‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 100 sur 412 · Grégoire de Tours, Aist., lib. vi, ç · texte numérisé non relu

Grégoire de Tours, Aist., lib. vi, ç

mières noces un seigneur d’Austrasie, appelé Thierry, de qui elle eut sainte Pharaïlde. Elle serait par conséquent sœur utérine de sainte Reinelde, de sainte Gudule, et de saint Emebert, évêque de Cambrai. Peut-être le nom d’Amalberge, qu’on rencontre plusieurs fois à cette époque, a-t-il été cause de cette diversité d'opinions sur lesquelles les plus habiles hagiogräphes euxmêmes ne sont pas d'accord. Recueillie au sortir des fonts baptismaux par sainte Gertrude, sa parente, et instruite par elle, notre Sainte, dès ses plus tendres années, pratiqua la piété avec une grande ferveur.

Ses parents la marièrent malgré elle. Mais Pharaïlde, persévérant avec énergie dans sa résolution de garder la chasteté, conserva sa virginité pendant toutle temps de son mariage, par un bienfait particulier de Dieu et par la même grâce toute-puissante de l’Esprit-Saint qui avaif fait autrefois la gloire de sainte Cécile, et qui fit dans la suite celle de saint Henry, empereur, et de son épouse. Cependant, elle ne négligeait rien pour donner tout son amour à Jésus-Christ. Elle dépensait tous ses biens en aumônes, et macérait son corps par le jeûne et l’oraison. Enfin, vénérable par sa religion et par sa vertu, la Vierge, âgée de 90 ans, émigra de ce monde vers l'époux immortel qu’elle avait préféré à l’époux mortel.

Agelfride, évêque de Liége, revenant de Rome, transporta le corps de cette Sainte de Lorraine dans le monastère de Saint-Bavon, l’an 761. Dans la suite, les religieux de Gand, craignant la fureur des Normands, errèrent en divers lieux, emportant avec eux les reliques de saint Bavon, de sainte Pharaïlde et d’autres Saints. Puis, l’orage passé, ils rapportèrent ces restes précieux à Gand, dans l’église de Château-Neuf, située sur les bords de la rivière de Lys; plus tard, vers l’an 939, ils furent reportés dans la chapelle de sainte Pharaïlde. Plus tard encore, une partie des reliques de notre Sainte fut transférée dans une église à elle dédiée, à Bruay, près de Valenciennes, au diocèse de Cambrai. La tradition rapporte qu’au village de Bruay, sainte Pharaïlde fit jaillir d’un coup de son fuseau une source abondante; cette fontaine sort du penchant d’une colline, et ses eaux ont la vertu de guérir les enfants atteints de maladies de langueur. Aussi, tous les vendredis, voit-on dans la chapelle de la Sainte, à l’église de Bruay, des pèlerins qui implorent leur patronne pour la guérison de leurs enfants. Il y a encore, dans cette paroisse, une ancienne confrérie érigée en l'honneur de sainte Pharaïlde et qui a été suivie de tout temps avec piété par les fidèles du village et des pays voisins.

On donne pour attributs à sainte Pharaïlde : 1° une oie ou une cigogne qu'elle porte entre les bras ; 2° des pains changés en pierre. Voici comment, d’après divers auteurs flamands qu'a analysés le Père Cahier, la légende a traduit ces peintures. — Sainte Pharaïlde aurait fait conduire dans sa ferme une volée d’oies sauvages ou de cigognes qui dévastaient les campagnes, et aurait ordonné de les nourrir comme des oiseaux domestiques. C’est de l'oiseau qui caractérise sa patronne que la ville de Gand aurait pris son nom; Car Ghent en flamand et en allemand, ganta dans la basse latinité, gante dans le vieux français, désignent également l’oie ou la cigogne. — Avec un peu de bonne volonté, on retrouverait encore l’oie de sainte Pharaïlde dans le nom d’une autre localité flamande — Steenockerzeel — où il y avait un pèlerinage en son honneur. Dans ce cas, ce nom aurait deux éléments qui se rapporteraient à notre Sainte : la syllabe ock qui serait la même chose que le vieux mot français auque, l'italien occa, l'oqué de Gascogne, l’aucha de la basse latinité, et l’oue ou ote du français semi-moderne et moderne. Quant à la syllabe s/eën du nom flamand, elle rappellerait les pains de pierre qui servent aussi à caractériser sainte Pharaïlde. On raconte de

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