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CONVOION, FONDATEUR DE L'ABBAYE DE REDON

868. — Pape : Adrien II. — Roi de France : Charles le Chauve.

Saint Convoïon naquit à Comblessac d’une famille distinguée, vers l’an 788. Il reçut de ses parents une éducation conforme à sa naissance et fit de rapides progrès dans la science et la vertu. Il se consacra ensuite au service des autels : il était déjà prêtre du temps de Wenhaeloc, évêque de Vannes (815-821), suivant un acte du Cartulaire de Redon.

Sous l’évêque Raginaire ou Rainier (821-838), il devint archidiacre, et s’acquitta pendant plusieurs années de cette charge importante, à la satisfaction générale. Il était le seul qui ne fût pas content de sa personne, parce que, n’aimant pas le monde, il se trouvait hors de son centre au milieu des honneurs du siècle. Pour obéir à Dieu qui l’appelait à une plus grande perfection, il résolut d’embrasser la vie monastique et fit partager son désir à cinq prêtres du clergé de Vannes,nommés Louhemel, Guencalon, Condeloc, Conhoiarn et Thetwin.

C'était en 832. Il se démit de ses fonctions d’archidiacre, et avec l’agrément de son évêque, il se fixa à l’extrémité orientale du diocèse de Vannes, près du confluent de l’Oust et de la Vilaine, dans un lieu nommé alors Rôs ou Roton, et aujourd’hui Redon. Ratuili, seigneur du lieu, leur céda l’emplacement nécessaire pour y élever un monastère. Un saint solitaire, nommé

1. Majelli, prélat romain, représente, dans sa dissertation sur les Stylites, la colonne de saint Siméon enfermée par le haut, d'une espèce de balustrade. Il prouve que depuis saint Siméon il y a toujours eu des Stylites en Orient, jusqu'à l'empire des Sarrasins et des Tures. L'intempérie de l'air rend ce genre de vie impossible aux Occidentaux. Cependant saint Grégoire de Tours parle, 1. vurx, ch. 15, d'un certain Vulfiluïc qui vécut quelque temps sur une colonne, dans le voisinage de Trèves. Il était de Lombardie, et avait été disciple du saint abbé Yrier, en Limousin. 11 engagea le peuple des villages voisins à renoncer au culte des idoles, et à abattre la grande statue de Diane d'Ardenne, honorée depuis le règne de Domi tien. Son évêque lui ayant ordonné ‘de quitter un genre de vie trop austère pour un climat froid, il obéit

sur-le-champ, et se retira dans un monastère. Il paraît que Vulfilaïc a été le seul stylite d'Occident. Voyez Fleury, 1. xxxV, t. vin, p. 54.

VIES DES SAINTS. — TOME Ier, 10

Gerfroi, qui avait pratiqué la règle de saint Benoît au couvent de Saint- Maur-sur-Loire, en Anjou, vint pendant deux ans former les nouveaux religieux aux observances bénédictines.

Cependant saint Convoïon voulait obtenir pour son œuvre la consécration civile. Il s’adressa dès 832 à l’empereur Louis le Débonnaire ; mais celui-ci le rebuta deux fois, au château de Joac, en Limousin, et à Tours. Enfin en 834, sur les instances de Noménoé, gouverneur de la Bretagne, l’empereur ratifia la fondation de l’abbaye de Redon, et lui donna les paroisses de Bains et de Langon, et quelque temps après il y ajouta Renac et Brain.

Les vocations religieuses affluèrent bientôt à Redon, et le saint abbé eut la consolation de voir fleurir autour de lui la charité, l’abstinence, la

-chasteté et toutes les autres vertus.

Le zèle du saint abbé ne se renfermait pas dans le monastère ; il s’étendait aussi au dehors. Ayant remarqué que la simonie commençait à s’introduire dans les ordinations, il signala ce désordre au prince Noménoé. Celuici convoqua les évêques accusés, et il fut décidé qu’une députation serait envoyée à Rome. Convoïon en fit partie. Mais au retour, quand il vit les violences du prince contre les évêques, il se sépara de lui (848).

Cependant les épreuves, qui sont toujours la marque des œuvres de Dieu, ne pouvaient manquer à l'établissement de Redon. Plusieurs seigneurs tracassèrent les moines, les menacèrent de mort, et leur extorquèrent parfois de l’argent. En 854, les terribles Normands remontèrent la Vilaine, et les religieux épouvantés prirent la fuite.

Ces incursions s'étant renouvelées plusieurs fois, saint Convoïon eut recours au prince Salomon, pour lui demander un lieu de refuge. Celui-ci, touché de ses instances réitérées, lui bâtit un nouveau monastère près de Plélan. Saint Convoïon s’y retira avec une partie de sa communauté, laissant le reste à Redon. Il mourut dans cette retraite, le 5 janvier 868, à l’âge de 80 ans.

Son corps fut enterré dans le nouveau monastère qui n’était pas encore complétement achevé. Plus tard ses reliques furent transportées à Redon et y furent constamment honorées jusqu’en 1793 où elles furent indignement profanées.

Un décret de la Congrégation des Rites, du 1° septembre 1866, a rétabli son culte pour le diocèse de Rennes, et des fêtes solennelles ont eu lieu, à cette occasion, à Redon, les 18, 19, et 20 janvier 1868.

M. Le Mené, secrétaire de l'évêché de Vannes.

SAINT GERLAC, PÉNITENT

Mort vers 1170. — Pape : Alexandre III. — Empereur d'Allemagne : Frédéric Ier (Barberousse).

Quam bonum est correptum manifestare pæœnitentiam. Combien il est salutaire que l’homme éprouvé témoigne du repentir et fasse pénitencel Eccli., xx, 4.

Ïl est si rare et si difficile de changer de mœurs quand le vice s’est fortifié avec l’âge, que nous pouvons envisager cette histoire comme une de ces insignes merveilles de la grâce qui sont si extraordinaires qu’elles surpren-

SAINT GERLAC, PÉNITENT. 147

nent tout le monde lorsqu'elles arrivent. Le bienheureux Gerlac était un gentilhomme du pays de Valkenberg ou Valkemburg, que nous appelons Fauquemont, dans le Limbourg ; il suivit pendant sa jeunesse la profession des armes. Goswin II, connu dans l’histoire par sa valeur brutale, était alors seigneur de Heynsberg et de Fauquemont. Gerlac l’accompagna dans quelques-unes de ses expéditions, qui n'étaient ordinairement que des brigandages. Soldat dans cette armée, il se livra bientôt à tous les plaisirs et se jeta dans tous les désordres. Mais Dieu qui, dans l’ordre impénétrable de la prédestination, l’avait choisi pour être un exemple admirable de pénitence, lui toucha tellement le cœur au milieu de ses plaisirs, qu'il changea entièrement de vie, et vécut de la manière que nous allons voir.

Gerlac, qui était mestre-de-camp d’un régiment de cavalerie, aimait passionnément les tournois. Il avait fait un jour le projet, avec d’autres gentilshommes, de se divertir dans la ville de Juliers ; mais, comme il était revêtu de ses armes, la lance à la main et prêt à joûter, on lui apporta la nouvelle de la mort de sa femme. Ce fut un coup de foudre; il en fut tellement frappé que, la grâce divine lui faisant connaître au même moment l’inconstance et la vanité des choses de la terre, il mit bas ses armes, descendit de cheval et, en présence de toute l’assemblée, qui était composée d’une multitude innombrable de personnes, il en fit un sacrifice à Dieu et protesta qu’il les abandonnaït pour toujours, afin de suivre parfaitement Jésus-Christ. Puis il monta sur un âne, à l’exemple de notre divin Sauveur, et s’en retourna à sa maison !. Après avoir réglé toutes ses affaires domestiques, 1l se revêt d’un cilice sur sa chair nue, prend un corselet de fer etse met en chemin, les pieds nus, pour visiter des lieux de piété et de dévotion. Il se rendit à Rome pour y recevoir l’absolution de ses péchés. Il fit sa confession générale aux pieds du pape Eugène III ?, qui lui imposa pour sa pénitence d’aller servir sept ans les pauvres de l’hôpital de Jérusalem.

Le saint pénitent accepta de grand cœur cette satisfaction et s’en acquitta avec une très-profonde humilité. Mais, voyant que les officiers de l'hôpital, qui avaient reconnu à son visage et à son air que c'était un homme de qualité, ne voulaient point l’appliquer aux plus vils ministères, il les supplia avec instance de ne le point épargner, et se jugeant même indigne de servir les membres de Jésus-Christ, il demanda et obtint, à force de prières, qu’on lui donnât la garde des pourceaux et des autres bestiaux. Allant parles champs, il se blessa un jour si rudement au pied, qu’il en souffrait de très-grandes douleurs ; le Saint se souvenant que, dans son enfance, il avait donné un coup de ce même pied à sa mère, il rendit grâces à Dieu de ce qu’il châtiait cette partie du corps qui, autrefois, avait servi à l’offenser ; il eut toute sa vie un ulcère au même endroit.

Les sept ans de sa pénitence te il revint à Rome, et s’adressa à Adrien IV (qui avait succédé à Eugène en 1154), pour le prier de lui prescrire un règlement qu’il pût garder le reste de sa vie. Le Pape lui proposa plusieurs ordres religieux ; mais le pénitent lui ayant remontré qu'il avait fait vœu de ne jamais manger de viande ni boire de vin, d'observer un jeûne perpétuel, de porter sans cesse le cilice et de faire d’autres mortifications, le Pape lui conseilla de retourner en sa maison, d'y mener une vie privée et de donner tous ses biens aux pauvres et aux églises ; ce qu’il confirma par une bulle qui se conservait encore du temps du P. Giry, dans le monastère de Gerlac, habité par des religieuses de l’ordre de Prémontré. Le zélé serviteur de Dieu ne fut. pas plus tôt de retour chez lui, vers 1156, qu'il fit

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