EMILIE, RAYMOND, EDOUARD
RAYMOND, à Edouard <pii a pousse dehors les créanciers , et qui est prêt à les suivre.
Eh bien, M. Edouard, où allez-vous donc? est-ce que vous ne déjeunez pas avec nous?
EMILIE, tirant son. père par la basque de son habit.
Mais mon père, il n'y a rien.
RAYMOND
Comment, il n'y a rien... il y a M. Roussel.
EMILIE
Cela n'ajoutera rien au déjeûner... au contraire.
EDOUARD
J'accepterais avec plaisir 5 mais ne connaissant pas M. Roussel. . .
RAYMOND
Est-ce que je le connais davantage... Mais qu'est-ce que cela iViii? il est artiste, je suis artiste... il vi tûner
chez moi... ( à Emilie). Demain je te mènerai dîner chez lui... \ oilà comment cela se pratique... (à Edouard ). Ainsi, vous nous restez.
EDOUARD
Désolé, vous dis-jc... des affaires indispensables... de l'argent à toucher 5 mes loyers à recevoir.
Des loyers?... et mais en effet , nous voilà au quinze et c'est notre terme... {A Edouard qui veut sortir). Permettez donc... de Tordre avant tout... moi je ne connais que cela ; nous sommes entrés chez vous au mois de Jan\ ier et nous sommes... nous sommes...
EMILIE
En Octobre.
RAYMOND
Comment en Octobre! ( Comptant sur ses doigts ). Janvier... Février... Mars... mais, à ce compte, il y aurait donc trois termes de passés.... (<i Edouard ). Qu'est-ce (pie cela veut dire, monsieur?... et comment n'ai-je pas encore reçu une seule signification ?
( TT ) EDOUARD
Ali! monsieur... il n'était pas nécessaire. RAYMOND.
Eh ! comment , sans cela , voulez-vous que je sache qtfand mon terme arrive-, moi surtout qui suis fait aux huissiers., j'attendais toujours.
Air : Vaudeville du Vécu de six francs. Sachez que je ne pense guères A mes paieraens, à mes loyers; Et pour mieux gérer mes affaires , J'en laisse le soin aux huissiers.
En mes intendans ils se changent, Par eux seuls tout se fait chez moi; Et quand je n'en vois pas, je croi Que mes affaires se dérangent.
EDOUARD
Eh bien , monsieur , que cela ne vous inquiète pas , nous en reparlerons.
Qu'est-ce à dire, nous en reparlerons!., croyez-vous que je consente à loger chez vous gratis? moi , Raymond, moi artiste! parce que monsieur habite le premier, il se croit peut-être au-dessus de moi... qu'est-ce que c'est que cela ?
EDOUARD, avec un sang-froid comique.
Jenevois pas, monsieur, parce que j'aile malheur d'être riche, que cela vous donne le droit de me mépriser.
RAYMOND
C'est juste... c'est juste, mon ami, et je vous prie d'excuser un mouvement d'orgueil bien pardonnable dans ma position 5 pourquoi diable aussi voulez-vous avoir l'air de me faire grâce?
EDOUARD
Ce n'a jamais été mon intention , et la preuve , c'est que je vous demande votre loyer, et très-positivement.
RAYMOND
A la bonne heure; au moins vous voilà dans votre rôle de propriétaire., vous me demandez de l'argent... eh bien, moi... je vous répondrai en artiste... je ne vous en donnerai pas, parce que je n'en ai pas! mais le premier sera pour vous.
Air : Du Vaudeville de la Somnambule.
De vous payer bientôt j'ai l'espérance,
Mais sur le p> ix de mes loyers, \ oih devriez demander , quand j'y pense, Quelque chose â mes créanciers.
Pour quel molif ?
Avec eux tenez ferme !
Dans ce logis ils doivent sur ma foi , Payer an moins la motié de mon terme, Car ils y sont aussi souvent que moi.
EDOUARD
Je leur en prierai.... adieu, mademoiselle Emilie
adieu y mou cher locataire. (Il sort).