SCENE VIII
les précédens, ERNESTINE , ADRIENNE.
ADRIENNE
Ah! Madame, je vous le déclare bien... Dieux! quel mauvais sujet ! et pourquoi faut-il qu'il soil entré ici ? MADAME d'hÉRANCY.
Eh! mais, qu'avez- vous donc? et qu'a-t-il fait?
ADRIENNE
Rien , Madame.
ERNESTINE
Oh! rien... rien du tout, ma sœur!
MADAME D'HÉRANCY.
Mais alors , que vous a-t-il dit ?
ADRIENNE
Oh! il n'a rien dit; mais, pendant le déjeûner, il regardait mademoiselle d'un air...
ERNESTINE
Oui , il baissait les yeux , et puis il rougissait; et puis , ma soeur, je ne peux pas vous dire... mais enfin , voilà que ça commence!... Si bien que j'en étais toute émue et toute tremblante.
ADRIENNE
Et lui aussi... Et ce trouble qu'il affectait , ce verre qu'il a renversé, cette assiette qu'il a cassée... tout cela annonce une fameuse habitude...
SAINT-ERNEST
Il est certain qu'il a des intentions; mais je vous en avais prévenues , ainsi c'est à vous de vous en défier.
ADRIENNE
Ah ! Monsieur, que nous sommes heureuses de vous avoir!
SAINT-ERNEST
Sans doute, parce que , moi , je connais toutes se?
. et je pourrai les déjouer, pourvu que nous nous entendions bien, et que nous soyons toujours d'accord. Ainsi , Madame , s'il se permettait un mot d'amour, je tous prie de m'en prévenir, de même que vous, Ernesline !... Sans faire de bruit, d'éclat, il faudrait me dire tout cela en particulier. Vous S( titez bien qu'avec une jeune personne sans expérience, il jouera la crainte, l'embarras. Avec toi, Adrienne , il s'y prendra autrement; ce seront des manières plus gaies , plus cavalières...; oh ! il te traitera sans façons, tu peux en être sûre, {lui prenant le menton.) Bonjour, mon ange; tu es gentille à croquer. ( à Madame d'Ilérancy.) Avec vous, Madame , c'est tout ce que la galanterie aura de plus tendre et de plus soumis ; c'est un regard passionné qu'il vous adressera avec timidité, c'est une main charmante qu'il portera respectueusement à ses lèvres. (77 lui baise la main.')
MADAME D'HÉRANCY.
El» bien ! que faites-vous?
SAINT-ERNEST
Je vous mets en garde, et je vous avertis du danger.
ADRIENNE, qui a regardé vers le fond.
C'est lui... je l'entends. [Elle sort par la porte à gauche.;
madame D'HÉRANCY et AMELIE, s' enfuyant par la porte à droite.
Ab , mou Dieu! je ne veux pas le voir. s\i\t-ERN'Est , les suivant et regardant venir V^almont.
A merveille!... voilà une terreur, et surtout une confiance bien placée. (Il sort.)