‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 110 sur 412 · Vers l'an 1148. — 2. Il siégea de 1145 à · texte numérisé non relu

Vers l'an 1148. — 2. Il siégea de 1145 à

remplir de cailloux le creux d’un vieux chêne qui était auprès de sa maison, et, ayant fait étendre une natte par-dessus pour lui servir de lit, il s’y retira vêtu de son cilice et de son corselet de fer, avec un habit blanc, à la façon des religieux de saint Norbert. Il employait tout son revenu à assister les pauvres et à recevoir les pèlerins, se contentant, pour sa nourriture, de pain d'orge mêlé avec de la cendre, et pour sa boisson, d’un peu d’eau d'une fontaine voisine, qui a toujours depuis retenu le nom de fontaine de saint Gerlac, et dont les eaux ont servi à faire plusieurs miracles. Tout son temps se passait en contemplation, en prières et autres œuvres de piété. Il se levait toutes les nuits au premier chant du coq, et, quelque mauvais que fussent et le temps et le chemin, il allait nu-pieds, en la ville de Maëstricht, qui était à une grande lieue de son ermitage, pour se trouver à Matines en l’église de Saint-Gervais ; les samedis, il ne manquait point d’aller en pèlerinage à la fameuse chapelle de Notre-Dame, bâtie par saint Charlemagne, à Aix, d’où il était éloigné de trois bonnes lieues.

Une vie si sainte et si conforme à celle des anciens Pères du désert, qui vivaient dans les antres et dans les cavernes, ne fut pas néanmoins exempte des persécutions de l'envie et de la médisance ; les religieux du monastère de Mersen ‘, ne pouvant souffrir que la vie angélique du B. Gerlac condamnât la vie licencieuse qu'ils menaient, l’accusèrent auprès de l’évêque de Liége, et lui firent entendre que le saint Solitaire était un hypocrite qui amassait de l'argent au lieu de le donner aux pauvres ; le prélat, croyant trop légèrement ce rapport, se transporta sur le lieu, fit abattre le chêne de Gerlac et commanda qu'on trât toutes les pierres de la grotte, où les moines avaient dit qu’il cachait son argent. Il fut bien surpris de n’y trouver que des instruments d’une rigoureuse pénitence ; c’est pourquoi, pour réparer l'honneur du Saint, il ordonna que de ces mêmes pierres on fit deux eellules : l’une pour le bienheureux pénitent (elle était si basse, qu’il n’y pouvait être que couché ou à genoux), et l’autre pour une chapelle à son usage. Afin de le mettre à l’abri de la persécution de ses envieux, l’évêque le plaça sous la conduite de l’abbé de Rolduc, pour lui administrer les divins sacrements. Nous passons sous silence beaucoup d’autres traverses qu’il souffrit encore, tant de la part des hommes que de celle du démon.

Mais si notre Saint fut d’un côté persécuté par les envieux, il fut d’un autre consolé et honoré par cette admirable prophétesse du Nouveau Testament, sainte Hildegarde, que Dieu favorisait souvent de visions célestes. Or, cette fidèle épouse de Jésus-Christ, dans une des apparitions qui lui étaient ordinaires, vit, un jour qu’elle fut transportée en esprit dans le ciel, un chœur de bienheureux confesseurs, et au milieu d’eux un trône vide, maïs d’une beauté admirable ; comme elle considérait cette merveille dans le désir de savoir pour qui ce trône était préparé, elle apprit que c'était pour le solitaire Gerlac, qui chaque jour allait visiter les reliques de saint Gervais, à Maëstricht. Cette vision lui ayant fait connaître le mérite du bienheureux Pénitent, elle voulut contracter une société spirituelle avec lui, et, pour lui donner une-plus grande marque de son estime, elle lui envoya la couronne que l’évêque de Mayence lui avait mise sur la tête, en lui donnant le voile de virginité ; elle se gardait, du temps du

1. Mersen ou Meersen (Marsna ou Marsana), sur la rivière de Gheule, entre Fauquemont et la Meuse; c'était d'abord un ancien palais célèbre par les assemblées qu'y tinrent, en 847 et 851, les fils de Louis le Débonnaire, l'empereur Lothaire Ier, Louis, roi de Germanie, et Charles le Chauve, roi de France; ce fut ensuite un petit monastère dépendant de saint Remi de Reims (entre 968 et 986), puis une riche prévôté : c'est aujourd'hui une ferme appartenant aux héritiers du comte de Belderbusch, qui, sous l'empire de Napuléon III, était sénateur et préfet de Beauvais.

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SAINT GERLAC, PÉNITENT. 149

P. Giry, dans le monastère de saint Gerlac, dont nous avons déjà parlé.

Dieu lui-même fit connaître par des miracles la vertu de notre admirable Pénitent. Un dimanche de la Passion, le prêtre qui ordinairement allait dire la messe en sa chapelle, lui ayant aussi apporté de l’eau de la fontaine pour soulager sa soif, elle fut trouvée par trois fois changée en très-bon vin. Cette merveille, qui arriva quelque temps avant sa mort, fut suivie d'une autre encore plus grande à l’heure de son bienheureux décès ; car le prêtre n'étant pas venu assez tôt pour lui administrer le saint Viatique, un vénérable vieillard, que chacun croit avoir été saint Gervais lui-même, lui apparut dans sa cellule, revêtu d’habits sacerdotaux d’un merveilleux éclat et lui donna les derniers sacrements ; le saint Solitaire alors rendit son âme à Dieu, la veille de l’Epiphanie, l’an de Notre-Seigneur 4170. Il y avait quatorze ans qu'il faisait pénitence au même lieu, sans quitter son cilice nison corselet de fer, avec lesquels il fut aussi inhumé dans la même chapelle. Quelque temps après, son corps sortit de terre de lui-même, et demeura ainsi plus exposé à la dévotion des fidèles.

Les religieux du monastère de Heinsberg établirent en ce saint lieu une chapelle succursale. Telle fut l’origine du monastère et du village de Gerlac. Molanus atteste que de son temps les reliques du Saint étaient encore célèbres par les miracles qui s’y opéraient. L’illustre évêque de Ruremonde, le docteur Henri de Cuyckius, confirma ce témoignage et contribua beaucoup à faire revivre le culte de saint Gerlac. Il fit, en 1599, la bénédiction solennelle de la célèbre fontaine de saint Gerlac, disparue depuis longtemps, et qu’on venait de retrouver; ses eaux rendirent alors la santé à beaucoup d'hommes et d'animaux.

« Le monastère de saint Gerlac appartenait autrefois au diocèse de Liége ; il fut réuni à celui de Ruremonde lors de l'érection de ce siége en 4559. Dans sa fondation primitive, vers 1201, c'était un monastère double, comme celui de Heinsberg, d'hommes et de filles de l'Ordre de Saint-Norbert ; plus tard il fut transformé en prévôté de chanoïinesses dépendant pour la direction spirituelle de l’abbaye de Heylissem, et dont le prévôt était choisi parmi les membres de cette communauté.

«L'ancien monastère fut rebâti avec luxe par les soins du prévôt François Van Cauwenberg de Tirlemont, licencié en théologie de l’université de Louvain, mort en 1718, sous le règne de Joseph II; les religieuses furent expulsées de leur couvent et se retirèrent à Ruremonde.

« L'église et le monastère échappèrent à la dévastation. Vendus par le gouvernement français, ils devinrent la propriété d’un particulier qui appropria les bâtiments du couvent à son usage, et qui céda l’église à sa paroisse, moyennant certaines conditions que le conseil de fabrique accepta, parce que cette église était incomparablement plus belle, plus grande et plus centrale que l’ancien temple paroissial. Elle n’a qu'une seule nef, large et fort élevée ; à l’intérieur, tout autour, se trouve représentée, en peintures à fresques, la vie de saint Gerlac. La paroisse même, placée sous le patronage de ce Saint, porte aujourd'hui le nom de Houtem- Saint-Gerlac *.

« C'est dans cette église que se conservent les reliques du Saint; à savoir : le crâne, enchâssé dans un reliquaire en argent; une pelite relique qui paraît être une côte, enchâssée dans un reliquaire en argent de moindre

1. Ces détails ct ceux qui suivent nous sont donnés par M. le professeur Ubaghs, qui a pris les renseignements à Houtem même.

dimension; une quantité considérable de grands os, conservés dans une châsse en bois, travaillée en forme de fierte. Cette châsse est placée au milieu de l’église, à la tête d’une statue en bois représentant le Saint en grandeur naturelle, et couché sur un monument très-simple de trois à quatre pieds d’élévation. Si l’authenticité des deux premières reliques est incontestable, il n’en est peut-être pas de même de celles que renferme la châsse en question. Car, lorsqu’en 1841 les deux dernières religieuses qui étaient encore à Ruremonde depuis l’époque de la suppression de leur couvent, rendirent à l’église de Houtem les reliques de leur patron, il se fit à cette occasion une translation solennelle dont on dressa un procèsverbal en due forme; mais on ne trouva aucun document propre à constater que les os renfermés dans la châsse appartenaient, en partie ou en totalité, aux véritables reliques du Saint. D'ailleurs, ces os ne sont pas mentionnés dans les ouvrages imprimés ou dans les rares notes écrites conservées à Houtem, où il est question des reliques qui se trouvaient anciennement à l’église du monastère.

« La fontaine de saint Gerlac, dont nous avons déjà parlé, se trouve dans une des prairies de la ferme située près des bâtiments de l’ancien monastère. Cette fontaine est entourée et couverte d’une maçonnerie en pierre de taille et pourvue de deux seaux attachés à une chaîne pour puiser l’eau. Un nombre considérable de pèlerins a l'habitude de se rendre à cette fontaine pour en boire l’eau, dont on emporte des provisions comme préservatif dans les épizooties.

« Le 5 janvier et le 1% juin, il y a annuellement deux fêtes solennelles en l'honneur de saint Gerlac; le mardi de chaque semaine une messe est célébrée à la même intention. Ces fêtes annuelles et même la messe hebdomadaire attirent ordinairement un grand nombre de pèlerins, surtout lorsque des maladies règnent sur les bestiaux.

« Le Propre de Ruremonde, que Cuyckius fit imprimer à Cologne en 1604, renferme des hymnes, des leçons et une oraison propres pour la fête du Saint; à cause de la solennité de l’Epiphanie, elle a été transférée au lundi avant la Pentecôte ; dans le diocèse de Liége, elle est célébrée le RCA LEA 1 A

On représente saint Gerlac, 1° à la recherche d’un ermitage, monté sur un âne ! Il y avait loin de l’humble monture au palefroi des tournois : c’est encore monté sur un âne que, étant devenu vieux, il allait en pèlerinage à Aïx-la-Chapelle ; 2° logé dans le creux d’un vieil arbre; 3° le pied traversé par une épine. Il est alors sous un costume de pèlerin ou de berger ; 4° revêtu d’un corselet de fer qui rappelle son ancienne profession d'homme d’armes et lui sert d’instrument de pénitence ; 5° une source coule près de lui : c’est celle qui, encore de nos jours, s'appelle fontaine Saïnt-Gerlac ; 7° recevant le Viatique des mains de saint Gervais dont il avait été fidèle à visiter chaque jour le tombeau, nu-pieds.

SAINTE SYNCLÉTIQUE (1v° siècle).

Saint Athanase écrivit la vie de sainte Synclétique, afin, disait-il, que les femmes trouvassent en elle un modèle à suivre, comme les hommes en avaient un dans saint Antoine. Synclétique fut la mère des religieuses, comme saint Antoine avait été le père des moines. Elle naquit à Alexandrie

1. Extrait de la Aevue catholique de Louvain. Voir aussi les Ac/a sanctorum, au 5 janvier.

d'une famille noble et riche. Rien ne lui manqua de ce qui attache ordinairement au monde : famille, richesses, beauté, séductions de toutes sortes; mais tous ces liens ensemble ne purent tenir contre la force irrésistible de la vocation divine qui l’attirait. Elle les rompit tous et alla se cacher dans un sépulcre. Elle y vécut jusqu'à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, constamment visitée par une multitude de personnes de son sexe, que ses instructions et ses exemples formaient à la vie religieuse et à la vertu. Les dernières années de sa vie furent remplies de maladies et de souffrances très-aiguës qu’elle endurait avec une patience admirable,

Disons, pour la consolation et l'édification des personnes du sexe si souvent visitées par de cruelles maladies, que notre Sainte fut, dans son extrême vieillesse, attaquée à la fois d’une fièvre maligne, d'un abcès et d’un cancer ! Tout cela dura quatre ans. Elle ne craignait qu’une chose : que les médecins ne diminuassent la vivacité de ses douleurs. À peine leur permettait-elle de couper ou d’embaumer les parties de son corps qui étaient mortes. Le cancer lui avait Ôté l'usage de la parole. Trois jours avant sa mort, elle fit comprendre que son âme allait être délivrée de la prison du corps. L’heure venue, elle parut environnée d’une lumière éblouissante, et remit son âme entre les mains du Dieu Créateur. La vie de sainte Synclétique par saint Athanase, qui avait été longtemps perdue, a été retrouvée à L’Escurial 1.

Les Grecs célèbrent sa fête le 4 janvier.

SAINTE APOLLINAIRE (vers 440).

Elle était fille d'Anthenius, personnage consulaire, homme très-religieux, qui fut consul sous le règne de l’empereur Arcadius, et qui gouverna l'empire pendant la minorité de Théodose le Jeune. Fidèle au vœu qu’elle avait fait de rester vierge, après avoir refusé les partis les plus illustres, elle se retira dans un marais où la peau de son corps devint, par la piqüre des moucherons et ses grandes austérités, aussi dure que celle d’une tortue. Après quelques années ainsi passées, l’esprit de Dieu lui inspira de quitter ce lieu, de changer son nom en celui de Dorothée, de prendre des habits d'homme et d’aller se mettre sous la conduite de saint Macaire d'Alexandrie, Elle obéit et vécut saintement sous cette habile direction sans être reconnue. À sa mort, arrivée vers le milieu du ve siècle, saint Macaire eut révélation de son nom et de sa vie. Dieu a illustré sa servante par plusieurs miracles ?.

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