PHILIPPE, THÉRÈSE
THERESE
Cousin , je vous clierchais.
PHILIPPE
Et moi aussi : j'allais rentrer , car j'ai deux mots à vous dire.
THERESE
A moi !
PHILIPPE
Parlez-moi franchement , Thérèse , vous savez combien je vous aime.
THÉRÈSE
Que voulez-vous dire ?
PHILIPPE
Pendant mon absence , vous êtes grandie , embellie , et jolie comme vous l'êtes, vous avez eu , n'est-ce pas , le désir de vous marier ?
THÉRÈSE, embarrassée.
Pendant votre absence , non, mou cousin , je n'y ai jamais pensé.
PHILIPPE
Mais , s'il se présentait un parti convenable 5 si un homme
plein d'honneur , jeune encore , capable de vous rendre heureuse , et qui vous adore... aspirait à votre main... tiiérèse, à part.
Voilà où je l'attendais... ( haut ). Mais...
phimppe.
Vous l'accepteriez... hé! bien, Thérèse, cet homme, c'est mon meilleur ami.
THÉRÈSE
Votre ami !
PHILIPPE
C'est Jacques.
THERESE
Jacques !.. ( à part ). Ah ! dieu... je me suis trompée.
PHILIPPE
Vous ne répondez pas.
THÉRÈSE , avec embarras.
C'est de votre amitié , que j'attends un conseil.
PHILIPPE
De moi !
THÉRÈSE , de même.
Oui , cousin , et je ne vous consulterais pas , si je connaissais quelqu'un qui m'aimât plus que vous,
Philippe, vivement.
Oh ! personne... personne , chère Thérèse.
THERESE
C'est votre cœur que je dois consulter... Jacques peut-il me convenir?
PHILIPPE
Air : A soixante ani.
Si c'est mon cœur que le votre interroge , Oui, cet hymen pourrait vous convenir.
THÉRÈSE , à part.
Ali! dieu! c'est lui , qui nie l'ait son éloge.
PHIMPPE.
Ainsi que moi , Jacques sait vous clicrir; Tout son bonheur est de faire le vôtre, Dans l'infortune il serait votre appui.
( i6) THÉRÈSE , à part.
Pourquoi faut-il qu'il parle pour un autre? J'aimerais tant qu'il me parlât pour lui.
PHli IPPE.
Eh! bien! Thérèse, vous gardez le silence !.. Que dire à Jacques ?
THTRESE.
Dites-lui qu'il a mon estime... mon amitié... mais que mon amour...
PHILIPPE
Eh ! bien ?
THÉRÈSE , timidement.
Est pour un autre.
PHILIPPE
Pour un autre!.. Ah! Thérèse! quel chagrin pour ce pauvre Jacques... et pour vos amis!., car Jacques n'est pas le seul à plaindre... vous nous quitterez...
THERESE
Je n'ai pas dit cela , cousin , c'est au contraire pour ne pas me séparer des personnes qui me sont chères...
PHILIPPE
Mais celui que vous avez choisi , partagera-t-il votre amitié pour nous?
THERESE
Oh! j'en réponds... et si vous le connaissiez...
PHILIPPE
Thérèse n'a pu faire un choix indigne d'elle.
THÉRÈSE
Oh ! non... et j'avais l'intention de le faire connaître à Jacques , j'ai pensé qu'un billet...
rniLiPPE.
Vous lui avez écrit ?
THÉRÈSE
J'avais compté sur votre complaisance... un mot de votre maiu...
PHILIPPE
De ma main !.. y songez- vous?
Vous me refusez ! .
Moi ! vous refuser.
part ). Grand dieu !.
THERESE
PHILIPPE
.seulement je voulais vous dire... (à ( hnut ). Mais parlez, Thérèse... que de 3
duis-je écrire à ce pauvre Jacques v
THERESE
Air : Il m'en souvient , longtemps ce jour.
Dites-lui pour l'affliger moins,
Et si cet avis est 1* voire ,
(^)ue pourtant , sensible à ses soins ,
J'avais déjà fait choix d'un autre...
Que son rival, ( à part ). ingrat, ou non,
De mon cœur hélas! est le maître...
PHILIPPE, avec embarras.
Et s'il me demande son nom ?
Thérèse M les yeux baissés.
Ne signerez vous pas la lettre?
Oui , s'il voulait Savoir son nom ,
IVaurez-vous pas signé la lettre i
PHILIPPE
Quoi ! chère Thérèse! je serais assez heureux !..
THÉiiÈSS* Qu'allez-vous penser de moi '.' \ous faire un tel aveu...
PHILIPPE
Air : Du Vaudeville du Michel. ( avec la ritournelle chantée ).
Pour mon cœur , (^uel moment enchanteur! Tes aveux , Thérèse, comblent tous mes vœux.
THKI'.ÈSE.
A celle que Ion cœur préfère , Promets- tu bien amour constant?
PHILIPPE
J'en jure, foi de militaire, Thérèse, reçois mon serment.
THERESE
A ta promesse , ah ! mon cœur s'abandonne , Mais ce serment qui va nous réunir , Songe, Philippe, à ne pas le trahir.
Les Frères. 5
PHILIPPE , vivement.
Je n'ai jamais trahi personne.
ENSEMBLE
Pour mon cœur, etc.
THERESE
Mais , nous parlons de bonheur , et peut-être , hélas ! sommes-nous à la veille d'être bien malheureux.
PHILIPPE
Comment ?
THÉRÈSE
Monsieur Morin est venu ce malin.
Pour ces huit cents francs que lui doit ma mère ?
THÉRÈSE
Oui... et si aujourd'hui même., ma tante ne lui compte pas cette somme...
PHILIPPE
Ne pleurez-pas, Thérèse... eh! bien, que fera-t-il ?
THERESE
Il fera vendre demain , la maison et tous les meubles.
PHILIPPE , avec force.
Le misérable ! vendre la maison de ma mère ?
THERESE
Il doit revenir.
PHILIPPE
Je l'attends.
THERESE
Je vous en conjure , mon ami j ne le fâchez pas ! c'est un méchant homme.
PHILIPPE
Vendre la maison de ma mère !
THERESE
Contraignez-vous, Philippe, le voici:
PHILIPPE
J'ai peine à contenir mou indignation.