‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 122 sur 412 · LA VÉNÉRABLE GERTRUDE VAN OOSTEN, VIERGE · texte numérisé non relu

LA VÉNÉRABLE GERTRUDE VAN OOSTEN, VIERGE

sainte musicienne a été appelée Gheertrude van Oosten, Gertrude d'Orient,

Elle avait été fiancée à un jeune homme qui bientôt après la délaissa pour une rivale plus heureuse. Notre Sainte rendit le bien pour le mal: ayant en effet appris que celle qui lui avait ravi le cœur de son fiancé était conduite aux portes de la mort par les douleurs de l’enfantement, elle obtint du ciel et sa délivrance et sa guérison.

Que de grâces sont attachées au pardon des offenses! Qui sait si Gertrude d'Orient ne dut pas à cet héroïque oubli d’une espèce de délaissement, particulièrement cruel, d’avoir échangé son titre d'épouse d’un homme périssable contre celui d’épouse de Jésus-Christ ?

Quoi qu'il en soit, elle entra chez les Béguines et commença ün genre dé vie plus parfait encore que celui qu’elle avait mené jusque-là. Pauvre, elle se réduisit à mendier son pain par humilité plutôt que par nécessité. Ses besoins, du reste, se réduisaient à peu de chose, car de bonne heure elle fut favorisée d’extases célestes, et plus d’une fois elle resta six semaines de suite dans sa chambrette ravie au ciel, étrangère à la terre. Quand elle sortait, la bonne odeur de ses vertus la suivait. Elle se plaisait à visiter les servantes dont elle avait partagé la condition et à leur faire entendre des paroles de consolation autant que d’édification. Quand celles qu’elle engageait à mener une vie pure et fervente, lui disaient : « Comment faire pour vivre ? » elle leur répondait : « Pour servir Dieu, il suffit d’avoir de la bonne volonté et doigts qui sachent tenir un fuseau ».

Elle avait ainsi vécu sept ans dans les veilles et le jeûne. Le démon ne put voir sans jalousie une vertu si persévérante ; n’ayant pu troubler son esprit par des pensées et des images impuyes, il l’attaqua d’une manière sensible : il alla jusqu’à la dépouiller de son manteau, à la secouer violemment par les bras, à l’enlever dans les airs et à la laisser retomber. Mais le bras du Seigneur la soutenait dans ces chutes. Gertrude aimait passionnément les petits enfants ; une fois donc, le diable prit la figure d’un de ces anges de la terre et se présenta à elle tout éploré; mais la servante de Dieu reconnut le piége et repoussa le tentateur.

Elle s’exerçait tous les jours à méditer la Passion de Jésus-Christ et les principaux mystères de notre foi, selon l’ordre des temps où l'Eglise les célèbre. Elle se plaisait surtout à contempler Jésus dans les mystères de son enfance.

Cette dévotion à la Sainte-Enfance que devait renouveler, trois siècles plus tard, la communauté des Carmélites de Beaune, qui devait recevoir tout son épanouissement au xix° siècle, valut à la petite servante de Jésus-Christ, Gertrude van Oosten, les plus signalées faveurs du divin enfant !.

Et les prodiges succédaient aux prodiges dans cette humble existence qui ravissait d’admiration les chœurs des Anges. Le soir du jeudi saint de l’année 1340, elle était abîmée, avec Jésus à Gethsemani, dans la contemplation des souffrances de son Sauveur, lorsque tout à coup elle sentit cinq piqûres aux deux mains, aux deux pieds et au côté, puis un ruisseau d’un sang vermeil Coula par ces cinq blessures : c’étaient les stigmates de sa Passion dont Jésus-Christ venait de marquer sa servante. Le lendemain et les jours suivants, le sang coula sept fois dans la même journée : le flux coïnci-

1. Nam quadam vice, cum talibus meditationibus operam daret... delectando in Domino Jesu Christo parvulo nato, cœperunt ipsius Gheertrudis virginis ubera tumescere, lacteque manare; sicque per singulos dies a festo dominicæ Nativitatis usque ad festum Purificationis non cessavit exitus virginei lactis…. Prædictum miraculum tanto mirabilius quanto rarius : sed credent faciliter qui legerint et crediderint $. Lambertum nutritum virgineo lacte cujusdam virginis cæcæ, sed per idem lac virgineum.….. fHuminatæ. Nam scundum Hieronymum, omnés vercæ virgines sunt D. N, J, ©. matres.…. (Acta Sanciorum.)

dait avec les sept heures canoniales. Cette merveille attira un grand nombre de pèlerins et un plus grand nombre encore de curieux dans la cellule de la pauvre Béguine. Craignant donc qu’un sentiment de vaine complaisance ne se glissât dans son âme, elle pria son Seigneur et son Dieu de faire cesser ces visites, en lui retirant ces blessures sacrées. Notre-Seigneur l’exauça et il ne resta à Gertrude que l’empreinte des stigmates. Elle vécut encore dixhuit ans, à partir de ce moment; mais son corps resta si faible qu’il lui fallait faire trois pauses pour se rendre de sa cellule à l’église.

C'est dans la dernière période de sa vie qu’elle eut la prescience de l'avenir et la vue distincte des événements qui se passaient loin d’elle, par exemple, de la bataille livrée en 1351, sur les bords de la Meuse, entre l’impératrice-duchesse et son fils Guillaume. Elle lisait dans les consciences et plus d’une fois elle se servit de ce don de claire vue pour ramener des pécheurs ou rassurer sur leur état des âmes nouvellement converties. Son confesseur — un saint homme — avait l'intention d’acheter une maison dans Delft : «Ne vous pressez pas, lui dit Gertrude, car il n'ira pas longtemps avant qu'il n’y ait ici beaucoup de maisons à vendre et à bon marché ». En effet, une année après la mort de la Sainte, qui était née pour le ciel le 6 janvier 1358, Albert de Bavière vint mettre le siége devant cette ville et faire baisser le prix des immeubles. Cette prophétie se réalisa en 1359. Au moment d’expirer elle s’écria : Mes sœurs, 7e vais à la maison. Comme on lui faisait observer qu’elle y était, elle répondit : « Ce n’est pas de celle-ci que je parle, mais de la maison dont les pavés sont d’or ». Elle fut enterrée dans le cimetière de la paroisse, au pied de la tour de l’ancienne église de Delft, du côté du midi.

Nous avons extrait cette Vie des Acta Sanctorum.

SAINT NILAMMON, RECLUS EN ÉGYPTE (v° siècle).

Il y avait à deux lieues et demie de Péluse une ville appelée Géris, non loin de laquelle Nilammon s'était bâti une petite cellule, dont il avait muré ensuite la porte, et où il vivait dans une grande retraite. Son principal dessein en s’enfermant ainsi, dit Sozomène, avait été d'éviter qu'on l’élevät aux saints ordres, comme il arrivait quelquefois à d’autres solitaires. Mais malgré le silence qu'il gardait, sa clôture si étroite parlait a-sez en sa faveur et le faisait plus respecter qu'il n’aurait voulu des habitants de la ville. Leur estime parut surtout à la mort de leur évêque, car ils jetèrent aussitôt les yeux sur notre solitaire pour en faire son successeur. Ils vinrent douc à sa cellule dans cetie intention, mais ils ne purent obtenir de lui qu’il y consentit, Tandis qu'ils étaient occupés à vaincre sa résistance, Théophile d'Alexandrie revint de Constantinople, et le mauvais temps l’obligea de relächer à Géris. Il apprit des habitants le mérite de Nilammon, et le choix qu'ils avaient fait de lui pour remplir le siège vacant ; il se joignit à eux pour le déterminer à accepter cette charge.

Nilammon opposa également à ses instances les raisons que son humilité Jui inspirait, Enfin, voyant que le patriarche ne cessait de le presser, il lui dit : « Je vous supplie, mon Père, de me donner du temps jusqu’à demain, afin que j’arrange mes affaires, et vous ferez alors de moi ce que vous voudrez ». Théophile ne manqua pas de se rendre le lendemain à sa cellule, suivi de toutle peuple, et voulut faire vuvrir sa port’, qui était murée; mais Nilammon lui dit : « Si vous le voulez bien, mon Père, nous ferons la prière auparavant ».— « Cela est juste, lui répondit Théophile, je le veux bien ». Nilammon se mit donc en oraison, et rendit en priant son esprit à Cieu. Cependant Théop ile, qui attendait dehors qu’il eût achevé de prier, voyant que le temps s’écoulait, l’appela plusieurs fois ; comme il n'en recevait point de réponse, il ordonna qu’on ôtät les pierres qui bouchaient l’ouverture de sa porte, et trouva qu'il était mort.

Sa surprise et celle de tout le peuple fut extrême ; mais s'ils ne purent lavoir pour évêque, ils le voulurent avoir pour patron auprès de Dieu. Ils ne pouvaient attribuer qu’à sa profonde humilité la

difficulté qu’il avait faite de se charger du fardeau pesant de l’épiscopat, et sa mort si peu attendue, qu’à la force de sa prière qui lui avait obtenu de Dieu la grâce de mourir, plutôt que d'être exposé aux dangers de cetle éminente dignité. Ce fut dans celte conviction d'une sainteté si bien marquée, qu'ils lensevelirent avec toute la décence convenable. Ils bâtirent ensuite sur son tombeau une chapelle en son honneur, et y célébrèrent toutes les années le jour de sa mort avec beaucoup de solennité.

Sa fête se faisait encore en Orient du temps de l'historien Nicéphore, qui en parle. Sozomène remarque qu'on ne doit pas appeler son trépas une mort, mais plutôt une véritable vie dans le ciel, puisqu'il n’a quitté laterre que pour être élevé à un honneur dont son extrême modestie lui faisait croire qu’il n'était pas digne.

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