‹ Les petits appartemensChapitre 70 sur 356 · ADRIENNE, M. DE SAUVRÉ. VALMONT · texte numérisé non relu

ADRIENNE, M. DE SAUVRÉ. VALMONT

mai). D'HÉRANCY. à Saint-Ernest.

Comment! il est possible, J'aurais fait l'impossible Non , il est impossible Voilà ce séducteur! Pour voir ce séducteur, D'avoir un meilleur cœur.

(à M. de Sauvrè.) Cet homme si terrible! Cet homme si terrible! Combien je suis sensible

(donnant une poignée de main à Valmont.) Je tremble... île frayeur.. Ah! pour moi quel bonheur! A cet accueil flatteur!

AMÉLIE, bas à sa sœur.

Oui, ma sœur... c'est ce jeune homme que j'ai vu à Paris au bal el sur <jiii v»OS deviez prendre des informai ions.

31 AD AME d'HERANCY.

Eh bien! elles sont toutes prises et elles sont jolies! (haut à Valmont.) J'ai donné des ordres, Monsieur, pour qu'on réparât promptement votre chaise de poMe... et je me flatte que vous n'attendrez pas longtemps.

M. DE SAUVR.É.

Eh! mais, rien ne presse.... et nous pouvons bien, j'espère, garder pendant quelques heures le neveu de mon ancien ami.... Moi qui avais tant d'envie de le connaître... Mais, qui, diable! se douterait en le voyant.... Allons , allons , nous causerons ensemble et vous m'en raconterez quelques-unes.... Voulez- vous, avant le déjeuner, faire une partie de billard?

VALMONT

Certainement, Monsieur, je ne demanderais pas mieux.... c'est que je n'y joue pas.... et puis.... (Z>a.v à Saint-Ernest. ) .le voudrais bien te parler.

SAINT -ERNEST

C'est la chose la plus aisée.... Je vous demanderai la permission défaire dans le parc un tour de promenade, mon cousin a quelque chose à me raconter..-.. V ALMONT„/wz faisant signe.

Ne dis donc pas cela tout haut.

.MADAME D'HÉRANCY.

Du tout, Messieurs, c'est nous qui vous laissons... . J'ai moi-même des ordres à donner.

M. DE SAUVRÉ.

D'ailleurs... à la campagne... liberté entière... pourvu qu'à onze heures , au premier coup de cloche , vous soyez dans la salle à manger.

SAINT-ERNEST

Mon cousin sera exact.... il n'a jamais manqué un rendez-vous.

[M. de Sauvré , madame d'Hérancy , Amélie et /fdrie//ne sortent par la porte du fond. )

V A LMONT, SAINT-ERNÉST.

SAINT-ERNEST

Coiruii nt, mon cher Valmont , tuas une confidence à me taire?...

VALMONT

Sans cloute... et je ne pouvais pas devant tout le monde.... Je ne connais rien de plus absurde et do plus nuisible que la timidité... c'est un métier de dupe.

SAINT-ERNEST

Dans ce .siècle-ci surtout où jamais défaut ne fut plus rare.

VALMONT

De sorte que je suis seul de mon espèce; je suis comme un être perdu dans le monde civilisé : j'ai l'air d'un étranger qui n'entend pas la langue du pays! Les femmes se moquent de vous, les sots vous croient toujours en admiration devant leur mérite, et les gens d'esprit vous "prennent pour une bète... je suis sûr qu'ici c'est déjà l'opinion qu'on a de moi.

SAINT-ERNEST

Du tout... j'y ai mis bon ordre... Mais, ta confidence !... est-ce que tu serais amoureux?...

Y \ LMONT.

Mais je crois bien qu'oui...

S AI NT -ERNEST

Il serait vrai!... [à part.) Et moi qui me reprochais déjà de l'avoir calomnié, [haut.) Eh bien ! cousin, je suis enchanté de te savoir amoureux... (à part.) pour l'acquit de ma conscience.

Qi\o veux-tu? mon ami... je suis libre, garçon.... maître de ma fortune... le monde ne m'amuse pas et la solitude m'ennuie....

SAINT-ERNEST

Il faut le marier. ,

VALMONT

C'est mon seul désir. Ou m'avait proposé une jeune veuve dont Tàge, l'éducation, la fortune me convenaient à merveille... c'était madame d'Hérancy.

SAINT-ERXEST.

Il serait possible!... madame^d'Hérancy !

VALMONT

Elle-même... Mais , avant de lui en parler, un ami commun avait voulu nous faire trouver ensemble , et Je lieu de l'entrevue était une société très nombreuse où l'on faisait de la musique et où cinquante personnes dansaient au piano , pour ne pas dire qu'on donnait tin bal... Qu'est-ce que je vois? une femme charmante, entourée des jeunes gens Iqs plus brillans... rien n'égalait sa grâce, son amabilité, son esprit.... à coup sur cela t'aurait enbardi... eh bien! moi, cela m'a déconcerté... j'hésitais encore si je me ferais présenter à elle, lorsqu'on l'a engagée à chanter... c'était bien pis... une méthodeexquise, une voix délicieuse... ce fui le coup de grâce.., je n'aurais pas pu lui adresser la parole, tant tout cela m'imposait... et j'allais me retirer... lorsqu'on appelle au piano une jeune personne que Ton me dit être sa sœur... elle s'avance en tremblant et chante!...

SAINT-ERNEST

J'y suis... des accens célestes !... VALMONT i

x^h! mon ami, elle chantait faux!... mais avec tant de grâce et de timidité... Elle avait tellement l'air de compatir au malheur de ceux qui fécoutaient... qu'elle me parut charmante!.. Et sa danse donc !... elle brouillait toutes les figures. ..et moi à qui cela arrive si souvent, je ne pouvais m'empècher, par la conformité de nos situations, de m'inléresser à elle... Enfin, mon ami, nous Causâmes toute la soirée ; j'étais heureux , j'étais à mon aise et je fus aimable pour la première lois de ma

vie... Tu sens bien que le lendemain j'étais amoureux •ou. Je me disais : voilà la femme .qu'il me faut... je vais me présenter chez elle, je saurai si elle m'aime, et en cas de réponse affirmative. .. je décline mon nom à sa famille et je la demande en mariage.

SAINT-ERNEST

Eh! mais, tout cela était fort bien.

V^LMONT.

Oui, mais il fallait l'exécuter... Si lu savais ce que c'est que de traverser le grand vestibule, de monter l'escalier... Croirais -tu qu'arrivé à la porte j'ai été dix minutes avant d'oser sonner?

SAINT ERNEST

Dix minutes !...

VALMONT

J'avais donc sonné et on ne venait pas m'ouvrir...

SAINT-ERNEST

11 fallait recommencer.

A AL1HONT.

Ah ! bien oui !.. j'étais si heureux qu'il n'y eût personne... que je suis bien vile redescendu... de peur qu'on ne se ravisât... parce que j'aimais bien mieux revenir une autre fois.

SAINT-ERNEST

Eh bien! cette autre fois l'as -lu vue? car il n'y a pas de raison pour que ton histoire ne fasse pas douze volumes.

VALMONT

Oui, mon ami, oui, j'y suis retourné ( pas le lendemain) , parce que le suisse qui m'avait vu se serait dit : ce monsieur-là vient donc tous les jours... Mais la semaine suivante je prends ma résolution... je franchis l'escalier et jesonnesur-le-champ, sans hésiter (je t'en donne ma parole d'honneur) ; seulement j'arrangeais un peu mes cheveux el m'a cravate pour gagner du temps. On ouvre, el qu'est-ce que j'apprends ?... qu'il \ a m\ jours que< ".s dames sont parlies pour leur lene «>n

elles passent la belle maison. ..Tu penses bien que de m'y présenter de moi-même, cela ne me serait jamais entré clans l'idée. Je me rendais à la ville voisine , chez mon oncle Valmont, qui connaît un peu ces dames... espérant qu'il irait , peut-être, passer quelques soirées chez elles... et qu'il m'y mènerait... ou bien qu'il les inviterait à dîner... on enfin quelqu'autre moyen aussi romanesque... lorsque, hier au soir, par le plus grand des hasards, ma chaise se brise juste à la porte de ce château.

SAINT- ERNEST

Comment, ce n'est pas un iait exprès?

VALMONT

Du tout, mon ami. Comment peux-tu supposer?... Au contraire, quand j'ai su chez qui j'étais je voulais m'en aller.

$ SAINT-ERNEST

Pourquoi donc?

VALMONT

Pourquoi? parce que ce serait si hardi... et puis, juge de mon embarras : comment me déclarer?... j'aurais l'air d'un intrigant...

SAINT-ERNEST

Au contraire, ces dames seront enchantées de ton adresse, et je t'engage à continuer.

VALMONT

Oui; mais il faudrait savojr avant tout si je suis aimé... car, enfin, si je ne Tétais pas, cela m'épargnerait une déclaration et une demande en mariage.

SAINT-ERNEST

Je conçois; c'est une économie que lu ne serais pas fâché de faire.

VALMONT-

Justement. Et si je pouvais, sans me compromellre , parler un instant en particulier à sa sœur, madame l'Iléraucy... je saurais...

SAlNT-EKM^l .

Oui... j 'eu l ends... un tèteà-lêle... (à part.) Je te crois bien... voilà huit jours que jen cherche un bâtis en trouver l'occasion.

VALMONT, regardant dans le jardin.

Tiens, mon ami... je crois que c'est elle-même qui vient de ce côté... si je lui parlais...

SAINT-ERNEST

Non, il vaut mieux que ce soit moi... je le dirai pourquoi... Pendant ce temps profile de tes avantages... fais la cour au tuteur , à Ernestine... et , surtout . tâche de mettre la soubrette dans les intérêts; c'est L'essentiel.

VALMONT

Tu crois? mon ami... eh bien ! j'y vais, {s'en allant.) Tu parleras pour moi , n'est-ce pas?

SAINT-ERNEST

Va-l-en donc... je commence. f%

( T aimant .sort.)

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