‹ Les petits appartemensChapitre 242 sur 356 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

FINOT, BOULIN, boulin, entrant.

FINOT

M. Bonnard?

C'est ici, monsieur

BOULIN

Annoncez-moi, s'il vous plaît; M. Boulin.

finot, l'examinant.

Hein?... M. Boulin, de Caen... un cannais... le neveu de mon ancien maître !

boulin, le reconnaissant.

Comment, c'est toi, Finot ? par quel hasard te trouvé-je ici ?

finot.

Je suis au service de M. Bonnard.

boulin.

Du docteur?... parbleu! cela se rencontre a merveille ; tu vas me donner des renseignemens sur lui.

Impossible, monsieur.

boulin.

Pourquoi ? depuis que tu as quitté le chef- lieu du Calvados, serais-tu devenu discret , par hasard?

finot.

Non, monsieur, Dieu merci; mais que voulez-vous que je vous apprenne ? il n'y a qu'un quarl-d'hcure que je suis ici.

BOULIN

Je (lisais aussi...

FINOT

Ali ! <à , vous ue connaissez donc pas monsieur Bonnard ?

BOULIN

Si fait !... c'est-à-dire, nous ne sommes pas intimement liés, je crois même qu'il ne me connaît pas du tout, lui; mais j'ai vu quelquefois sa femme, sa fdle, dans le monde.

FINOT

Ah ! ça, pourquoi que vous prenez des renseignemens ?

BOULIN

Écoute, Finot ; tu es un bon garçon — je puis me fier à toi... in sais, ou tu ne sais pas, que mon oncle... mon respectable onde Duclos, de qui je tiens tout, veut absolument que je me marie ou que je prenne un emploi... C'est son idée, ;'i ce cher homme ! Il est charmant , mon oncle ; il croit qu'à Paris les femmes et les places... on n'a qu'à se baisser... Encore les places, on en trouve... par exemple, tiens, on m'offre en cas de guerre, un fort joli emploi dans les fourrages... existence assurée.

Pourquoi que vous n'acceptez pas?

BOULIN

Ah! voilà... tant qu'il n'est question que des appointemens, ça va encore , mais c'est le travail... c'est ce diable de travail .. Enfin, puisqu'il faut que je sacrifie ma liberté, de deux grands inconvéniens je choisis le moindre... et je prends une femme ; seulement, je tiens essentiellement à épouser une fille unique : remarque bien , je te prie, que je dis... essentiellement.

FINOT

Oui , monsieur, j'entends bien.

BOULIN

Mais c'est comme un fait exprès; dès que je me risque dans une famille, je suis tout étonné de voir arriver à la file une ribanbelle de sœurs, frères ou beaux-frères, qui n'en finit plus. Quelquefois, ce sont des veuves... et comme on les rencontre toutes seules dans le monde, on s'imagine. .. n'est-ce pas ?

FINOT

Oui, oui, monsieur.

BOULIN

Oui... eh bien! non, ellesontdesenfans... ça m'estencore arrivée dernièrement... une veuve 1res gentille, delà fortune, mais deux mioches, deux bambins jouissant de la meilleure santé. Quand j'ai appris cola... votre serviteur très humble ; j'ai tiré ma révérence.

FINOT

Pourtant , c'est si agréable d'avoir des parens !

BOULIN

Oh! je sais bien ce que tu vas me dire. Air du Château perdu.

Entre parens il n'est qu'une espérance, Car chacun d'eux reçoit également Ce que le ciel en commun leur dispanse ; El j'en conviens, ce partage est charmant. Est-ce un plaisir, il sourit davantage; Est-ce un chagrin, il semble plus léger. Mais un beau jour survient un héritage, Il est alors moins doux de partager.

FINOT

Il n'y a qu'en Normandie qu'on raisonne de cette force-là.

BOULIN

Mais, non; je t'assure qu'à présent on calcule très bien aussi dans la capitale. J'ai donc rencontré plusieurs fois dans le monde mademoiselle Bonnard, j'ai pris quelques informations, et j'ai acquis la certitude que cette intéressante personne possède toutes les qualités que je désire; la principale surtout.

FINOT

Fille unique !

BOCUN.

Fille unique ! tu y es... Tu as de l'intelligence , Finot.

FINOT

C'est ce que m'a dit monsieur votre oncle, le jour où je l'ai quitté.

BOULIN

De plus, le père est une supériorité médicinale; c'est pourquoi , voulant m'assurer de la vérité , je viens le consulter sous le prétexte de maladie. Tandis que je vais le faire jaser, toi, Finot, tu interrogeras les domestiques, s'il y en a.

FINOT

Oui, parce que s'il n'y en avait pas. ..

Tu ne pourrais pas les interroger , c'est parfaitement juste ; mais j'y pense ; dans tous les cas , n'avons-nous pas le portier ?

FINOT

Non, c'est une portière.

BOULIN

Raison de plus.

FINOT

Oui, parce que, comme dit la chanson : C'est notre portière Qui sait tout, Qui voit tout, etc.

Pourvu qu'elle soit à sa loge.., allons-nous on savoir !

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