SCÈNE IIL THÉRÈSE , JACQUES
JACQUES
Jarni , mademoiselle Thérèse, vous voilà levée de bon main... c est pas la peine de vous demander comment qu'r.a va? oujours fraîche , morgue, ni plus, ni moins... mais la mère >imon , comment qu'elle se trouve ce matin ?
THÉRÈSE
Toujours souffrante.
Quant à ce garnement de Philippe, je le quitteà l'instant.
THÉRÈSE
Où est-il donc allé ?
JACQUES
Faut-il le demander ? n'est-ce pas aujourd'hui le départ les recrues du village ? eu atteudaut votre réveil, et celui de
sa mère , il s'est levé à la hâte , et depuis quatre là , sur la place , qui leur donne des avis , qui
heures , il est li fait manœuvrer ces apprentis soldats , qui leur parle avec un feu... enfin c'est un enragé... quoi !
THERESE
Je le reconnais là... il aime tant l'état militaire, qu'il n'a quitté que depuis huit jours.
JACQUES
Oh ! ça , c'est naturel , quand ou a longtemps servi comme lui j et qu'on revient avec la croix et les gaîons de sergent , dam !.. il y a de quoi être fier... et moi donc , moi , j'suistout orgueilleux de ce qu'il est mon frère de lait : c'est pourtant vrai, c est mon frère... c'est drôle comme on se trompe ; il y a des gens qui vous disent : oh ! vous avez sucé le même lait , vous devez avoir le même caractère... joliment... moi , quand j'entends le tambour d'un côté, je me sauve de l'antre... et le meilleur, c'est que j'ai toujours été comme ça... on n'a jamais vu deux frères aussi peu ressemblans... t'nez , je me rappelle quand j éiais petit , que nous jouyons avec les aut' bambins , s il y avait quelques torgnoles à donner , ou à recevoir , moi , j'étais dlà... ( il fuit mine de s'enfuir ). Philippe était toujours delà( Use met en garde ). Et le jour donc , où je me laissai tomber dans le canal , près du moulin au père Jérôme, eu voulant rattrapper ma belle ligne de dix pieds... tout 1'monde lui criait : Philippe, reste-donc, ne l'expose pas , tu vas te faire moudre sous la grosse roue... ah! ben , oui, il était déjà dans l'eau , à me ramener au bord , contre vent et marée... c'pauvre Philippe , il y a gagné une Gère estafilade à la tête... sans lui je n'aurais plus le plaisir de vous voir... mais aussi , depuis c temps-là, je l'aime... je l'aime autant que vous , et < -'est tout dire... et dam, faudrait pas qu'où vint parler mal de lui devant moi... oh 1 oh! celui qui s'en aviserait... je lui dirais bien son fait. Enfin c'est un brave, là dans la force du terme... aussi dans ce village, c'est à qui le fêtera!., c est à qui lui fera queuqu' agacerie... on sait ben pour quoi... ces petites filles... ça ne demande que des maris... n'y ïi que vous qui n'en voulez pas • c'est pourtant pas faute qu i! s'en présente j car enfin... ou en vaut un autre... voyez plu tôt.
THÉRÈSE
Allons, Jacques, te voilà encore sur ce chapître-là... je •t'ai déjà dit de ne plus m'en parler.
JACQUES
Vous êtes donc décidée à ne pas m'épouser... vous ne savez pas ce que vous refusez... oh ! non , vous ne le savez pas... je vous rendrais si heureuse.
THERESE
Mais toi?
JACQUES
Eh bien !.. si vous êtes heureuse, c'est tout ce qu'il m'en faut.
THÉRÈSE , à part.
Excellent cœur!.. ( haut). Mon pauvre Jacques, ma résolution est prise j quelqu'avantage que j'y trouve , je n'épouserai jamais un homme dont je ne pourrais pas faire le bonheur.
JACQUES
Prétexte , mamzelle , prétexte , et pas autre chose.
Air : Va d' une science inutile.
C'est donc ainsi, qu' tout à votre aise,
Vous vous moquez de mon amour;
Mais apprenez , mamzell1 Thérèse ,
Qu' je n1 suis pas dupe d1 vot' détour.
]Ne m' trouvant pas assez aimable,
C'te défait' là vous convient mieux,
Et vous me rendez misérable,
Dans la craint' de n1 pas m rendre heureus.
THERESE
La mauvaise humeur te rend injuste , réfléchis., tu sais que je sais orpheline , sans fortune.
JACQUES
Et moi donc! est-ce que je ne suis pas propriétaire... deux grands arpens... tout ça pianté en pommiers d'une venue magnifique... avec ça que c Vannée nous avons eu une récolte superbe... des pommes grosses comme ma tète... dieu! la bonne année! les belles pommes! encore une vendange comme celle-là , et ma fortune est faite.
THERESE
Encore une fois , mon ami , je ne puis t'écouter,
Et c'est là ce que vous m'annoncez , après deux ans de soupirs?
Thérèse , malignement.
Comment ! il y a deux ans ?
JACQUES
Oui , mamzelle... faut pas qu'ca vous étonne... il y deux ans... mais après ce que vous me dites là
THÉRÈSE
Cela te fait donc de la peine?
JACQUES, dépité.
Moi!., bcn du contraire, vous me faites plaisir, et beaucoup de plaisir encore... je cherchais l'occasion de vous haïr... je suis beu aise de l'avoir trouvée.
THÉRÈSE
Tu pourrais me haïr ?
JACQUES
Je ne dis pas ea... mais pourtant j'y ferai tous mes efforts.
THÉRÈSE, en s'en allant.
Alors, c'est toi qui seras un ingrat; car je t'aimerai toujours... adieu , Jacques... adieu, mon ami.
JACQUES
Adieu , mamzelle.