‹ Les petits appartemensChapitre 268 sur 356 · RAYMOND , EMILIE · texte numérisé non relu

RAYMOND , EMILIE

RAYMOND

Un charmant jeune homme, ce M. Edouard... mais il finira mal.

EMILIE

Et pourquoi?

R \YMOKD.

Parce qu'il n'a pas d'ordre... trois termes sans se faire payer!

EMILIE

Oh! vous lui en voudriez bien davantage, si vous aviez entendu sa conversation de tout à l'heure... car il n'a pas abandonné ses projets de mariage.

RAYMOND

Jespèrc que tu lui as répondu...

EMILIE

Sans doute, je lui ai dit que vous étiez décidément brouillé avec la fortune.

Du tout-, car j'ai passé ma vie à lui faire des avances auxquelles elle n'a jamais répondu... mais si jamais je deviens riche, je ne veux le devoir qu'à moi-même... je

n'entends pas que mon gendre rougisse de son beau-père; ou qu'il te reproche un jour de t'avoir épousée sans dot... toi qui en as une certaine , une réelle.

EMILIE

Moi , mon père !

RAYMOND

Sans doute... avant un an sociétaire... part entière.... trente mille livres de rente, hypothéquées sur ton talent.. voilà les fortunes que j'aime, les fortunes solides... et si M. Edouard en avait autant à t'oiî'rir, je n'hésiterais pas un instant, parce que c'est un brave garçon, franc, loyal, sincère, et qui par son caractère était digne d'être artiste ; mais pas d'élan, pas de feu créateur, il n'a pas surtout cet amour des arts et de la science qui rend capable de tout.

Air : De la sentinelle.

C'est pour lui seul qu'on brave les dangers : Cest pour lui seul tjUe les fils d'Esculape Vont en héros, sur des bords e'trangers, Chercher la gloire et la mort qui les frappe. De la science, ô sublime attribut!

A leur courage , à leur mémoire , Deux peuples doivent un tribut ; De l'Espagne ils sont le salut, Et de la France ils sont la gloire.

Mais ton M. Edouard... ce ne sera jamais qu'un millionnaire.

EMILIE

Quoi! mon père, vous croyez...

C'est impossible autrement, le talent vois-tu bien, veut être excité par l'aiguilk>n du besoin!., et le génie qui dine, le génie qui est sûr de payer son terme , ne fera jamais rien qui vaille! Enfin, tu le vois par toi-même: est-ce que je peux travailler quand nous avons seulement cinquante écus devant nous.

EMILIE

Cela n'arrive pas souvent.

RAYMOND

Heureusement..: que serait-ce donc si j'avais la fortune de M. Edouard... je serais ruiné.

LMILIE.

Oh! ruine!

Y, \YM0ND.

Oui, mademoiselle. ( On sonne ). Ali! mon dieu, qui est-ce qui sonne là? c'est peut-être M. Roussel, et rien n'est préparé... tu n'es seulement pas habillée.

I MILIE.

Qu'est-ce que cela fait?

RAYMOND

Comment, ce que cela fait?... tu ne prendras pas ta leçon de déclamation dans ce costume-là... (On sonne, criant à la porte ). On y va, on y va. ( Il appelle Emilie ). Dis donc, ma iille, mets une robe à l'Iphi génie, cela lui fera plaisir.

Oui , plus tard , je n'ai pas besoin d'être à ce déjeûner.

RAYMOND

Au contraire. (Il déclame). Vous v serez, ma fille. (La sonnette recommence ). Laissez donc la sonnette.

Air : Du Ménage de Garçon.

Ils vont me la casser, je pense , Et mes chcr3 créanciers, hélas!

Qui n'ont pas d'autre jouissance.

Demain que ne diraient-ils pas ?

Du plaisir que cela leur cause , Je ne puis les priver, je croi, Car c'est presque la seule chose ( Faisant la geste de compter de l'argent ). Qu'ils entendent sonner chez moi.

( On sonne encore, il va ouvrir).

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