‹ Les petits appartemensChapitre 313 sur 356 · JACQUES, PHILIPPE · texte numérisé non relu

JACQUES, PHILIPPE

Philippe , à la cantonnade.

Je ne vous dis pas adieu , mes camarades; dans une heure nous nous reverrons... ( à Jacques). Quelle belle et vaillaute jeunesse! quel enthousiasme!., comme ça servira bien son Roi !.. ah! mon pauvre Jacques , cela me rappelle mon départ !.. t'en souviens-tu ? sais-tu qu'il y a longtemps ?

Pardi! si je m'en souviens! comme si c'était hier : il me semble encore te quitter là , au bout de l'avenue , au pied de ce gros peuplier ! quel cidre nous y avons bu ! je n'ons jamais repassé depuis à c't'endroit-là , sans songer à toi... t'étais pas trop gai , au moins !

Philippe.

Je pensais à ma mère, à mon pauvre père... hélas, je ne devais plus le revoir.

JACQUES

Air : Le choix que fait tout le village.

Oui , j' m'en souviens , tu montras du courage, Quand de ces lieux il fallut t'exiler ; Mais cependant au bout de ce village, J' vis duus Us yeux quelques larmes rouler. Les Frères. 3

( io )

PHILIPPE

J'abandonnais mes parens , ma chaumière, Ali ! l'on peut bien excuser mes douleurs! Peut-on quitter son pays , son vieux père, Et ue pas répandre des pleurs !

JACQUES

Mais enfin , te voilà revenu , c'est l'essentiel.

PHILIPPE

Revenu , oui... mais sans la promesse que j'avais fait à ma bonne more de retourner au village pour la consoler, vivre près d'elle , et lui fermer les yeux ; malgré tant d années de service, je serais resté soldat , et j'aurais conservé à mon pays un défenseur de plus. Mais d'autres vont me remplacer... ainsi va le monde , mon vieux camarade...

Air : Du Magistrat irréprochable.

Ils vont, en reprenant nos armes, Rajeunir nos vieux bataillons.

Quand du repos, goûtant les charmes, Maints vieux guerriers retournent aux sillons. De ses enfans la France peut attendre Le dévouement qu'ils doivent lui prouver ; C est à leur tour de la défendre, Au nôtre , de la cultiver.

JACQUES

Ah ! te voilà toujours , je te reconnnais bien là... et quand ces jeunes geus-là reviendront , ra fera de jolis cadets... jurer, boire , fumer, avoir des moustaches...

PHILIPPE

Tu en veux bien à nos pauvres moustaches!

JACQUES

C'est plus fort que moi... je n'aime pas à les regarder... Brrr...

PiiiUPPE , riant.

Tuas toujours été poltron !

JACQUES

Poltron n'est pas le mot... mais dis-moi , je t'en prie, à quoi que ça te sert ? si j'étais de toi , j'aurais bientôt fait... vas... crac...

Philippe , avec force.

Les couper ! mille bombes !

Là... là... ne te niche pas!., c'est un avis que je te donne 5 mais lu n'es pas obligé...

PHILIPPE

Air : Du vaudeville du Code et l'Amour.

A les conserver je m'attache, Apprentis donc ici, mon ami , Que s'il Je fallait nos moustaches F'raient encor trembler l'ennemi.

JACQUES

Pourtant, j' saisqu' dans plus d'un' bataille, Où l'on admira nos soldats , Parmi ceux cpi' frappa la mitraille , ï eu avait tpii n'en avaient pas,

PHILIPPE

C'est vrai 5 mais tu me fais oublier là , tout en jasant , que je n'ai pas encore vu ma mère aujourd'hui... au revoir.

JACQUES

Un instant !.. avant que tu ne rentres , je voudrais te dire un mot , j'ai besoin de toi.

PHILIPPE

De moi!., et pourquoi faire?

Jacques, avec mystère.

Il est bon que tu saches que je suis amoureux.

Philippe , surpris.

Ah ! bah !

JACQUES

Eh! mon dieu , oui , malheureusement.

Comment !.. tu n'es donc pas aimé?

JACQUES

Oh ! vois-tu... l'histoire de la coquetterie... on est bien aise de me faire enrager , on me rebute.

PHILIPPE

Eh bien ! que puis-je faire pour toi ?

JACQUES

11 faut lui faire des reproches sur la manière dont elle agit avec moi... car, vois-tu, je croîs que j'ai...

( « ) PHILIPPE

Un rival.

JACQUES

Juste.

PHILIPPE

On lui coupe les oreilles.

JACQUES

Bah ! bah ! couper les oreilles ! v'ià de tes moyens., et puis je ne vois pasà quoi <;a pourrait m'avancer , quand j'aurai un rival qui n'aura plus d'oreilles... d'ailleurs * elle ne m'a pas dit qui c était qu'elle me préferait -} c'est pour ça que je veux que tu la fasses jaser.

PHILIPPE

Et c'est un vieux soldat que tu charges de négocier une affaire d'amour... crois-tu que j'inspirerai plus de conliance que toi?

JACQUES

Oli ! beaucoup plus ; parce que moi , c'est unique comme j'ai l'air bëte , à parler de ces choses-là.

riIILIPHE.

Allons, si cela peut te faire plaisir ; touche-là , je parlerai.

JACQUES

Ta parole !

niiLiPPE.

Tu peux y compter.

JACQUES

DUO

Musique de M. Heudier,

Tu commenceras pnr lui dire Que j1 brûlons d être son mari.

PHILIPPE

Mais d'abord, il faillirait nVinstruire Du nom de cet objet chéri.

JACQUES

C'est Thérèse»

PHILIPPE

O surprise extrême.

Thérèse !

ENSEMBLE

ENSEMBLE

JACQUES

Oui , c'est elle que j'aime, J' nie repos' sur toi , mou cher aoii , Mais qu'as-tu doue?

PHILIPPE , à part j et douloureusement.

Il l'aime aussi.

JACQUES

Daris mon cœur reuait l'espérance, Eu toi je mets ma conliance.

Ami, je compte sur ta foi , Tu parleras comme pour toi.

PHILIPPE

S'il est aime , plus d'espérance, l 'ois-je trahir sa confiance?

Non . l'amitié m'en fait la loi, Je parlerai comme pour moi.

JACQUES

Dis-lui hien , dis-lui , mon ami , Qu' si son cœur répond à ma flamme, On n trouv'ra pas danse' pays-ci D' mari plus soumis à sa femme.

Philippe, à part.

Grand dieu! s'il savait quel souci, Quelle peiue il me cause ici.

JACQUES

O ! doux espoir ! bonheur extrême!

J'épouserai celle que j'aime, Puisqu'un ami doit aujourd'hui Doit lui parler comme pour lui.

PHILIPPE

O chagrin ! ô douleur extrême !

Il aime aussi celle que j'aime, Mais il le faut , dès aujourd'hui , Je vais pailer, parler pour lui.

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