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SCÈNE XII

RAYMOND, puis EMILIE.

RAYMOND

Dieux! quelle voix! et quels procédés! ma fille, ma fille;

♦ EMILIE

Eli Lien ! que voulez-vous ?

RAYMOND

Donne-moi la clef de mon piano... bon, la voilà. ( Ouvrant le piano. )

EMILIE

Que voulez- vous faire ?

RAYMOND

Ce que je veux faire?... du Rossini première qualité.

Air : De la légère , ou qu'un poète.

En musique ,

Je m'en pique , Je tie suis point fanatique.

Rossini, c'est l'homme unique , Le dieu d'aujourd'hui

C'est lui.

Paësiello dans son art Certes , vaut bien qu'on le cite.

Haydn a du mérite, Et j'estime assez Mozart ; Mais qu'on était dans l'enfance, Et quelle pitié , bon dieu!

Lorsqu'on admirait en France Grétry, Berton , Boyeldieu !

En musique , Je m'en pique , Je ne suis point fanatique.

Rossini , c'est l'homme unique, Le dieu d'aujourd'hui

C'est lui.

EMILIE

Eh ! mon dieu ! que vous a-t-il donc fait ?

( 22 ) RAYMOND

Ce qu'il m'a fait... attends donc... je crois que c'est dans son genre. ( Il chante en s' accompagnant. )

Troppo languir Per una bella , Mi fa morir Tra , la , la , la.

EMILIE

En vérité, je crois que mon père est devenu fou.

RAYMOND

Troppo languir Per una bella.

( Il se met à écrire et parle en même temps. ) A propos, tu ne sais pas... ton M. Edouard , ce jeune hommesi riche... (Semettanlà chanter. ) Troppo languir. EMILIE, vivement.

Eh bien ! mon père, M. Edouard ?...

RAYMOND

Aussi , tu m'interromps ; tu me fais perdre mon motif... un thème magnifique.

EMILIE

Que disiez-vous tout à l'heure de M. Edouard?

RAYMOND

Je dis qu'il y en a tant qui s'enrichissent , qu'il n'est pas étonnant que d'autres se ruinent.

EMILIE

M. Edouard, ruiné!., cehi n est pas possible.

RAYMOND

Non... un banquier... cela ne s'est jamais vu, il n'oserait pas... le voilà réduit à donner des leçons pour vivre.

Air : Un motif plus puissant , je pense. Ce revenu pourra bien lui suffire, S'il est vrai qu'il ait du talent.

EMILIE

Oui , j'en conviens , il en a : c'est-à-dire Il en avait, tant qu'il fut opulent.

Mais c'est ainsi dans cette grande ville, Pour du talent. . . cent fois j'en fus témoin,

On en a trop , tant qu'il est inutile , On n'en a plus , dès qu'on en a besoin.'

( Raymond chante la ritournelle de Voir, à demi-voix, puis très-fort, et dit à sa fille. )

RAYMOND

Tiens, ma fille, je t'en prie, fais un instant le second dessus... tra... la... la... la... la... et moi, la basse, voistu... pon , pon , pon , pon. ( On sonne ). Là , on vient encore m'interrompre au plus beau moment. ( On sonne toujours ^). Assez, assez, (se bouchant les oreilles) assez,., mon morceau qui est en si , et cette maudite sonnette qui me fait un ut continuel; si, ut, si , ut... drelin, drelin, dreliu... c'est fini... il faut que je change ou ma sonnette ou mon morceau.

( Emilie pendant ce temps a été ouvrir. )

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