FH.ERIN
Et puis , avec votre caractère , je suis sûr qu'il y en a les trois quarts qui ne vous payent pas.
GUSTAVE
Air : Ce Magistrat irréprochable.
Mon cher docteur tout se compense;
Mes soins, j'en conviens franchement,
Coûtent fort cher à l'opulence,
Et jamais rien à l'indigent.
Par ce calcul, avec adresse,
Ménageant les infortunés,
Je fais payer à la richesse
Les soins qu'au pauvre j'ai donnés.
FILERIN.
Eli! bien , moi , monsieur, je fais payer tout le monde.... pas de partialité... voilà comme je suis... je vous le dis tout net , vous avez de très-mauvais principes j je ne vous parle pas de ceux que vous adoptez en médecine... vous donnez dans toutes les idées nouvelles.
GUSTAVE
Je m'éclaire des levons de l'expérience, j'étudie la nature...
FILERIN.
Est-ce aussi par amour pour la nature , que vous appliquez à notre art des amusemens frivoles.
J'égaye mes malade.
FILERIN.
Tous envoyez l'un au concert.
FUSTAVE.
La musique est un remède souverain.
FILERIN.
L'autre au bal, à l'Opéra...
GUSTAVE
Cela leur procure un sommeil agréable!
FILERIN.
Eh! monsieur, dix grains d'opium les feraient encore .. dormir!... du moins cela ferait plaisir à l'apothicaire... car enfin monsieur, vous qui voulez que tout le monde vive... 'vous ne songez pas aux apothicaires !... j'ai toujours été leur providence, moi!... demandez-leur les mémoires qu'ils font avec moi !... comment voulez-vous qu'ils s'y retirent, ces pauvres apothicaires , avec un concerto , une gavotte et toutes ces drogues là !...
GUSTAVE
Air : Du vaudeville du Méléagre champenois. Oui , dans mon art ma seule boussole Est la nature et la snine raison.
Eh ! que m'importe un moyen frivole, Dès qu'avec lui j'obtiens la guérison.
FILERIN.
Q'ioi , sans frémir, je verrais à ma barbe L'art avili, le quina détrôné, Abandonner notre antique rhubarbe Et supplanter la ca^se et le séné, Qu'ordonnez-vous à la jeune fille Dont chaque jour semble accroître l'ennui ? Je crois, monsieur, qu'un pou Je camomille, De laudanum. . .
GUSTAVE
Moi , j'ordonne un mari.
FILERIN.
"Aux vaporeux?
GUST AVE
Il faut de la musique.
FILERIN.
Puis aux bilienx?
GUSTAVE
J'ordonne un peu d'amour.
FILERIN.
Mais aux nerveux?
GUSTAVE
Jamais de politique.
FILERIN.
A l'hypocondre?
GUSTAVE
Une walse par jour.
FILERIN.
Vit-on jamais près de leurs malades,
Pour leur guérir la rate ou le cerveau,
Noire Hypocrate es.-ayer des roulades
/ Et Galien danser le fandango.
ensemble. { °
GUSTAVE
Mon premier soin, près de mes malade*, Fut en tout temps d'égayer leur cerveau S'il le fallait j'essayerais des roulades Et danserais jusques au fandango.
FILERIN.
C'en est assez, monsieur... comment voulez-vous que moi, qui exerce depuis quarante-six ans , j'aille donner ma fille à un homme qui de'daigne la vieille école.
GUSTAVE
Monsieur Filerin !
FILERIN.
A un insouciant qui se contente de gue'rir ses malades, comme s'il y avait là de quoi se vanter ! à un homme qui fait des voyages sans en tirer parti.
GUSTAVE
Qu'est-ce que vous dites?
FILEFUN.
Je vous connais, je suis sûr que votre voyage d'Espagne lu> ïnéme ne vous sera d'aucune utilité.
GUSTAVE
Air : II me faudra quitter l'empire.
Si dans ce pénible voyage,
J'ai sauvé quelques malheureux, Ou si du mal maîtrisant le ravage,
J'arrêtai ses progrès afTreux; Enfin, monsieur, de notre belle Franye Si j'éloignai ce fléau destructeur,
Est-il donc une récompense
Qui puiise valoir ce bonheur.
FILERIN.
Il nie paraît que vous vous en contentez, car je ne vous ai pas rencontre une seule fois chez les ministres.
GLSTAVE.
J'y vais quand ils sont malades!
FILERIN.
Oui... eh! bien, voilà la différence, monsieur, c'est «pie je n'y vais pas quand ils sont malades, parce que quand ils sont malades, ils sont de mauvaise humeur; ils refusent toujours...
SCÈSE Vil.
Les Mêmes , le Domestique de Gu-ta\ e.
LE DOMESTIQUE
Monsieur Gustave !
GUSTAVE
Que veux-tu?
LE DOMESTIQUE
Eh! vite... eh! vite, monsieur le duc d'Ambrefeuille vous envoyé chercher... il a la migraine.
J'y passerai dans la journée !
FILERIN.
Comment, le duc d'Ambrefeuille vous fait appeîler,et von» n'y volez pas sur le champ.
GUSTAVE
Une migraine !
FILERIN.
Il n'y a point de petites maladies chez un grand seigneur.
SCÈ^E VIII.
Les Mêmes , MARGUERITTE.
MARGUERITTE
Monsieur Gustave?...
GUSTAVE
Qu'est-ce donc , Marguerilte?
M VRGUERITTE.
Ce pnuvre Jérôme, notre porteur d'eau, qui loge là haut, v là deux jours qu'il ne peut pas travailler.
GUSTAVE
J'y cours.
FILERIN.
Eh ! bien , et monsieur le duc ?
GUSTAVE
Il attendra Une migraine...
' FILERIN.
C'est affreux! abandonner ses meilleurs malades !... Eh! bien , monsieur , à votre refus , j'irai en me promenant Yoir monsieur le duc d'Ambrefeuille !
GUSTAVE
Eh ! bien, vous le voyez... j'étais bien sûr que monsieur le duc aurait trente médecins pour un... Et mon pauvre porteur d'eau n'a pas à choisir... (à Margueritte). Margueritte, faites porter du bouillon , du vin , chez Jérôme , le besoin est une terrible maladie... [à Filerin). Docteur, vous permettez, les malades avant tout !.. ( // sort avec Margueritte ) .
SCÈ]NE IX.
FILERIN, seul.
Du bouillon... du vin... Encore un charlatanisme de la nouvelle école!.. Ces jeunes médecins ça fait plus d'attention à la maladie qu'au malade... Le malade d'abord , c'est à cela qu'il faut s'attacher ! Cinquante fièvres bourgeoises ne vous rapportent pas la moindre considération !.. tandis qu'une migraine d'Altesse, dont vous venez à bout , vous fait tout de suite une réputation... A propos de migraine... n'oublions pas le duc d'Ambrefeuille... je ne sais si je me trompe... mais je crois que le temps se brouille un peu... je me proposais de rendre mes visites à pied ; mais décidément je vais faire mettre mon cheval à ma demi-fortune... j'ai mes deux gilets de flanelle... ma douillette... je crois que je puis me risquer.