CÉCILE, MARGUERITTE
MARGUERITTE
Déjà levée mamzelle Cécile !
CÉCILE
Ah ! c'est vous, bonne Margueritte... Est-ce que monsieur Gustave va descendre?
MARGUERITTE
Brrr!... il est sorti dès six heures du matin... un jeune médecin ça ne peut se donner de bon temps... c'est bon pour monsieur Filerin votre père... un doyen de la médecine... son affaire est faite à lui , aussi il se soigne, il s'dorlotte... faut voir... il choisit ses malades... n'ayez pas peur qu'il mette le pied dans une maison où il y a du danger...
Air : Adieu , je vous fuis bois charmant. Dans ses visites on prétend Que 1' moindre contact l'épouvante} Il craint la rougeol' d'un enfant, Il craint la fièvre intermittente.
Plus d'un' fois il en a pâli, Et je crois malgré ses brarades, Qu' si ses malad's ont peur de lui.
Il a bien plus peur d* ses malades.
CÉCILE
Margueritte...
MARGUERITTE
Dam , mamzelle , c'est vrai... pour un médecin , vot' père craint toutes les maladies...
Cécile , souriant.
C'est qu'il les connaît...
Il ne devrait pourtant pas en frire fi ! car ce sont elles qui lui ont donné de bonnes rentes... de belles maisons; témoin
celle-ci dans laquelle il nous loue cet appartement , un peu
cher à la vérité, vu que c'est un confrère
CÉCILE
Il n'osait loger monsieur Gustave...
MARGUERITTE
A cause de son amour pour vous... faut pas rougir de ça, raamzelle monsieur Gustave mérite bien votre amitié.
CÉCILE
Il est si aimable... si généreux?
MARGUERITTE
Et du talent!... et du courage!... quand il partit des eaux de Bagnères pour l'Espagne , tout le moude disait c'est un fou... moi -même la première...
CÉCILE
Ali! ma bonne Mar guéri tte... quel voyage !
MARGUERITTE
Avons-nous tremblé!... et pleuré ensemble!... Ali! il le sait... je le lui avons dit!...
CÉCILE
Je crois que vous n'aviez pas besoin de le lui dire !...
Mais à présent que le voilà de retour , c'est à qui chantera ses louanges... il est cité dans le journal...
CÉCILE
Qui n'admirerait pas sa conduite , et celle de ses généreux compagnons.
Air : Depuis longtemps j'aimais Adèle.
Un peuple entier dans sa reconnaissance, Bénit leurs soins et leurs noms révérés.
Ils ont trouvé leur récompense
Dans les maux qu'ils ont réparés.
Si tant de fois aux rives étrangères, Ils ont bravé les dangers ennemis ;
Que feraient-ils donc pour leurs frères?
Que feraient-ils pour leur pays?
MARGUERITTE
En vérité, je ne sais pas comment votre père peut balancer à en faire son gendre; ah! si monsieur Gustave le voulait bien!... il n'aurait qu'a dire un mot... parce qu'après tout ,
quand on a des obligations aux gens... faut les reconnaître!...
CÉCILE
Des obligations à monsieur Gustave!., expliquez-vous. Margùeritte?
MARGUERITTE
Ah! si ferions sûre que vous fussiez aussi discrète que moi...
CÉCILE
Parlez ?
MARGUERITTE
Vous souvient-il d'une certaine nuit , il y a aux: environs de six mois qu'on carillonnait , c'était une bénédiction ! Monsieur votre père était si furieux le lendemain contre ceux qui avaient troublé son sommeil !
CÉCILE
Eh! bien?
MARGUERITTE
C'était une chaise de poste qui venait le chercher de la part de madame de Sainville de Chartres , dont la fille était au plus mal.
CÉCILE
Madame de Sainville !.. Chartres... mon père ne connaît pas!...
MARGUERITTE
C'était peut-être... un de ses amis qui l'avait indiqué à cette dame, ou bien sa réputation... tant y a que monsieur Gustave revenait du bal , ce bon jeune homme sachant que monsieur Filerin ne sort jamais de nuit, fit cesser le carillon , et sans rien dire monta à sa place dans la chaise de poste.
CÉCILE
Cher Gustave !
MARGUERITTE
Je voulais m'y opposer... mais pas moyen... si l'on venait à savoir dans le monde , que le père de Cécile a préféré son repos à la santé de ses malades , me dit-il , cela lui ferait un grand tort... je pars, et si j'ai le bonheur de sauver mademoiselle de Sainville, c'est lui qui en aura tout l'honneur
CÉCILE
Quoi , c'est sous le nom de mon père... et moi qui lui ai tant de fois reproché cette absence.
MARGUERITTE
Ah! vous m'avez bien fait donner au diable avec votre jalousie.
CÉCILE
Je ne m'étonne plus si mon père reçoit tant de cadeaux de cette ville là.
MARGUERITTE
Ça me fait assez de mal de les voir passer... des paniers de vin... des caisses de liqueurs... des pâte's... des bourriches grosses comme moi ?
CÉCILE
Air : De Fvlie et Raison.
Quel généreux silence'!
Ali! j'éprouve en ce jour Que la reconnaissance Peut accroître l'amour.
MARGUERITTE
Songez que la moindre imprudence
Près d' monsieur Gustav' me perdrait,
Et (acliez cette cofidence
Comme il a caché le bienfait.
Ç CÉCILE
j Quel généreux silence !
J MARGUERITTE
E/lSCinblc. \ Gardez bien le silence; j Vous voyez en ce jour I Qu: la reconnaissance >■ Peut accroître l'amour.