ALICE, CATHERINE
CATHERINE
Voilà M. Bertrand qui s'éloigne! pourvu qu'il lasso une bonne chasse et qu'il gagne les deux cenls carolus.
ALICE
Ah ! je n'y tiens pas...
CATHERINE
Oh, sans doute! elle ne tient qu'à M. Bertrand son amoureux! est-elle heureuse... je vous le demande!
ALICE, soupirant.
Heureuse !
CATHERINE
Dame! quand on se mairie ! et si j'étais à ta place...
ALICE
Y penses-tu? toi qui es une demoiselle noble!...
Je suis demoiselle, c'est vrai , du chef de ma mère, qui avait un peu dérogé en épousant un simple écuyer ; mais cette noblesse-là , et les vingt écusde rente que j'ai pour la soutenir , ne m'auraient pas empêchée de mourir de faim, comme une simple vassale, si le concierge de ce château, maître Raimbaud, ton parrain et mon tuteur, ne m'avait pas prise avec lui.
ALICE
C'est vrai... orphelines toutes deux , il nous a élevées... nous sommes à sa charge... et il ne serait pas fâché de nous établir... c'est tout naturel.
CATHERINE
Oui, mais ce qui ne l'est pas, c'est qu'il commence par toi... et à cause des prérogatives de ma naissance... il me semble qu'il devrait...
ALICE
Quoi ! tu voudrais épouser Bertrand ?...
CATHERINE
C'est un rustre, c'est vrai ! mais ce rustre est le plus beau parti du pays; de bonnes terres au soleil... et de plus, fauconnier de messieurs les éche\ ins de la ville de Vezelai; c'est là une place qui donne delà considération, et quand on est noble on lient à la considération.
ALICE
Eh bien! moi, je n'ai pas d'ambition , et si tu pouvais
m'enlever mon prétendu...
CATHERINE, avec joie.
Que dis-tu?... [fie reprenant.) Certainement ce n'est pas que j'y tienne non plus, mais pour te rendre service... Dis donc, Alice, pendant que nous sommes seu-