SCÈNE II
Les Mêmes , GUSTAVE , costume noir élégant j Un Domestique , avec des papiers.
Gustave , à Margiieritte.
Te voilà descendue, ma bonne Margucritte?
MARGUERITTE
Faudrait-y pas rester au lit , tandis que vous êtes à courir?
GUSTAVE , appercevant Cécile.
Va Cécile aussi !... ( // lui baise la main).
I I i I LE .
Vous avez été matinal aujourd'hui !
(il sr \\ E.
J'étais inquiet... quelques malades... mais grâce au ciel!... ils vont beaucoup mieux!
MARGUERITTE
Allons! nous voilà tout en nage!
GUSTAVE
C'est que je sors d'une consultation!
MARGUERITTE
Et vous vous êtes encore disputés ?
GUSTAVE
Non, j'étais tout seul. C'était lortl Tristaire, ce jeune anglais qui se croit mort dès qu'il manque d'appétit • je le trouve ce matin au plus mal , à ce qu'il disait, je ne contrarie jamais un malade, mais tout en convenant du danger du jeune lord , je le fais monter à cheval , je l'emmène au bois de Boulogne : je le tiens trois heures toujours au galop.
Air : Vers le Temple de l'hymen.
Au lieu d'être fatigué De sa longue promenade, J'ai vu prendre à mon malade Un air satisfait et gui.
J'ai prescrit à lord Tristaire Une volaille légère, Quelques flacons de Madère, Et je viens de le quitter A l'instant où, raisonnable, Milord se mettait à table Pour finir de se traiter.
CÉCILE , souriant.
Il y a du plaisir à suivre vos ordonnances.
GUSTAVE
Ah! je ne les donne pas toutes au galop... vous permettez ?..
CÉCILE
Certainement !
GUSTAVE
C'est que j'ai à vous parler sérieusement! ( le domestique lui donne un paquet). U ne invitation de bal chez la Baronne?
CÉCILE
Comment, monsieur, encore un bal?
GUSTAVE
C'est moi qui le lui ai ordonné pour ses nerfs... ses vapeurs , le remède est sûr.
MARGUERITTE
Oh ! nous avons déjà guéri madame la duchesse d'Olbretue comme ça.
GUSTAVE , ouvrant plusieurs lettres,
Ah! monsieur le comte d'Orgeville, c'est grave; il est revenu des élections très-mécontent, nous ne pouvons pas guérir ces maladies là. ( ouvrant d'autres billets ). Lu concert pour
ce soir, oli ! j'irai. ( il ouvre encore). A sept heures, le bureau des consultations gratuites ; ma foi , adieu le concert... André, mettez tout cela sur mon bureau. ( André sort).
< ÉCILE.
Si mon père était ici , il ne comprendrait rien à votre méthode , des bals , des concerts.
M \KGrVKITIE.
Il ne faut pas être trop malade pour prendre ces remèdes là.
GUSTA"V l .
Croyez-VOUS, chère Cécile, que je puisse maintenant renouveler ma demande auprès de monsieur Filerin; il ne m'a jamais reproché que de ne pas m' occuper assez de ma fortune.
CÉCILE
Mon père a raison , monsieur Gustave ; vous ne pensez qu'à vos malades... et ce n'est pas comme ça qu'on fait son chemin aujourd'hui... pourquoi ne pas vous présenter chez le ministre.
MARGUERITTE
Monsieur votre père dit qu'on y trouve d'exccllens malades. GUSTAVE.
Qu'irais-je y faire?
CÉCILE
Solliciter, monsieur.
C'est un métier !...
MARGUEP.1TTE.
Ali! oui, les commencemens en sont durs , mais on ne s'en souvient plus quand on a réussi... enliu monsieur , il n'est pas défendu de se faire valoir.
Ci: ci LE.
Sans doute!... avez-vous envoyé votre ouvrage au ministre?
GUSTAVE
Ma foi je l'ai oublié... mais son excellence doit en avoir entendu parler.
CÉCILE
Allons, il y a de l'espoir , l'auteur est moins modeste que le médecin. ( On sonne ). Ah! mou dieu, c'est mon père... il est d'une humeur ce matin... on aura oublié de lui porter sa tasse de tilleul.
Air : De lu Cloàkette, Je l'entends . je l'entends, Il faut que je vous quitte.
Ensemble
GUSTAVE
Un moment!
CECILE
Je l'entends.
( On sonne plus fort ).
Je m'esquive au plus vite, Voyez, voyez, voyez comme il s'irrite!
Je l'attends, Ah ! qu'il vienne au plus vite.
Je l'a'tends, Je l'attends.
CÉCILE
Je l'entends, Il faut que je vous quitte.
Je l'entends, Je l'entends
Elle sort ) .
MARGUERITTE
Je l'entends, Il faut qu'elle nous quitte.
Mes enfans , Je l'entends.
Gustave , regardant.
Quel est donc le jeune homme qui l'accompagne.
MARGUERITTE
C'est monsieur Bernard , un nouvel élève en médecine , qu'il a pris pour faire ses courses !
SGÈWE IV.
Les Mêmes , FILERIN , BERNARD , Filerin est en costume noir antique , Bernard costume simple de couleur, visage pâle , il porte plusieurs gros volumes sous son bras.
filerin , à la cantonnade* Que diable, Babet, fermez donc la fenêtre de votre cuisine, cela donne des courans d'air quand on passe dans le corridor., il n'y a rien de pernicieux comme cela. {Appcrccvant Gustave). Ah! ah! bonjour, mou cher confrère, enchqntc de vous voir... j'ai à vous parler.
Monsieur Filerin , je suis à vos ordres.
( io) filerih , à Bernard.
Ah ! ra tu n'oublieras pas mes commissions.
BERNARD
Aller savoir des nouvelles de...
FILERIN.
Il n'est pas question de malades; tu vas remettre ees diï exemplaires démon traité sur la digestion, à leur adresse... surtout je te recommande celui du ministre.
l - RNARD.
Doré sur tranche.
FJLEIUN.
Avec ma demande de la place de médecin en chef.
1 ÉRNARD.
La voilà... après 1 Y-pitre dédieatoire.
filerin.
Tu connais l'hôtel du ministère.
BERNARD
Pardi, monsieur, depuis que j étudie la médecine chez VOUS je ne sors pas des bureaux. ( // ra pour sortir ).
FILERIN.
Ah! informe-toi chez monsieur le Marquis, si c'est bien la rougeole que ses enfans ont dans ce moment, parce que je n'y mettrais pas les pieds.
BERNARD
Oui , monsieur. ( 77 sort ).