SCENE V
lêle... comme si nous étions déjà dans notre ménage. Qu'est-ce que vous vouliez me dire...
ALICE
Je le sais bien , M. Bertrand , mais je n'ose pas...
BERTRAND
Vrai... eh bien! rien que cela c'est déjà gentil... parce que voilà comme j'étais le premier jour où je vous ai dit que je vous aimais, et dès qfce vous tremblez, je présume que c'est à peu près pour la même cause...
ALICE
Oh! mon Dieu , non... au contraire...
BERTRAND
Comment, au contraire... et pourquoi cela?
ALICE
C'est qu'hélas!., je ne vous aime pas, et je ne sais comment vous le dire.
BERTRAND
Il me semble cependant que c'est assez clair... et que ça ne vous gêne pas... Mais je vous répondrai à cela, mademoiselle , que j'en suis fâché pour vous, mais que je ne peux pas entrer dans ces considérations-là... fallait le dire plus tôt, ou ne pas en parler du tout... Voilà comme ça se pratique d'ordinaire chez les demoiselles bien élevées.
ALICE
Ce n'est pas de ma faute, M. Bertrand, si je n'ai osé que d'aujourd'hui... car, allez, il y a assez loug-temps que j'y pensais...
BERTRAND
Ah! il y a assez long-temps... Ehlnen! j'y vois clair enfin, et je vous dirai depuis quel moment, ces idées-là vous sont venues... C'est depuis deux mois... c'est depuis qu'un certain Hubert a paru mystérieusement dans le pays...
ALICE
C'est vrai...
iG LE LOI P- GAI 10 L,
BERTRAND
Lt vous ne craignez pas d'en convenir... un étranger... un vagabond... tranchons le mol... un individu dont on ne connaît ni la famille ni les intentions; car enfin, moi je suis fauconnier, je suis Bertrand, né natif de Saint-Nicolas, pics Vezelai... Je ne me cache pas, j'ai un étal que j'exerce en plein jour... Mais lui, il s'en garderait bien... ii éteindrait trop les arquebuses des gardes forestiers.
ALICE
Que dites-vous ! est-ce qu'il n'est pas honnête homme!...
BERTRAND
Honnête... homme... Non , il n'est ni l'un ni l'autre...
ALICE
Qu'est-ce que cela signifie?
BERTRAND
Que vous l'avez échappé belle, et que ça vous apprendra à aimer les gens sans les connaître! Excepté vous, à qui a-t-il parlé dans le village? quand il apercevait un archer ou un garde-chasse, ne semblait-il pas se cacher aussitôt , et où se cachait-il? dans les bois... où habilait-il toute la journée? dans les bois... où l'avezvous rencontré pour la première fois? dans un endroit de sorcellerie... au torrent de Saint-Hubert, vis-à-vis l'île aux loups.
ALICE
Dieux! vous me faites frémir.
BERTRAND
Vous y êtes donc enfin... et si vous en doutez encore... je vous dirai, moi, que je l'ai vu, que je l'ai suivi, el que je connais le lieu de sa demeure, de sa caverne... Oui, mademoiselle... ce jour où vous causiez tendrement avec lui, et où il s'est enfui en m'aperce van t.. . je ne l'ai pas quille de l'oeil, toul en me tenant à distance... j'étais toujours sur ses pas... il est entré dans le plus i pais d< la forêt... s'esl tapi derrière un buisson... En ce