‹ Les petits appartemensChapitre 235 sur 356 · BLANCHE, YOLANDE, RAYMONT · texte numérisé non relu

BLANCHE, YOLANDE, RAYMONT

BLANCHE

Eh Lien! je l'ai renvoyé; que me veux-tu ?

YOLANDE

Il est là , Madame.

BLANCHE

Mon page ?

YOLANDE

Non, l'autre. Viens, mon petit, viens.

raymont , entrant.

Ah ! je suis tout tremblant ! . . . S'il me découvrait ! . . .

BLANCHE

Mon ami, dis-moi où est Olivier?

RAYMONT

Rassurez-vous. . . nous sommes sauvés tous les trois.

blanche, regardant Yolande.

Tous les trois!

YOLANDE

Je vous jure, Madame, que je n'en attendais qu'un.

RAYMONT

Ah ! oui , c'est que vous ne savez pas ... le plus drôle de l'histoire. . . le père Ambroise. . .

BLANCHE et YOLANDE.

Ambroise !

RAYMONT

C'est lui qui a fait le premier saut dans les oubliettes que j'avais réparées, et moi le second... C'est le bon Dieu qui m'a puni.

YOLANDE

O ciel! vous êtes tombé ! . . .

RAYMONT

Dans le trou. C'est le paiement que m'a fait le sir de Iîrulard. . . Scélérat de sournois , va !

BLANCHE

Est-ce qu'Olivier aurait aussi?. . .

RAYMONT

Certainement , puisque je l'ai reçn sur mes e'panles.

BLANCHE

Et comment vous êtes-vous e'chappës? par quel miracle ?. . .

YOLANDE

C'est ma patronne. . .

RAYMONT

Non ; il ne faut pas la flatter. . . il n'y a pas eu de miracle. ( Prenant le milieu de la scène. ) C'est grâce au plancher mobile qui m'aidait dans mon travail , et qui se trouvait disposé de manière à adoucir la chute , et à m'arrêter en chemin : c'est là que nous nous sommes retrouvés tous les trois. . . après nous être un peu remis du coup qui avait été solide , et qui m'avait dégrisé.

YOLANDE

Vous étiez donc ?. . .

RAYMONT

J'étais dedans. Nous parvînmes , en nous aidant tous les trois, à gagner le fond des oubliettes; et en nous glissant avec précaution jusqu'aux fossés , nous nous sommes abandonnés aux eaux de l'Oise qui baigne le cbâteau... Le page nageait en avant; je le suivais, traînant par la barbe le révérend père Ambroise , à qui je faisais boire un coup de temps en temps , pour les bons conseils qu'il donne à son maître.

air de Marianne.

Tout eu voyageant de la sorte , La force nous manque , et soudain INous enfonçons*; l'eau nous emporte ; J'implorais nos patrons ! . . . en vain ! , , .

Mais Olivier

De s'écrier :

« Blanche! » . . . et voilà Soudain qu'à ce nom là

Le cœur revient,

L'eau nous soutient ,

Et sans effort Nous nageons vers le port. . .

Nous arrivons , l'un portant l'autre ! . . . En faisant au ciel , de grand cœur, Des r'merciemens pour notr' bonheur , Et des vœux pour le vôtre !'....

BLANCHE

Enfin, Dieu soit béni , vous voilà sauvés!

RATMONT.

Tas du tout; car le sir de Brulard se mettait en route... et, pour échapper aux hommes d'armes qui passaient près de là, nous nous jetâmes dans les bois euvironnans.

BLANCHE

Et Olivier?. ..

YOLANDE

Et le père Ambroise?. . .

RAYMONT

Je ne sais ce qu'ils sont devenus. Je me rappelle seulement qu'Olivier avait trouve' un moyen d'arriver jusqu'à vous.

BLANCHE

Et lequel?

RAYMONT , regardant autour de lui.

Oui, lequel? c'est ce que je me demande; mais j'étais si fort étourdi du coup, que ma mémoire... Eh mais! où suis-je? quel est ce pavillon?. . . Est-ce un rêve! .. . non, je ne me trompe pas . . .

BLANCHE

C'est le pavillon qui tient au château de Cressy.

RAYMONT

Oui, c'est cela; j'y ai travaillé... avec mon oncle. Il doit y avoir ici une trappe. ( 11 va à la colonne à gauche. ) Ah! cette colonne , oui. . . il faut tirer.

( // tire la tête de saint. — La trappe sur laquelle est le J'auteiril, baisse et remonte aussitôt. )

YOLANDE et BLANCHE.

Qu'est-ce donc?

RAYMONT

Eh! laissez-moi. Ce fauteuil. . .

BLANCHE

N'y touchez pas! il y a un ressort, an secret, que snisje !. . . On l'appelle le fauteuil du sorcier. Prenez garde. RAYMONT, faisant partir le ressort.

Ne craignez rien, ça nie connaît; c'est mon oncle qui a établi... Dam' ! il avait du talent. ( Le fauteuil est ouvert. ) YOLANDE.

Expliquez-vous.

Mille idées se croisent, se confondent dans ma pauvre tête; si je pouvais. . . pourquoi pas ? Le sir de Brulard est mon seigneur , mais je suis dans vos domaines , noble dame ; il n'a plus de droits ici, vous les avez tous ; et avec votre permission. . . Oui, je me vengerais, je vous vengerais , je nous vengerais tous ; . . . et je serai ... je serai peut - être pendu.

BLANCHE et YOLANDE.

Grand dieu !

RAYMONT

atr : Mon mari ni 'appelle , je gage.

Le même intérêt nous rassemble , Il le faut, conspirons ensemble. . .

Mais mon projet peut me perdre. . . je tremble!. . . N'importe ! mon cœnr s'y résout.

blanchi:.

Pour ta récompense demande De l'or. . . des présens. . . Yolande. . .

YOLANDE

Oui , le cœur et la main d'Yolande ! . . .

RAYMONT

Vous me gâtez ! , . . Ah ! gardez tout.

( Pendant le chant , des varlets ont apporté le portrait qu'on a vu au premier acte , et un grand coffre . )

YOLANDE

Madame, on vous apporte les présens du sir de Brulard.

BLANCHE

Eh ! que m'importe. ( Aux Varlets.) Retirez-vous ; je ne recevrai rien de lui.

Ces présens.. Attendez donc... oui, je me rappelle ; c'est ce coffre. . .

BLANCHE

Eh bien ! ce coffre ? achevez . . .

RAYMONT

Peut-être qu'Olivier... ( Il lui parle las. )

BLANCHE

Olivier ! . . . C'est bien, mes amis , c'est bien.i. Déposez cela ici.

Yolande, à Raymont.

Où vas-tu , Ray moût?

RAYMONT

Me perdre , ou vous sauver.

ENSEMBLE

REPRISE EN CIKEUR.

Le même intérêt nous rassemble ,' 11 le faut , conspirons ensemble. . .

Mais projet peut nous perdre... je tremble...

N'importe ! mou cœur s'y rdsout !

( // sort par la gauche. — Les variées sortent d'un autre côté. )

BLANCHE

Moi, j'ouvre ce coffre; mais la cle', où est-elle?

YOLANDE, BRULARD, BLANCHE, ensuite AMBROISE.

brulard , paraissant.

La voici, ma jolie pupille.

YOLANDE , à pari.

Ciel!

BLANCHE , à part.

Je suis morte !

BRULARD

Tiens, Yolande, ouvre ce coffre. ( A Blanche. ) J'ai voulu vous présenter moi-même...

blanche , arrêtant Yolande.

C'est inutile. . . de grâce. . . Je n'ai pas besoin. . . .

BRULARD

Bon! ça vous fera plaisir.

BLANCHE

.M. us je ne veux p.is.

BRULARD

Quelle bêtise! si je le veux. Je vous préviens que j'ai la

tête un peu dure, et que lorsque j'ai quelque chose là. . . du reste, je ferai tout ce que vous voudrez. . . Ouvrez le coffre.

BLANCHE

Mais si j'aime mieux , quand je serai seule.. .

Non, ouvrez donc, je veux jouir de votre surprise; d'ailleurs il faut vous parer, on nous attend dans la chapelle, et. . . ( Le cojjre s'ouvre.) Qu'est-ce que c'est que ça?

BLANCHE

Grâce, grâce pour lui.

ambroise, dans le coffre.

Ah! Monseigneur! ne me tuez pas.

TOUS

Ambroise !

brulard , le tirant du coffre.

Comment c'est toi! et d'où viens-tu comme ça?

ambroise , tremblant.

Monseigneur, je reviens de Pontoise.

BRULARD

Par exemple, c'est un peu fort; lui qui doit être mort depuis hier. Et pourquoi n'es-tu pas mort?

AMBROISE

Monseigneur, ce n'est pas ma faute, ni la votre non plus. Ces maudites oubliettes. . .

BRULARD

Tais-toi.

BLANCHE

Ah ! les oubliettes !

BRULARD

Laissez donc, c'est une plaisanterie, une pure plaisanterie.

Je n'osais reparaître devant vous, dans la crainte de retourner là-bas; et je venais ainsi , demander à Madame asyle et protection.

BRULARD

C'est bien , c'est bien ; je te pardonne de ne pas être mort, pourvu que les autres y soient restés.

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