ça yous coûtera cher h tous , je vais ... (lise trouve nez à nez avec Ray mont.) Grand dieu!... Manant, que fais- tu là? d'où viens-tu?

RAYMONT

Monseigneur , je reviens de Pontoise.

OLIVIER

Comme moi.

AMBROISE

Comme moi.

BRULARD

Je n'en reviens pas.

air : Fragment de la Gazza. { Marie Mignot. )

Quelle surprise !. . . est-ce de la magie?

Ils étaient morts ! . . . je les retrouve eu vie ! . . .

ENSEMBLE

fOser paraître eu ma présence !

Je punirai votre insolence!

Sur vous Tombera mon courroux ! . . .

RLANCIIE , YOLANDE, OLIVIER.

Ah malheureux ! quelle imprudence !

Fuyons , redoutons sa vengeance ; Sur nous Tombera son courroux !

RAYMONT

Du courage ! de la prudence !

Il faut éviter sa vengeance!

Echappons tous

A son courroux . . .

Les Ouhliettes* 7

liRULARD.

Ressusciter sans que je le commande !

Ils remourront!. . .

TOUS

Monseigneur !...

BRULARD

Qu'on les pende !

ENSEMBLE

Oser paraître en ma présence !

Je punirai votre insolence!

Non , laissez-moi , vous mourrez tous ! Quelle colère !

Bientôt , j'espère, Vous ne pourrez échapper à mes coups !

RAYMONT

Du courage! de la prudence!

Il faut éviter sa vengeance!

A le punir préparons -nous.

Laissons le l'aire ,

Et sa colère Va dans l'instant le livrer à nos coups.

liLANCHE, OLIVIER, YOLANDE.

\li malheureux! quelle imprudence !

Comment éviter sa vengeance ?

Ah ! monseigneur , épargnez-nous.

Quelle colère !

Et comment faire Pour échapper ensemble à son courroux?. . .

bru lard , à Olivier.

Tu seras accroche au plus bel arbre de la route.

BLANCHE

Ah ! mon beau cousin ! j'embrasse vos genoux.

BRULARD

C'est encore une bêtise , ma chère amie ; voulez - vous que je fasse grâce à un drôle qui veut me. . . allons donc ! ça n'a pas le sens commun; tout ce que je puis faire pour vous, c'est de vous épouser une heure plutôt. (A Ray mont.) Pour toi , mon cher ami, mon bon ouvrier, je te ramène à, Pontoise ; et nous verrons si tu en reviens. YOLANDE, pleurant.

Ah!...

RAYMONT

Je n'y suis pas encore.

BRULARD

Tu résistes... Holà! que mes varlets m'entonrent,que mes soudards soient sous les armes , et que mon grand justicier vienne ici recevoir mes ordres. Qu on m'approche un siège, et qu'on me verse à boire, car j'e'touffe de colère; c'est là comme un poids.

ambroise, prend une coupe et verse à boire à Brulard , près du fauteuil à droite.

Voici Monseigneur.

TOUS

Nous sommes perdus ! . . , Monseigneur. . .

brulard.

Non, mes petits amis , non; vous la danserez tous ... Et par la barbe de mes ancêtres. . .

( Il s'assied. )

BLANCHE

Ciel ! le fauteuil !

BRULARD

Hein! plaît-il? ( Ray mont touche le ressort du fauteuil , qui presse tout-à-coup le sir de Brulard. ) Oh ! la , la , lâchez-moi donc; vous m'enfoncez les côtes. . . Aie !

RAYMONT

Je vous demande bien pardon, Monseigneur; mais j'ai l'honneur de vous tenir , à votre tour.

AMBROISE

Ah! mon dieu!

BRULARD

Lâche-moi, ou tes oreilles. . .

OLIVIER

Prenez garde aux vôtres.

brulard , cachant ses oreilles.

Pas de mauvaises plaisanteries.

Soyez tranquille , je les couperai avec tout le respect qui vous est dû.

BRULARD

Ce fauteuil. . .

RAYMONT

Ah ! ce sont des oubliettes qui sont plus sûres que les vôtres.

BRULARD

Des oubliettes dans ce château !

RAYMONT

>. ous êtes sur la trappe , et si je tire ce ressort, elle s'enfonce avec le fauteuil et vous.

OLIVIER

Ab! Raymont, tire un peu.

BLANCHE

Grâce pour lui!

BRULARD

Au secours! trahison !

raymont , faisant jouer le ressort.

Si vous dites un mot, avec votre permission, je vous envoie au foud.

( Le fauteuil s enfonce. )

brul vrd.

Ah ! je suis mort. ( En suppliant. ) Mon pelit maçon. . .

RAYMONT

Voilà vos hommes d'armes et votre justicier. Vous allez avoir la bonté, c;;r vous êtes si bon , de ton! rmer tous les ordres que nous donnerons , sinon le ressort. . .

BRULARD

Grâce ! . . . Tout ce que vous voudrez , mais qu'on me remette sur mes jambes.

olivier , faisant arreter tous les gens du sir de Brulard ,qui paraissent au fond.

Arrêtez tous, et écoutez les ordes de votre seigneur et maîlre, le sir de Brulard. Il veut que ses hommes d'armes quittent à l'instant même le château de Gressy , et le remetent aux vassaux de la Comtesse.

BRTJLARD.

Par exemple, nie faire dire une pareille. . . ( Le fauteuil s'enfonce. ) Oui , allez tous m'attendre à Pontoise , si j'y retourne.. . Arnbroise, prie pour moi.

ambroisk, pleurant.

C'est ce que je fais. . .

BLANCHE

Et moi je déclare que , selon le testament de mon père , et le consentement de mon tuteur, je choisis librement pour e'poux Olivier de Francastel.

BRTJLARD.

Ah! c'est trop fort. { Le fauteuil s'enfonce. ) Non , non... ce n'est pas trop fort. . . au contraire.

Beau sir , consentez-vous ?

BRTJLARD.

Avec plaisir , mon beau cousin , avec beaucoup de plaisir. ( A pari. ) Ah coquin! si j'en réchappe. . .

RAYMONT

Et moi, oublierez-vous le salaire qui m'est dû, mon noble et honoré maître?

brtjlard , à part.

Oui, ton honoré maître ; il est joli comme cela!

RAYMONT

Ppur avoir rétahli vos oubliettes , ma liberté et vingt écus d'or, est-ce trop ?

( 77 porte la main au ressort. )

BRTJLARD.

Comment donc? elles vont si bien ! Qu'on le paie surle-champ , à moins qu'il n'aime mieux venir à Pontoise.

RAYMONT

Non , non , ce n'est pas la peine.

OLIVIER

Maintenant sortez tous.

BRULARD

Et moi. . . ( Le fauteuil s'enfonce tout-à-fait.) Sortez! . . . sortez !. . .

( Les hommes d'armes et le justicier sortent à gauche ; ceux de la comtesse entrent à droite. )

( On entend le son du cor. )

RAYMONT

Vos hommes d'armes sont dehors , ( A Blanche. ) et voici les vôtres! Monseigneur, vous êtes libre, et vous pouvez paitir.

brulard , se levant.

Tout de suite... Enfin me voilà debout... O damnation ! je Fai e'chappé belle. . . Partons !

RAYMOND

Pardon , Monseigneur, si je me suis permis. . .

brulard , avec effroi.

Comment donc , mon ami, il n'y a pas de mal. Je suis très-content; cesi très-commode un fauteuil comme ça . . . c'est gentil ; et je vais en avoir un tout pareil pour recevoir mes amis intimes.

blanche.

Mon beau cousin, quand vous reviendrez nous voir, mon noble époux et moi serons trop heureux.

BRULARD

Certainement, je reviendrai. {A part.) Je te conseille de bien défendre ton château.

BLANCHE

air : Un jeune grec.

Nous vous garderons le secret ; Mais vous vous souviendrez , j\ spi r< De tout le bien qu'ici vous avez fait . . .

BRULARD

Oui. « . mais surtout du mal qu'on m'a pu faire. Partons Ambroise . . . mon ami !

TOUS

Eh quoi ! sitôt. • .

BRULARD

Oui , ma petite Blanche ; Mais j'ai des vassaux, Dieu merci !

Et si j'ai fait quelques heureux ici , Là bas je prendrai ma revanche !...

( // s'éloigne suivi d' Ambroise. )

tous , en chœur.

Air : V)e Brulard , la troupe fidèle , etc.

Honneur au chevalier fidèle •' Honneur an noble châtelain !

Toujours galant près d'une belle, Toujours juste pour le vilain!

FJN.

Extrait du Catalogue de BEZOU, Libraire, boulevard Saint-Martin , n°. 29.

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